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Mali : quelle présence pour la France après le retrait des troupes ?

La France doit s’appuyer sur le succès de son intervention au Mali pour redéfinir sur de nouvelles bases ses relations avec le continent africain.

Synthèse

Elle doit à présent jouer un rôle central dans la phase post-conflit, alors que les risques sécuritaires persistent et qu'un pouvoir légitime doit être restauré au Mali. Dans la perspective de la conférence internationale qui se tiendra à Bruxelles le 15 mai prochain, cette note plaide pour une forte implication française dans l'aide à la restauration de la puissance publique et dans la mise en place des conditions du développement économique : en termes d'aide internationale, la France pourrait ainsi piloter la mise en oeuvre d'un véritable fonds multilatéral, cogéré par la communauté internationale et les autorités maliennes.

La réussite de l’intervention française au Mali est à peu près unanimement saluée, non seulement au Mali, mais aussi en Afrique de l’Ouest, en Europe et aux Etats-Unis.

Elle ne doit cependant pas conduire à sous-estimer la persistance des risques sécuritaires. Pour conjurer ceux-ci, la restauration d’un pouvoir légitime et efficace est urgente. La France peut y contribuer en apportant son soutien à l’organisation du processus électoral (appui technique et logistique, sécurisation du scrutin, certification des résultats…). Elle a également un rôle déterminant à jouer dans l’amélioration de la gouvernance du pays, condition de sa stabilisation et de la conduite des programmes de développement, avec pour objectifs clés la réhabilitation des ministères prioritaires pour la stabilisation sécuritaire et la relance économique (notamment du secteur agricole), le renforcement des institutions de l’Etat de droit, la réforme de la gouvernance locale. Enfin, la France peut aider la Commission dialogue et réconciliation à définir une méthode, des objectifs, un calendrier.

Une grande vigilance, appuyée par des moyens importants en hommes et matériels, sera durablement nécessaire pour éviter la résurgence de problèmes sécuritaires. Une force ONU va être mise en place et l’Union européenne s’engage, en particulier, dans la formation de l’armée malienne. La présence programmée d’un contingent français d’un millier d’hommes revêtira également une grande importance.

Il n’est pas de sécurité durable sans développement. L’aide internationale au Mali ne sera efficace que si elle est significativement accrue.

La conférence internationale qui se tiendra à Bruxelles le 15 mai prochain devrait arrêter comme priorités pour l’aide la restauration de la puissance publique et la mise en place des conditions du développement économique (agriculture et développement rural, construction de routes). Ces priorités ne pourront être efficacement mises en œuvre sans une forte implication française : en effet, l’organisation et le mode de fonctionnement de l’Etat et des administrations maliennes se sont construits en référence à une culture juridique et administrative française et le savoir-faire français en matière de développement rural s’est illustré au Mali avec la mise en place de l’Office du Niger, puis de la filière coton.

Il sera, par ailleurs, essentiel de concevoir des formules novatrices en vu de la mise en œuvre de l’aide internationale, afin d’éviter les déboires trop fréquemment rencontrés dans d’autres situations de « post-conflit » gérées selon les méthodes habituelles de la communauté internationale. A cet égard, il est recommandé de créer un véritable fonds multilatéral, cogéré par la communauté internationale et les autorités maliennes, chaque bailleur de fonds s’engageant à y affecter un volume annuel de crédits non préemptés, pendant cinq ans au minimum. La réalisation des projets devra être confiée à des services compétents de l’administration malienne, choisis et appuyés en concertation avec les bailleurs.

Pour que ces objectifs soient atteints, une implication politique française à haut niveau est indispensable. Il importe, en particulier, que les bailleurs multilatéraux acceptent de libérer des crédits suffisants et de reconnaître à la France un rôle important dans la mise en œuvre.

Pour la France, en effet, les enjeux de la stabilisation durable du Mali et de la région sont majeurs. La France dispose, ainsi qu’il a été mentionné, de certaines des compétences essentielles requises pour aider le Mali et la région à faire face à ces enjeux. Elle est enfin pratiquement le seul Etat membre de l’Union européenne à avoir une conscience suffisante de son intérêt à restaurer durablement la stabilité du Mali, les Etats-Unis se sentant moins directement concernés. Il est donc de l’intérêt comme de la responsabilité de la France d’assumer un « leadership » dans l’action de la communauté internationale, sans craindre les reproches de néo-colonialisme ou les résurgences des critiques d’une « Françafrique » qui relève désormais du fantasme.

Au plan interne, il paraitrait souhaitable de placer à la tête de la Mission Mali / Sahel une personnalité politique susceptible d’être un interlocuteur de poids, tant auprès des autorités françaises au plus haut niveau qu’auprès des partenaires internationaux (chefs d’Etat de la région et dirigeants des institutions multilatérales internationales). Les missions de cette instance gagneraient à être précisées, afin qu’elle puisse :

  • développer une approche globale de tous les problèmes (terrorisme, trafics de drogues, d’armes, de cigarettes, de migrants, montée d’un islamisme radical) dont la conjonction dans la région sahélienne a provoqué la récente crise malienne et pourrait susciter d’autres crises, au Mali ou dans d’autres pays de la région ;
  • entretenir des relations avec les pays directement concernés, en Afrique de l’ouest (notamment Golfe de Guinée), dans la zone sahélienne et en Afrique du nord - étant entendu qu’il serait illusoire d’espérer qu’une organisation régionale existante développe une approche globale des problèmes posés dans la région ou qu’une organisation idoine puisse être créée ;
  • mieux sensibiliser et motiver à apporter leur aide l’ensemble des pays de l’Union européenne et nos autres alliés (en particulier les Etats-Unis).
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