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Le "vrai travail" : une journée de fête pour cinq années de défaite

En opposant maladroitement à l'occasion du 1er mai une fête du "vrai" travail aux manifestations traditionnellement organisées par les syndicats, Nicolas Sarkozy a révélé sa conception étroite du travail, centrée sur ses aspects individualistes et productivistes, oubliant qu'il était d'abord ce qui nous permettait de "faire société". La polémique sur le "vrai travail" met également en évidence les insuffisances de la politique menée durant le quinquennat pour améliorer les conditions de travail. Dans cette note, Martin Richer tire le bilan de l'action du gouvernement en la matière : maintien de conditions de travail difficiles et de très fortes inégalités en matière de pénibilité ; négation de la pénibilité dans la réforme des retraites ; absence de politique cohérente de prévention des risques psychosociaux et de politique efficace vis-à-vis du travail industriel ; une politique d'exonération des heures supplémentaires qui a aggravé les problèmes d'emploi en France.

Synthèse

Le 1er mai place la célébration du travail et des travailleurs sur le devant de la scène. Et cette année, ce fut un jour de fête pour conclure cinq années de défaite ! Aux rassemblements traditionnellement organisés par les organisations syndicales, Nicolas Sarkozy avait choisi d’opposer la notion de « vrai travail », créant une polémique inutile mais très révélatrice de la façon dont le travail a été compris et traité lors de son quinquennat. Cette approche du travail peut se caractériser par cinq aspects, qui sont autant de témoignages de l’absence de prise en compte réelle de « ceux qui travaillent dur, qui sont exposés, qui souffrent ».

  1 - La persistance de conditions de travail difficiles et de très fortes inégalités en matière de pénibilité du travail   Une très récente enquête sur les conditions de travail montre que des efforts conséquents restent à faire pour permettre à chacun de bénéficier d’un environnement de travail de qualité. Les horaires atypiques, l’intensification du travail, les contraintes physiques, l’exposition aux produits chimiques sont en progression et concernent surtout les catégories socioprofessionnelles les plus défavorisées.  

2 - La négation de la pénibilité dans la réforme des retraites   Les salariés usés prématurément par leurs mauvaises conditions de travail et ayant une espérance de vie réduite ne peuvent pas bénéficier d'une durée de retraite en bonne santé équivalente à celle des travailleurs non exposés. Les catégories les plus défavorisées subissent une « double peine » : espérance de vie plus courte et situations d’incapacité plus présentes. La réforme des retraites ne tient pas véritablement compte de ce facteur d’inégalité.    

3 - L’incapacité à conduire une politique cohérente de prévention des risques psychosociaux   L’exposition aux risques psychosociaux s’est aggravée ces dernières années et les réponses gouvernementales ont été très insuffisantes. Cette situation est d’autant plus problématique que la santé des salariés et la compétitivité des entreprises sont en jeu.  

4 - L’absence d’une politique efficace vis-à-vis du travail industriel   Les enquêtes internationales montrent que les Français aiment le travail mais s’éloignent de leur travail. C’est la raison pour laquelle tout effort d’amélioration de la compétitivité, et plus encore de réindustrialisation, doit passer par une réhabilitation du travail. Celle-ci permettrait d’éviter l’enfermement dans une alternative mortifère : soit l’automatisation (travail détruit), soit la délocalisation (travail déplacé), soit la dégradation des conditions de travail (travail abîmé).  

5 - Le mirage des heures supplémentaires   Derrière la notion de « vrai travail », apparaît également la fascination pour l’effort individuel, la volonté de « détricoter les 35 heures » d’en finir avec le partage du travail, assimilé à une politique laxiste. La politique d’exonération des heures supplémentaires constitue un exemple de cette politique menée à contretemps de la conjoncture européenne, qui a aggravé les problèmes d’emploi de notre pays.   L’expression « vrai travail » ne fut pas seulement le fruit amer d’une vaine polémique de fin de campagne électorale : elle signe l’échec de la politique de l’emploi mais aussi l’ignorance de la nécessité d’une vraie politique du travail.  

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