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Quelles politiques pour la France périurbaine (I) ?

Entre le périurbain caricaturé sous l'image de « villes-dortoirs », favorisant les pollutions associées à ce mode de vie et un vote de rejet des populations vivant dans ces territoires, et le périurbain décrit comme la preuve du mépris des élites à l'égard des classes populaires y résidant, la nuance a semblé manquer dans certaines tournures prises par le débat public. L'étude de Terra Nova, par Pierre Musseau, entend contribuer aux discussions en cours.

Synthèse

Les territoires périurbains restent des espaces largement impensés. Aucune définition ne peut complètement les cerner. Ce qui n’empêche pas les antagonismes de s’aiguiser à leur sujet.

Pour les uns, le périurbain représente un échec des politiques d’urbanisme qui n’ont pas réussi à contenir l’étalement des villes. Il constituerait, du même coup, un péril pour l’environnement car il est à l’origine d’une artificialisation accrue des sols et conduit, avec l’extension toujours plus grande des aires urbaines, à une augmentation des déplacements automobiles, des coûts et des pollutions associées. Il interroge enfin le vivre ensemble car les populations de ces territoires, souvent qualifiés de « villes-dortoirs », sont soupçonnées de privilégier des comportements électoraux de « rejet » et deviennent un horizon de conquête pour le Front National.

Pour les autres, le périurbain a été caricaturé. Il faudrait plutôt le voir comme un mode de vie urbain proche de la campagne, accessible aux classes populaires, qui répond à un besoin d’espace et de proximité avec la nature et qui génère de nouvelles sociabilités. Celles-ci permettraient ainsi d’éviter l’isolement social dont sont victimes de nombreux citadins. Les difficultés de ces territoires en périphérie des villes seraient principalement liées à l’absence d’offre politique répondant aux besoins des habitants souvent issus des catégories les plus modestes de la population. Ce sont alors les politiques urbaines que l’on accuse de ne pas les prendre en compte, et les politiques environnementales de les stigmatiser. Certains vont plus loin encore. Pour eux, les difficultés de ces territoires situés aux confins des centres productifs seraient la signature géographique du mépris dans lequel les élites de gouvernement tiennent les classes populaires. Pire : acquises à la culture d'une mondialisation libérale qui concentre ses bienfaits dans le coeur des grandes mdeétropoles, ces élites auraient « sacrifié » les classes populaires. C'est notamment la position de Christophe Guilluy dont la « France périphérique » englobe une très large partie du périurbain1.

Tant d'affrontements et de divergences appellent un effort de réflexion et d'analyse. Il n’y a certes aucune raison de décrier le périurbain, et encore moins les personnes qui y résident. Mais il n'y en a pas davantage de stigmatiser le coeur des métropoles et de brider leurs capacités d'innovation et de créations d'emplois : elles sont au contraire les locomotives du territoire. D'autant que les transformations du tissu productif accentuent comme jamais la concentration spatiale de la création de richesses comme l'a montré une récente étude de Terra Nova2. Résister à ce puissant mouvement de « métropolisation » de l'économie serait potentiellement suicidaire. La voie progressiste consiste certes à corriger les externalités négatives du développement des métropoles (notamment du point de vue environnemental). Mais elle consiste aussi à supprimer les obstacles qui en réservent l'accès ou la proximité aux catégories les mieux dotées.

En l'occurrence, il apparaît nécessaire de mener des politiques coordonnées pour stopper la para-urbanisation, c’est-à-dire l’urbanisation de zones encore rurales éloignées des pôles urbains, qui s’apparente à un mécanisme massif d’exclusion des ménages modestes à la très grande périphérie des villes. Ce phénomène s’explique principalement par les politiques malthusiennes des communes plus centrales qui souhaitent préserver des zones résidentielles homogènes bénéficiant tout à la fois de la proximité de la ville-centre et de la tranquillité d’un urbanisme pavillonnaire espacé.

L’endiguement de la para-urbanisation doit s’appuyer en premier lieu sur des intercommunalités renforcées. Ainsi le périmètre des métropoles et des agglomérations doit être élargi a minima aux communes où la demande résidentielle est élevée. Celles-ci ont vocation à se densifier et à accroître leur mixité sociale. Une offre d’accession sociale à la propriété, ciblée sur de l’habitat individuel groupé pourra constituer une priorité pour la relance de la construction. Les intercommunalités doivent obtenir plus de compétences, notamment à travers le plan intercommunal d’urbanisme et des compétences accrues sur le logement, pour mener des politiques coordonnées à même de répondre aux attentes des habitants. La stratégie et la maîtrise foncière constituent enfin un impératif pour mobiliser les terrains là où la ville doit se densifier. Des réformes de la fiscalité immobilière, notamment de la taxe foncière, devront participer aussi à la maîtrise de la para-urbanisation.

Dans les territoires les plus éloignés des pôles dynamiques, qui restent encore souvent à forte dominante rurale, une reprise en main de l’urbanisme à une échelle supracommunale est aussi nécessaire pour préserver les espaces naturels et agricoles. Une prochaine note de Terra Nova explorera le potentiel de la transition énergétique et écologique pour soutenir un développement économique sur ces territoires.

1. Christophe Guilluy, La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires, Paris, Flammarion, 2014.
2. Laurent Davezies et Thierry Pech, « La nouvelle question territoriale », 2 septembre 2014

 

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