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Elections italiennes : un coup pour rien ?

Les élections des 24 et 25 février auraient consacré la victoire du populisme en Italie : cette analyse, fréquente parmi les commentateurs de la vie politique italienne en France, demande à être corrigée.

Synthèse

Selon Jean Musitelli, la situation, si elle révèle l'échec de la gauche à porter un discours de changement et à convaincre l'électorat, relève à la fois de la fragmentation du paysage politique et d'un blocage institutionnel propre à l'Italie : le système quadripartisan apparu avec ces élections empêche la formation de toute majorité stable et met crûment en lumière l'inadéquation des institutions, fondées sur un strict bicamérisme paritaire. L'enjeu pour la gauche est de parvenir à dénouer ce blocage en réaffirmant le clivage droite-gauche que Beppe Grillo et Mario Monti se sont employés à gommer et en permettant une recomposition postélectorale.

Le verdict des élections italiennes des 24 et 25 février 2013 est clair et sans bavures, sous l’apparente illisibilité des résultats bruts. Les Italiens ont utilisé les urnes pour sanctionner une classe politique largement discréditée. Tous les partis qui ont soutenu la politique d’austérité de Monti ont subi un cinglant revers, qu’il s’agisse de la gauche de Bersani, de la droite de Berlusconi ou du centre de Monti lui-même, qui a complètement raté sa mutation de technicien en politique. En cinq ans, les deux coalitions dominantes subissent une hémorragie de plus de 30 points et 10 millions d’électeurs. Jamais des élections n’avaient provoqué un tel transfert de voix en Italie. Le seul bénéficiaire de ce coup de balai est Beppe Grillo, dont la rhétorique antipartis et antieuropéenne a fait mouche, captant, sur tout l’échiquier politique, un électorat sans repères en l’absence d’une offre politique attractive.

L’Italie est-elle pour autant devenue populiste ? Certainement pas, du moins pas encore, mais son vote dit à quel point la gauche a été absente d’un rendez-vous où l’attendaient tous ceux qui souhaitaient un vrai changement, davantage de solidarité face à la crise, un partage plus équitable des sacrifices, un sursaut de civisme face aux scandales et à la corruption. La gauche de Bersani n’a pas su porter ce message d’espoir en présentant une alternative crédible. Elle se retrouve avec une victoire étriquée, insuffisante pour lui permettre de former un gouvernement.

L’Italie est-elle ingouvernable ? A la fragmentation des forces politiques dans un système quadripartisan qui interdit la formation de toute majorité stable au Sénat, s’ajoutent les effets nocifs d’un système institutionnel qui génère de la paralysie là où on attend de la gouvernabilité. L’existence de deux chambres dotées de pouvoirs strictement identiques mais élues selon des règles différentes, qui produisent des majorités distinctes, ou pas de majorité du tout, est un défi à la rationalité institutionnelle et à l’efficacité démocratique. La mise en chantier d’une réforme constitutionnelle et électorale devrait s’imposer comme une priorité absolue pour sortir de l’ornière actuelle.

L’Italie est-elle entrée dans une phase durable d’instabilité ? La bataille est engagée entre les forces de raison et les forces de dissolution. Les partisans de la politique du pire, comme Berlusconi, s’activent pour programmer de nouvelles élections qui, en l’état actuel, seraient un pis-aller. La seule chance de dénouer le blocage réside dans une fissuration progressive du mouvement de Grillo, idéologiquement très composite. Il n’est pas exclu qu’une majorité de son électorat et de ses élus finisse par soutenir un gouvernement de gauche. La gauche saura-t-elle ramener au bercail ses brebis égarées ? C’est le défi qui se présente à elle si elle entend, après avoir raté sa campagne, être l’artisan d’une recomposition postélectorale. Il va sans dire que c’est aussi l’intérêt de la gauche française, dans la perspective de la reconstruction d’un partenariat franco-italien porteur d’une autre politique européenne.

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