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Dopage : le vélo qui cache le peloton

Le dopage dans le haut niveau, parce qu'il remet en cause l'exemplarité du sportif et porte atteinte aux valeurs du sport, doit être combattu, notamment en accroissant la lutte contre le trafic de produits dopants, en responsabilisant l'ensemble des acteurs qui entourent le sportif, ainsi que les médias et le public.

Synthèse

Pour autant, le dopage ne se limite pas aux stars sportives, comme le rappellent Laurence Manfredi, Patrick Chevallier et Arnaud Flanquart dans cette note dont la synthèse a été publiée dans Libération. Les conduites dopantes se banalisent aussi parmi les amateurs, ce qui pose un réel problème de santé publique. Pour les prévenir, l'Etat doit développer la prévention dès le plus jeune âge, en particulier à l'école et dans les associations sportives.

***

Lance Armstrong devrait passer aux aveux dans une émission diffusée jeudi 17 janvier. Pour beaucoup, c’est un coup de tonnerre dans le peloton et au sein du monde sportif. L’un des plus grands champions de l’histoire n’était qu’un imposteur.

Pour les amateurs éclairés, ce n’est en rien une surprise. Les performances stupéfiantes de l’ancien coureur cycliste avaient un goût de seringue un peu trop prononcé.

Au fond, beaucoup avaient des doutes. Dès 2005, un journaliste de L’Equipe – Damien Ressiot – avait courageusement brisé l’omerta. Et pourtant, cela n’a pas empêché d’autres journalistes de s’extasier devant les performances de L. Armstrong. Cela n’a pas empêché non plus les nombreux spectateurs et téléspectateurs de continuer à l’acclamer, malgré les évidences.

Les aveux de L. Armstrong, s’ils ont un fort retentissement par leur dimension symbolique et médiatique, n’en restent pas moins anecdotiques. Combien de dopés sont passés entre les mailles du filet pour un aveu ou pour un contrôle positif ? Combien d’amateurs prennent des produits interdits ou ont une conduite dopante pour une star déchue ?

Le dopage et les conduites dopantes – c'est-à-dire la prise d’une substance interdite ou autorisée à des fins d’amélioration de la performance – remettent en cause l’exemplarité du sportif de haut-niveau et portent atteinte aux valeurs du sport.

Mais le dopage ne se limite pas aux stars sportives. Les conduites dopantes concernent avant tout les sportifs amateurs et tendent à devenir la norme. La prévalence du dopage chez l’adulte est comprise entre 5 % et 15 % des sportifs amateurs. Plusieurs centaines de milliers de sportifs amateurs en France ont une conduite dopante. Cela pose un véritable problème de santé publique, pouvant entraîner de lourdes conséquences. La banalisation du dopage est également présente chez les encadrants. Dans une étude menée en 1998 en Lorraine, 30 % des éducateurs sportifs estiment que sans dopage un sportif n’a aucune chance de réussir[1].

Face à cette situation, il importe bien entendu de renforcer les contrôles et les sanctions contre les contrevenants pour préserver l’éthique sportive, et d’approfondir la lutte contre le trafic de produits dopants. Il importe également de responsabiliser plus fortement les entourages des sportifs qui sont tout autant, si ce n’est plus, coupables que les sportifs eux-mêmes. Un entraîneur risquant une suspension en raison du dopage de son athlète sera moins complaisant vis-à-vis de ses performances stupéfiantes.

Le rôle de l’Etat est surtout de développer la prévention dès le plus jeune âge, en instaurant par exemple une séance de sensibilisation chaque année dans les classes de collège, et en renforçant les sessions de prévention au sein des clubs de sport.

Au-delà, il importe de renouer avec les valeurs sportives. Le sport n’est pas uniquement un lieu de réalisation de performances, mais un objet portant des valeurs : respect de soi, des autres, des règles, de l’arbitre et un facteur d’amélioration de la santé publique. Les médias doivent pour cela avoir une approche plus responsable et éviter de s’extasier devant une performance douteuse. La diffusion d’un clip émanant de l’Agence française de lutte contre le dopage, avant toute retransmission d’une manifestation sportive, peut également être envisagée.

Avant d’être un spectacle, le sport est surtout une philosophie.

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