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La Philharmonie de Paris, bâtir bien plus qu’une simple salle de concert

L'arrêt actuel de la construction de la Philharmonie de Paris dans le Parc de La Villette est une situation intenable. Malgré les interrogations, notamment budgétaires, pesant sur son opportunité, Paris doit être capable d'accueillir les ensembles en tournée et de permettre des enregistrements de qualité. L'Etat doit honorer ses engagements comme l'ont déjà fait la Région Ile-de-France et la Ville de Paris. Mais pour réussir ce pari, il faut surtout développer un véritable projet culturel, en ouvrant la Philharmonie aux acteurs environnants.

Synthèse

Projet ancien, la création d’une grande salle philharmonique dans le nord-est de Paris a pour objectif de doter la France d’un outil d’excellence au service, principalement, de la musique symphonique. Force est en effet de constater que, malgré le niveau de la capitale en équipements culturels, Paris ne figure pas parmi les grandes villes mondiales en matière symphonique et n’accueille que rarement les plus grandes phalanges dans leurs tournées, faute de lieu adapté. Si Paris est déjà riche en salles de concerts, de théâtres et d’opéras, aucune n’est véritablement adaptée aux conditions de travail d’un orchestre d’aujourd’hui.  

Par ailleurs, les concepteurs du projet l’ont conçu pour amener de nouveaux publics vers ce type de musique, la localisation aux côtés de la Cité de la Musique étant particulièrement pertinente en ce sens.  

La réalisation de ce projet, relancé au début des années 2000, connaît actuellement une crise importante, à cause des hésitations de l’Etat quant au financement du projet, dont il supporte le coût à parité avec la Ville de Paris. Après que les travaux ont commencé en 2009, les incertitudes sur le financement ont conduit à leur interruption rapide, situation qui ne pourra durer pour de nombreuses raisons, juridiques et matérielles en particulier. Le contrat passé avec les constructeurs n’est en effet valide que jusqu’à cet automne et l’état du chantier ne tolèrera pas longtemps d’autres retards.  

Initialement prévue en 2012, l’ouverture de la Philharmonie de Paris interviendra plus probablement en 2013, voire en 2014. Il est même possible que l’Etat décide d’abandonner le projet, compte tenu de son coût pour les finances publiques et passe par pertes et profits les sommes déjà engagées, sans compter les dédommagements qui devront nécessairement être versés aux parties prenantes.  

Cette manière de gouverner et de ne pas prendre de décision, qu’expliquent en partie les rapports de force entre le ministère de la culture, Matignon, et l’Elysée, est très critiquable et conduit à l’enkystement d’un projet mobilisateur. Elle est aussi synonyme de dépenses inutiles tout à fait contraires à l’objectif de bonne gestion des deniers publics. Surtout, malgré les hésitations que l’on peut légitimement ressentir sur ce projet, son abandon aujourd’hui serait une mauvaise nouvelle pour la diffusion de la musique à Paris et en Ile-de-France et pour le rayonnement culturel de la France dans le monde.  

Car, par delà la seule construction d’un équipement culturel de haut niveau contribuant au rayonnement de la capitale, la Philharmonie peut donner les moyens d’inventer une nouvelle politique de diffusion et de pratique musicale et de renouveler véritablement les publics. Il faudra pour cela conduire une politique adaptée, notamment du point de vue tarifaire, aux objectifs de renouvellement du public, développer des pratiques musicales des plus jeunes avec des méthodes originales et diffuser le plus largement possible les concerts qui y seront accueillis. Si ces conditions sont satisfaites, c’est une chance historique qu’il faut saisir et un pari à relever.  

L’Etat, la ville de Paris et la Région ont soutenu ce projet et ont permis le démarrage des travaux. Des décisions rapides doivent désormais être prises : il faut mettre un point d’orgue aux tergiversations et remettre le dossier en marche, sous conditions. Il est aussi indispensable qu’en matière musicale, le ministère de la culture redevienne un pilote et un arbitre capable de penser sa politique et son financement comme un tout, en bonne intelligence avec les orchestres notamment parisiens, les salles et ceux qui font les programmations.

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