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Un Etat de Palestine à l'ONU : le pari d'une étape vers la paix

Après avoir fourni les éléments de cadrage nécessaires pour mieux saisir les enjeux d'une reconnaissance de l'Etat palestinien à l'ONU, Terra Nova poursuit l'analyse de la démarche en publiant cette note de David Elkaïm et William Leday, défendant une position favorable des Européens et de la France à l'admission de la Palestine à L'ONU. Alors que le processus de paix s'enlise depuis un an, celui-ci pourrait être relancé par l'obtention du statut d'Etat observateur, qui favoriserait le camp des modérés en Palestine. Il s'agit aussi pour les Européens de faire enfin entrer leur politique extérieure en résonance avec les attentes des sociétés arabes, et d'occuper un espace de médiation jusqu'ici réservé aux Etats-Unis. Pour la Palestine et Israël, le statu quo reste source d'instabilité et de menaces pour les modérés. Un nouveau statut de la Palestine permettrait d'y mettre fin.

Synthèse

Synthèse

  Le 23 septembre prochain, en sa qualité de président de l’OLP, Mahmoud Abbas va demander l’admission de la Palestine au sein des Nations Unies. Pour ce faire, il saisira dans un premier temps le Conseil de sécurité, afin d’obtenir le statut d’Etat membre de plein droit. Si les Etats-Unis opposent leur veto comme ils l’ont annoncé, il saisira selon toute vraisemblance l’Assemblée générale d’une demande de changement de statut : la Palestine serait reconnue comme Etat mais en qualité d’Etat non membre observateur.   Ce statut d’Etat non membre observateur permet d’intégrer l’ensemble des organisations internationales. Les Palestiniens seraient notamment en mesure de saisir la Cour internationale de justice (CIJ) contre l’Etat d’Israël pour obtenir une condamnation internationale de l’occupation de la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem Est. Contrepartie de ce nouveau statut, Israël pourrait, lui aussi, saisir la CIJ au sujet des attentats et des tirs de roquettes perpétrés à partir de la bande de Gaza et la Cisjordanie.   Comme cela avait été le cas en février 2011 sur la résolution relative à la « colonisation », la capacité des Européens à dégager une position commune sera observée. Une position unifiée des Européens à l’Assemblée générale comme au Conseil de sécurité constituerait un signal fort, encore faudrait-il qu’elle ne se résume pas à une abstention. Un faisceau d’éléments doivent inciter les Européens à plaider pour cette admission :   - L’enlisement du processus de paix au point mort depuis un an. S’il a permis de grandes avancées, le processus lancé à Oslo est aujourd’hui dans l’ornière. C’est l’une des principales raisons qui ont poussé l’OLP à lancer la campagne de reconnaissance internationale et à solliciter l’admission à l’ONU. Les insuffisances et les erreurs des dirigeants de deux bords, les cycles de violence et de terrorisme et la poursuite continue de la politique des implantations en Cisjordanie expliquent l’échec des négociations qui durent depuis maintenant 20 ans, mais la responsabilité des Israéliens est plus directement engagée depuis la fin des années 2000, sous le gouvernement de Benyamin Netanyahou.   - Cette demande est l’aboutissement d’une stratégie de re-légitimation de l’Autorité palestinienne, de l’OLP et des modérés en leur sein. Cette stratégie a poursuivi deux axes : l’un découle de la conférence des donateurs de Paris de 2007, au cours de laquelle il a été demandé à l’Autorité palestinienne de mettre en œuvre une stratégie de réforme visant à jeter les fondements d’un Etat viable. De fait, la plupart des observateurs jugent que l’Autorité palestinienne a réussi à mettre en place des structures pré-étatiques viables. Le second est l’amorce d’une réconciliation nationale, certes fragile et précaire, entre la frange la moins extrémiste du Hamas et le Fatah. C’est pourquoi, un échec de Mahmoud Abbas aux Nations Unies ferait inévitablement le jeu des extrémistesA contrario, l’obtention d’une concession sous la forme d’un statut d’Etat observateur favoriserait le camp des modérés.Elle est susceptible de renforcer leur légitimité devant le peuple palestinien et de leur permettre d’acheter du temps pour relancer le processus de paix.   - Le caractère légitime de la demande autorise les Européens à donner une suite favorable en assortissant le texte de la résolution de mentions explicites à la « solution à deux Etats ».Le relèvement du statut de la Palestineaux Nations Unies constituerait une étape vers la relance du processus de paix. Dans ce cadre, le vote positif des Européens permettrait d’occuper un espace de médiation qui sera largement délaissé par les Etats-Unis en 2012, année électorale. Ce rôle serait à la mesure des positions acquises auprès des différentes parties prenantes : partenariat commercial avec Israël, financement de l’Autorité palestinienne, présence militaire crédible (même aux yeux de Tsahal) avec la FINUL II au Liban.   Par ailleurs, un échec palestinien aux Nations Unies serait très certainement mal accueilli par des sociétés arabes en ébullition, et la dissonance entre ces sociétés revendiquant une certaine modernité et une Europe qui en bénéficie croîtrait. Il y a une priorité pour les politiques extérieures européennes à entrer en résonance avec les attentes légitimes des sociétés arabes. La demande palestinienne participe de ces enjeux. C’est pourquoi les Européens et la France ne devraient pas s’opposer à l’admission de la Palestine à l’ONU, quitte à conditionner la reconnaissance de cet Etat à la conclusion d’un accord de paix avec Israël.   Un Etat de Palestine à l’ONU : il s’agit d’un parti, le pari d’une étape vers la paix.  

 

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