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Il y a urgence à réguler le football

A la veille de la dernière journée du Championnat de France, marqué cette année par la victoire d'un Paris Saint-Germain sous contrôle qatari, Terra Nova revient sur la nécessité de réguler le football, deux ans après son rapport "Changer ou disparaître : quel avenir pour le football ?"

Synthèse

Depuis la libéralisation du marché européen des joueurs, dépenses de transfert et salaires n'ont cessé d'augmenter, entraînant de nombreux clubs dans une spirale d'endettement. Or cette situation fait peser un risque systémique sur le foot européen et remet également en cause l'équité des compétitions. Les mesures dites de "Fair-play financier" mises en oeuvre par l'UEFA, si elles sont nécessaires, restent insuffisantes. Cette note plaide pour un encadrement plus étroit des indemnités de transfert, notamment en instaurant une "taxe Tobin" sur les transferts, l'interdiction de la propriété des joueurs par des tiers, le plafonnement de la masse salariale des clubs et l'amélioration de la transparence et de la traçabilité des comptes des clubs.

Il y a deux ans, Terra Nova tirait la sonnette d’alarme quant à l’endettement massif des clubs européens de football.

Alors que les mesures dites de « fair-play financier » de l’UEFA (Union des associations européennes de football) entrent en vigueur, la situation financière des clubs de foot en Europe ne cesse de se dégrader. Il y a urgence à agir pour éviter une crise systémique.

En effet, les 733 clubs de foot européen cumulent une dette estimée à 15 milliards d’euros. Les seules pertes de l’année 2011 s’élèvent à plus de 1,7Md€. L’inflation sur les transferts et les salaires en sont les principales causes.

Le début de cette inflation date de l’arrêt Bosman qui a libéralisé le marché européen des joueurs de foot, renforçant ainsi la compétition entre les clubs européens pour capter les meilleurs joueurs. Après une première période (1995-2002) où les transferts s’inscrivaient dans une logique financière et spéculative, une seconde période (depuis 2002) s’est ouverte avec des transferts exorbitants concentrés principalement sur le marché primaire supérieur, c'est-à-dire les meilleurs joueurs européens. Ainsi, 10 % des transferts réalisés dans les cinq grands championnats européens[2]concentrent 50 % des indemnités de transfert payées par les clubs. En France, les dix transferts les plus élevés représentent les deux tiers du total des dépenses de transfert.

Dans le même temps, la masse salariale des joueurs ne cesse d’augmenter. Un tiers des clubs européens a une masse salariale qui dépasse 70 % de leur chiffre d’affaires. De nombreux clubs ont même une masse salariale supérieure à leur chiffre d’affaires.

Cette inflation s’explique par la structure du marché du football et par des moyens financiers en constante progression.

En effet, le football est le seul secteur économique où l’être humain peut être valorisé comptablement, ce qui permet aux clubs de gonfler artificiellement leur bilan. Par ailleurs, depuis des années, l’argent coule à flot dans le football, que ce soit grâce à l’augmentation des droits télévisés ou à l’arrivée de mécènes providentiels qui investissent à fonds perdus. Enfin, de nouvelles pratiques, comme la propriété de joueurs par des tiers, peuvent contribuer à entretenir cette spirale inflationniste. Malgré cela, la santé financière des clubs s’est fortement dégradée.

Cette situation fait peser un risque de crise systémique sur le foot européen et remet également en cause l’équité des compétitions.

Face à la dette qui s’accumule, de nombreux clubs ne parviennent plus à assumer leurs engagements. Le club des Glasgow Rangers a ainsi été rétrogradé pour cause de dette trop importante. D’autres clubs, comme le FC Valence en appellent à la garantie des collectivités publiques pour éviter la faillite. Dans un contexte de crise économique et sociale, il n’est pas acceptable que la socialisation des pertes succède à la privatisation des profits.

L’équité des compétitions se trouve également remise en cause par cette dérégulation. Seuls les gros clubs qui peuvent s’endetter et acheter des joueurs à prix d’or ont des chances de rivaliser dans la compétition européenne. L’incertitude des résultats, pourtant pierre angulaire des valeurs sportives, est ainsi remise en cause.

Le manque de transparence de l’origine de certains fonds, tout comme la propriété des joueurs par des tiers, ouvrent, quant à elles, la porte à de possibles activités frauduleuses.

La régulation du football européen est apparue comme une nécessité à l’UEFA, qui a mis en place, depuis le début de la saison, le « fair-play financier ». L’objectif est d’interdire aux clubs de dépenser plus qu’ils ne gagnent. La sanction : une possible éviction des compétitions européennes. Il faut ici rendre grâce au volontarisme de Michel Platini qui a su faire preuve d’opiniâtreté pour imposer cette régulation, tant les résistances ont été nombreuses.

D’ores et déjà les clubs s’organisent pour contourner le fairplay financier en remplaçant les dons des généreux mécènes par des contrats de sponsoring déconnectés de toute réalité économique.

Bien que nécessaire, le fairplay financier n’en apparaît pas moins insuffisant. Pour éviter une crise systémique et restaurer l’équité des compétitions, Terra Nova appelle à accentuer les mesures de régulation.

  • Il importe tout d’abord de limiter les dérives sur le marché des transferts en interdisant la propriété des joueurs par des tiers. Le montant des indemnités de transfert des joueurs lorsque ceux-ci ont bénéficié d’une extension de contrat ainsi que les indemnités pour rupture anticipée de contrat doivent par ailleurs être encadrés. Surtout, l’instauration d’une « taxe Tobin » à l’échelle européenne sur les transferts doit sérieusement être envisagée pour renforcer la solidarité entre « gros » et « petits » clubs.
  • L’instauration d’un « salary cap », un plafonnement de la masse salariale des clubs, par exemple à hauteur de 55 % de leur chiffre d’affaires, est également une mesure propice à assainir les finances des clubs tout en améliorant la compétition sportive.
  • Des mesures permettant d’améliorer la transparence et la traçabilité des comptes des clubs doivent également voir le jour, avec la création d’une direction européenne du contrôle de gestion des clubs, sur le modèle de la DNCG française qui a fait ses preuves. Enfin pour limiter les transactions frauduleuses, les transferts de joueur pourraient se faire par l’intermédiaire d’une chambre de compensation indépendante, mettant ainsi fin aux échanges financiers de club à club.

 Il en va de la pérennité du football européen et de l’esprit du sport.

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