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Pour une politique sociale-écologique : protéger l'environnement et réduire les inégalités

Les dégradations environnementales touchent en priorité les populations les plus fragiles. Les enjeux sociaux et environnementaux ne s'opposent pas ; au contraire même, ils sont intimement liés et se renforcent mutuellement. La note de Terra Nova, proposée par plusieurs experts de son pôle Economie verte, explore cette tension apparente et les modalités susceptibles d'y répondre.

Synthèse

La question environnementale fait souvent la une de l’actualité, que ce soit lors d’un épisode climatique extrême ou, pour prendre un exemple plus récent, au moment d’un pic de pollution. Ces événements semblent toucher les populations de manière indifférenciée, mais la réalité est que les plus démunis pâtissent plus que les autres des dégâts environnementaux. Ce sont les pays les plus pauvres qui subissent les pires conséquences du dérèglement climatique ou de la perte de biodiversité, et ce sont aussi, au sein des pays riches, les populations les plus pauvres qui habitent dans les territoires les plus touchés par la pollution de l’air et le bruit. Ce sont également les plus modestes qui ont le plus de difficultés à faire face à la hausse des prix des ressources, et en premier lieu de l’énergie.

Les dégradations de l’environnement renforcent donc les inégalités sociales. C’est par ailleurs dans les pays les plus égalitaires que les politiques environnementales sont les plus ambitieuses. A contrario, la France, où les inégalités se sont fortement accrues pendant la première décennie des années 2000, est aussi un pays qui prend du retard pour répondre aux enjeux environnementaux. En témoigne la fiscalité écologique pour laquelle la France est placée en avant-dernière position dans l’Union  européenne. Notre pays peine aussi à mettre en place des mesures réglementaires ou incitatives qui ont pourtant fait recettes chez nos voisins. La limitation de la circulation pour les véhicules polluants en est un exemple. Aucune ville française n’a mis en place ce type de restriction de manière permanente alors que de telles politiques sont appliquées dans plusieurs villes européennes.

La réduction des dégradations environnementales est nécessaire pour préserver les conditions de vie de tous, et surtout des plus vulnérables. Toutefois, il semble que la tension de court terme entre enjeux sociaux et environnementaux soit un frein majeur à la mise en œuvre des politiques environnementales. Celles-ci sont en effet souvent perçues, à tort ou à raison, comme une contrainte, ou supposent une contribution financière inaccessible pour les plus modestes. Elles se heurtent ainsi à l’opposition d’une large fraction de la population. Pourtant, les dégradations environnementales touchent en priorité les populations les plus précaires, et renforcent encore cette précarité. Autrement dit, problèmes sociaux et environnementaux sont intimement liés, et se renforcent mutuellement. Les deux questions ne peuvent donc être dissociées.

Pour atteindre des objectifs environnementaux ambitieux, les pouvoirs publics doivent ainsi les associer à des objectifs sociaux volontaristes, et en premier lieu viser une réduction forte des inégalités. Comme pour toute politique de transfert, la mise en œuvre d’un tel projet redistributif risque de se heurter à l’opposition de ceux qui y perdent, au cas présent les catégories de revenu les plus élevées. Pourtant, les pouvoirs publics ont deux bonnes raisons de promouvoir résolument une société où des efforts importants seraient conduits pour favoriser une répartition plus équitable des revenus :

  • les travaux récents de nombreux économistes montrent que si revenu et bien-être sont positivement corrélés, le bien-être augmente de moins en moins vite avec le revenu. En revanche, à revenu donné, les inégalités tendent généralement à réduire le niveau de satisfaction des individus. Des transferts des plus riches vers les plus pauvres amélioreront donc le bien-être des bénéficiaires dans des proportions plus importantes qu’ils ne réduiront celui des contributeurs, et accroîtront ainsi le bien-être de la population prise dans son ensemble.
  • il est fort probable que les pays développés ne connaissent plus avant longtemps des taux de croissance aussi élevés que ceux des Trente Glorieuses. Ces derniers ont constitué une exception plus que la règle. Or les sociétés dans lesquelles la croissance est faible sont aussi des sociétés où les inégalités tendent à se creuser. L’invention de nouvelles formes de prospérité et la mise en place de nouvelles solidarités sont des enjeux qui s’imposeront donc prochainement aux gouvernements des pays développés. Anticiper ces mutations permettrait d’y être mieux préparés.

Parce que la dégradation de l’environnement accroît les inégalités et parce que les inégalités sont des freins à la mise en œuvre de politiques environnementales, il est indispensable de développer sans attendre des politiques volontaristes en faveur de l’environnement et de l’égalité. Pour que la transition écologique devienne effective, il est nécessaire de l’inscrire comme réponse en même temps aux urgences sociales, écologiques et économiques. Réconcilier ces trois enjeux permettra alors de concevoir des politiques de développement durable qui répondent aux attentes de court terme tout en s’articulant avec les objectifs de long terme de la transition écologique et énergétique.

C’est dans ce sens que deux des anciens ministres du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, Philippe Martin d’un côté, Cécile Duflot de l’autre, avaient inscrit dans leurs vœux la mise en œuvre d’une politique sociale-écologique. Cette note entend rappeler les fondements d’une telle ambition. Face à une défiance croissante à l’égard des institutions, la sociale-écologie peut redonner du sens. Elle doit s’appuyer sur des orientations portées en haut lieu, que ce soit au niveau de l’Etat ou dans chaque collectivité territoriale.

Terra Nova approfondira ces enjeux par des propositions opérationnelles pour les politiques publiques françaises, mais aussi en élargissant le sujet à un niveau européen et international.

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