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Bouclier antimissile de l'OTAN : quelle politique française ?

Les technologies antimissiles balistiques ne sont plus aujourd'hui le monopole des ex-grandes puissances. Les Etats-Unis se sont dotés d'une capacité importante en la matière, et l'OTAN a décidé en 2010 de déployer un système de défense antimissile sur le territoire européen : la France et l'Europe peuvent-elles rester à l'écart de ces évolutions ?

Synthèse

De fait, le dispositif mis en oeuvre par l'OTAN n'intègre aucune vision européenne ; sa maîtrise reste entre les mains des Etats-Unis. Alors que ces technologies sont cette semaine à l'honneur au salon du Bourget, cette note fait le point sur les implications de la défense antimissile balistique (DAMB) et sur l'état des ambitions américaines, et propose des éléments de réflexion pour une politique française plus proactive, afin que la France et ses partenaires européens puissent défendre leurs intérêts.

Afin de lutter contre le « pouvoir égalisateur de l’atome » en voie d’acquisition par des adversaires potentiels, mais aussi d’accroître leur capacité d’intervention, les Etats-Unis ont pris l’option de réduire leur arsenal nucléaire surabondant et d’engager une course technologique à l’antimissile. La France a toujours été hostile au concept de Balistic missile defense (BMD), dès son apparition sous l‘ère Reagan. Elle considérait en effet qu’il affaiblissait la dissuasion nucléaire. En revanche, elle a admis la menace des missiles dits de théâtre d’opérations, contre lesquels il faut bien protéger les forces déployées.

Du moment que les difficultés techniques à surmonter restaient grandes, son hostilité au système ne posait guère de problème réel. La situation a évolué : la problématique ne se limite plus au duopole de la guerre froide, et les travaux américains sur les systèmes antimissiles ont permis, et permettront encore, de gros progrès dans les décennies à venir.Aujourd’hui, les systèmes déployés par les Etats-Unis commencent à avoir une efficacité significative contre des arsenaux limités en quantité et performances. L’Inde envisagerait de s’en doter, la Chine a déjà réalisé un tir antisatellite et, tout récemment, aurait réussi l’interception d’un missile balistique intercontinental. La France peut-elle rester totalement à l’écart de ces évolutions ?

Sous la pression des Etats-Unis, l’OTAN a pris en 2010 la décision de déployer un système de défense antimissile sur le territoire européen. La France y participe. Cette décision a fait débat car, conjuguée au choix d’un retour dans le commandement militaire intégré de l’OTAN, elle a donné l’impression d’une soumission, d’une résignation sous la pression alliée, d’un revirement par rapport à la position française initiale. La présente note vise à éclairer ce débat, à le dédramatiser et à contribuer à fixer les objectifs que la France pourrait se donner dans ce programme.

Dans la nouvelle édition du Libre blanc de la défense et de la sécurité nationale, la France a réaffirmé et précisé sa position : 

« Conformément à la déclaration du Sommet de Chicago du 20 mai 2012, la France participe, dans le cadre de l’OTAN, au programme de développement commun d’un système de commandement visant à coordonner les moyens concourants à la défense contre les missiles balistiques. Cette capacité, purement défensive, ne saurait se substituer à la dissuasion. Sous un strict contrôle politique et au terme d’un effort raisonnable et partagé avec nos alliés, elle pourra, contre une menace balistique limitée, jouer un rôle complémentaire. À cet égard, la France considère comme une priorité la défense antimissile de théâtre et l’alerte avancée. Elle entend favoriser l’implication de l’industrie européenne dans ce projet. »

Il faut noter d’emblée l’absence de vision européenne dans ce dispositif. Si les Européens sont présents en nombre, ils ne participent à ce système que dans le cadre de l’OTAN, sur le fondement d’un engagement quasi-bilatéral et d’un leadership des Etats-Unis. Compte tenu de l’importance de ce dispositif antimissile dans le système stratégique à venir et maintenant qu’elle a pris la responsabilité de s’y investir, la France doit engager le dialogue avec les parties prenantes européennes afin qu’elles ne s’enferment pas dans une position subalterne.

Alors que certains interrogent la pertinence du concept de dissuasion nucléaire ainsi que son coût, il convient d’expliquer les possibilités et les limites que recouvrent actuellement un tel système, de mesurer l’évolution de l’ambition américaine en la matière, afin de mieux appréhender la position française et ses difficultés.
 

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