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Jean-Luc Mélenchon, ou la VIe République introuvable

Le changement de régime proposé par Jean-Luc Mélenchon se veut radical et ambitieux. Mais il souffre en réalité d’une grande imprécision et de grossières contradictions, qui le rendent tout à la fois nébuleux et dangereux.

Synthèse

Dans son programme, L’avenir en commun, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon place la question institutionnelle en tête de ses priorités et en fait la clé de voûte de la « révolution citoyenne » qu’elle prétend accomplir. « Convocation d’une Assemblée constituante », instauration d’une « VIe République » supposée « donner le pouvoir, tout le pouvoir, au peuple » (p. 14) : l’horizon dessiné est celui d’un changement de régime pur et simple, ceci afin de renouer avec une promesse démocratique jugée trahie par les institutions de la Ve République et peut-être plus encore par les pratiques auxquelles elles ont donné lieu. Le projet se veut donc radical et ambitieux. Mais il souffre en réalité d’une grande imprécision et de grossières contradictions, qui le rendent tout à la fois nébuleux et dangereux. 

Le parlementarisme flou de la France insoumise

Le propos est aussi vague que le verbe est haut. « Abolir la monarchie présidentielle », « tourner le dos à la tyrannie »… Sans craindre l’exagération – ni la comparaison –, la France insoumise emprunte son vocabulaire à la tradition révolutionnaire, et ses idées à la critique parlementaire des institutions de 1958. Cette critique n’a rien de neuf : c’est elle qui prévalut à gauche jusqu’à la conquête du pouvoir par François Mitterrand en 1981[1]. Plus récemment, elle fut également incarnée par Arnaud Montebourg et ses amis au sein de la Convention pour une VIe République (C6R) dans les années 2000.

Jean-Luc Mélenchon relève aujourd’hui ce vieil étendard plus ou moins abandonné par la gauche de gouvernement. Mais en quoi consiste sa proposition, une fois dépouillée de sa gangue rhétorique ? Il s’agit principalement de supprimer la fonction présidentielle telle que nous la connaissons (Jean-Luc Mélenchon se rêve en « dernier président de la Vème République », qui rentrerait chez lui sitôt la nouvelle Constitution adoptée) et d’instituer « un régime parlementaire stable dans lequel le gouvernement détient le pouvoir exécutif et est responsable devant le Parlement » (p. 26).

Ce programme général consisterait en somme à faire entrer les institutions françaises dans le mainstream des régimes parlementaires européens. L’élan révolutionnaire se confond finalement ici avec une stratégie de normalisation, voire de banalisation. Il n’est d’ailleurs pas du tout certain que ce nouveau régime permettrait d’atteindre les fins poursuivies par Jean-Luc Mélenchon : nos voisins européens qui ont adopté ce type d’organisation institutionnelle sont-ils réellement à l'abri des « oligarchies politiques » et des « collusions » auxquelles Jean-Luc Mélenchon voudrait ainsi mettre fin ? En a-t-il discuté par exemple avec ses amis de Podemos en Espagne qui ne cessent de dénoncer « l’oligarchie » au pouvoir alors même que les institutions espagnoles correspondent assez bien au modèle parlementaire promu par le leader de la France insoumise, et que ce pays a connu d’importants scandales de corruption ces dernières années ? Les difficultés que dénonce Jean-Luc Mélenchon et qu’il souhaite conjurer par l’instauration de ce nouveau régime procèdent-elles réellement, comme il semble le croire, de l’organisation des pouvoirs ? Ces interrogations resteront sans réponse.

 

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[1] Le nom de François Mitterrand est régulièrement associé à la critique des institutions de 1958. Même si celui-ci ne contestait pas le principe de l'élection du Président de la République au suffrage universel, mais plutôt la pratique gaullienne du pouvoir, les conditions dans lesquelles la Constitution de 1958 était née et le fait que ces institutions aient finalement permis l'installation d'un pouvoir personnel, très éloigné de l'idée d'un "président arbitre" (voir François Mitterrand, Le Coup d'Etat permanent, Plon, 1964).

 

 

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