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L'école sous algorithmes

Le choix des outils de l’éducation est une affaire politique – ce qui implique qu’il soit discuté et débattu comme tel. C'est ce à quoi entend contribuer cette étude de Terra Nova portant sur la place du numérique à l'école, tant au niveau de la pédagogie que de l'administration.

Synthèse

La révolution numérique a déjà commencé à modifier en profondeur notre manière de travailler, nos habitudes de consommation et nos modes de socialisation. Parce qu’un changement d’univers technologique emporte toujours avec lui un changement de culture, la diffusion du numérique dans l’éducation entraîne aussi une transformation de notre rapport au savoir. Un outil n’est ainsi jamais neutre : nous devons choisir ceux que nous employons pour l’éducation en nous demandant quel sera leur effet sur notre manière de penser, de parler, d’agir et de voir le monde.

Le monde de l’éducation est déjà doté de nombreux dispositifs numériques :

  • dans le champ pédagogique d’une part, où ils restent à ce jour modestes, mais ouvrent des perspectives nouvelles qui soulèvent d’importantes questions ; 
  • dans l’administration du système éducatif d’autre part, où ils jouent un rôle croissant dans le pilotage des établissements, des académies et des ressources humaines du ministère.

Compte tenu de l’importance inévitablement grandissante du numérique dans la vie de l’École et des enjeux de politique éducative qui y sont associés, il importe de se donner les moyens d’évaluer l’ensemble des effets de ces transformations.

Mais, pour bien comprendre ce que le numérique fait à l’éducation, il faut surmonter un obstacle, celui de la technologie elle-même : complexes, en évolution constante et rapide, les technologies numériques ne peuvent être facilement prises pour objet dans le débat public. Si bien que les responsables politiques, les acteurs de l’éducation, comme les citoyens, sont en situation de perte de maîtrise face à des outils dont ils ne détiennent pas les clés.

Lorsqu’il faut doter les élèves de nouveaux supports de lecture, fournir aux enseignants des outils de traitement des données, équiper les chefs d’établissement en logiciels permettant de concevoir les emplois du temps, outiller les académies d’algorithmes d’affectation des élèves et des enseignants, l’Éducation nationale a recours à des prestataires numériques privés. Ce qui en soi n’a rien de choquant. Mais la difficulté tient au fait que tous ces outils reposent sur des algorithmes auxquels n’ont accès ni ceux qui sont responsables de ces décisions (responsables politiques, administratifs, enseignants…), ni ceux qui seraient en droit de leur demander des comptes (citoyens, parents d’élèves…).

Tout en reconnaissant évidemment l’apport considérable du numérique dans les pratiques éducatives et dans l’administration, il s’agit d’inviter les acteurs publics à chercher les moyens de reprendre la main sur les choix stratégiques à faire en matière de numérique éducatif, à la fois au niveau pédagogique (moteurs de recherche, ressources en ligne, applications d’adaptive learning) et administratif (logiciels d’affectation type Affelnet ou APB, logiciels d’emploi du temps, espaces numériques de travail).

La question de l’usage et du contrôle des données résultant des parcours des élèves apparaît comme centrale, à la fois pour garantir le respect de l’anonymat et pour faciliter les progrès des dispositifs mis en place.

Ces analyses conduisent à plusieurs recommandations :

  • construire dans le monde de l’éducation une culture du numérique qui permette à chacun d’être, autant qu’il est possible, maître des outils qu’il emploie. Cela passe bien entendu par des efforts de formation, mais aussi par l’engagement des organisations syndicales représentatives des enseignants et des personnels de l’éducation, dont l’identité professionnelle est questionnée par les nouveaux usages du numérique ;
  • instaurer un environnement juridique permettant à la puissance publique de mieux piloter les usages du numérique dont les conséquences sont systémiques – par exemple par la définition de cahiers des charges contraignants. Cela suppose de soumettre les algorithmes utilisés aujourd’hui à des enquêtes permettant d’évaluer l’ensemble de leurs impacts sur le système éducatif ;
  • créer au sein du ministère de l’éducation nationale une cellule de recherche et développement, unifiant, dans un cadre souple, les compétences susceptibles d’aider le ministère à s’orienter dans un monde numérique en constante mutation ;
  • constituer un « droit de la donnée scolaire » permettant d’assurer la confiance dans les échanges numérique effectués dans un cadre éducatif ;
  • développer des travaux d’évaluation de l’impact du numérique éducatif (via l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques ou le Conseil national d’évaluation du système scolaire) qui seraient à disposition, notamment, du Parlement et du débat public.
Télécharger l'étude (PDF, 210 ko)
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