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Vers un nouveau contrat social pour la télévision publique

Face à la mutation brutale qui transforme aujourd’hui le paysage audiovisuel mondial, à l’explosion de la consommation d’images, et dans un contexte qui questionne à moyen terme l’existence même de la notion de chaîne, quels peuvent donc être la place et le rôle d’un service public de l’audiovisuel en France ? Cette étude se propose de revenir sur les grandes mutations à l'oeuvre et de mettre en avant les principes qui peuvent refaire de la télévision publique une institution sociale de la vie démocratique.

Synthèse

Le déploiement de la Télévision numérique terrestre (TNT) et le développement des offres de télévision sur ADSL ont intensifié le jeu concurrentiel et entraîné une fragmentation de l’audience et une baisse des ressources publicitaires des acteurs historiques. Le paradigme dans lequel évolue la télévision publique s’est vu transformé sous l’influence de trois phénomènes. Tout d’abord, la mondialisation permise par l’ouverture de la télévision sur Internet et l’arrivée des offres « Over the top » (opérateurs proposant une offre de programmes directement via Internet) rompt le caractère historiquement local de la télévision. La diffusion des programmes audiovisuels peut se faire désormais à l’échelle planétaire, sans passer, comme cela était le cas auparavant, par des diffuseurs locaux ; l’ouverture sur Internet donne enfin au consommateur l’accès à une offre quasi infinie de contenus. Ensuite, la montée en puissance des usages mobiles, qu’accompagne la multiplication des terminaux : à côté des téléviseurs, des tablettes et smartphones permettent la consommation d’images en situation de mobilité. Ces mêmes images sont relayées par l’influence des réseaux sociaux. Enfin, l’intrusion de la « donnée » dans le processus de consommation et de production de programmes désormais à grande échelle, permet non seulement d’affiner la connaissance du consommateur et de ses préférences, mais aussi d'intégrer celui-ci dans le processus de production de contenus et sa valorisation.

Si les comportements des publics plus âgés ne sont pas encore trop affectés par ces bouleversements, il n’en va pas de même pour les jeunes générations : la consommation d’images est pour eux multi-écrans, personnalisée, mobile, sociale et interactive. La notion de chaîne n’a pour eux plus beaucoup de pertinence. Pour cette génération, la confusion sémantique qui faisait désigner par le même terme (la télévision) les programmes et le terminal pour y accéder est désormais un non-sens. En effet, l’accès aux programmes se fait indifféremment sur les plateformes de partage (Youtube, Facebook…), à partir des offres en replay ou des nouvelles offres sur abonnement (Netflix, Canal Play), quand ce n’est pas plus simplement via des sites illégaux (Popcorn…). Ainsi le monde audiovisuel qui est en train de se construire est caractérisé par une surabondance des contenus disponibles, par une pression concurrentielle croissante et une mondialisation de l’offre, par le pouvoir de marché grandissant des plateformes technologiques, soit généralistes (Apple, Amazon, Google) soit plus spécialisées (Netflix) et par une déstructuration des processus de consommation, et, par contrecoup, des processus de production.

En France, la télévision publique bénéficie d’une image positive, même si elle n’est pas synonyme de dynamisme et d’innovation. Un effort récent a été porté sur le digital et les nouvelles écritures. Or il existe des missions qui sont spécifiques à la télévision publique et qui la distinguent des acteurs privés (missions « d’ordre public », missions culturelles et éducatives et une mission de cohésion sociale), et qui peuvent être considérées comme un avantage concurrentiel. En revanche, plusieurs difficultés sont décelables, concernant la gouvernance, la diminution des revenus, que ce soit le financement public ou la publicité, la baisse régulière d’une audience qui approche les 60 ans de moyenne d’âge. Cette distance croissante à l’égard d’un public jeune, malgré des tentatives pour s’en rapprocher (programmes ou chaînes dédiés), présente des risques de décrochage compétitif durable.  

Cette étude souhaite proposer des éléments de réflexion pour établir un nouveau contrat social entre la télévision publique et les citoyens. Cette démarche vise à refaire de la télévision publique une institution sociale de la vie démocratique. Une télévision plus soucieuse de son public ne succombe pas nécessairement à la « dictature » de la demande et au conformisme dans une sorte de moins-disant culturel généralisé. C’est une télévision qui s’efforce d’impliquer davantage le spectateur et cherche en permanence à repenser son offre à la lumière des grandes mutations sociales et technologiques, des aspirations et des peurs de l’époque, des problèmes et des modes qui animent ses contemporains... En ce sens, la télévision publique a vocation à contribuer à un travail de représentation. Ainsi comprise, la télévision fait partie, au côté de beaucoup d’autres, des outils réflexifs par lesquels une société trouve forme et figure à ses propres yeux.   Cette ambition ne peut aller sans principes directeurs. Cette étude propose d’en retenir et d’en examiner trois : l’indépendance, la transparence et la dimension collaborative du service public.  

1)           L’indépendance à l’égard du pouvoir exécutif et des alternances politiques n’est pas l’absence de tout contrôle : c’est par l’indépendance même qu’il est possible de demander des comptes à hauteur de la liberté accordée. C’est pour cette raison que cette étude propose de laisser à l’Etat sa responsabilité première, à savoir participer à la définition des grandes orientations stratégiques du groupe, et de confier à la direction de l’entreprise la conduite de ces grandes orientations, en mettant en place un mode de gouvernance basé sur deux institutions : un conseil de surveillance, inspiré par le BBC Trust anglais, et un directoire (proposition 1). L’idée qui prévaut à ces deux instances est de ne pas créer un organisme uniquement dédié aux téléspectateurs, à l’écart de la gouvernance de France Télévisions, mais d’assumer le signal fort consistant à intégrer la société civile dans les dispositifs essentiels à la réalisation des objectifs du groupe.  

2)           La transparence envers les citoyens et le secteur audiovisuel est l’occasion de renforcer la responsabilité de France Télévisions dans son écosystème. Il s’agit par exemple d’étoffer et rendre plus accessibles et lisibles au public les éléments structurants du fonctionnement de ce service public (proposition 2).  

3)           La dimension collaborative du secteur public vise à la fois à accroître la participation des téléspectateurs à la politique éditoriale de la télévision publique et à utiliser l’offre numérique comme un levier de la stratégie de service public. Cet objectif peut par exemple s’incarner dans une consultation annuelle des citoyens et de la société sur les priorités éditoriales de la télévision publique, dans le cadre d’un dispositif numérique interactif (proposition 4) ou d’autoriser la prise de participation au capital de startups ou de « Multi-Channel Networks » afin de présenter une nouvelle forme d’aide à la création et à la filière (proposition 7).   C’est en faisant circuler les inquiétudes, et les opportunités singulières, liées à la situation de la télévision publique qu’une première étape essentielle de ce nouveau contrat social sera franchie : celle de faire de la télévision publique un véritable sujet de débat public.   

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