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Marine Le Pen, le Front national et la laïcité : Une référence à géométrie variable

La récente polémique lancée par l’UMP concernant la réforme du droit du sol illustre bien que, après un score de 17,9% aux dernières élections présidentielles, le Front national est au centre de nombreuses attentions. Dans la perspective des municipales et des européennes, les titres dans la presse, les reportages, études et prises de positions, se succèdent pour tenter de comprendre ce phénomène.

Synthèse

Terra Nova propose, à travers la note du chercheur Stéphane François, une réflexion au cœur des transformations du discours officiel du FN. Ce travail permet de mieux comprendre les incohérences du Front national et sa tentative maladroite de concilier un électorat fragmenté aux aspirations contradictoires. Plus particulièrement, le FN prétend défendre la laïcité alors même qu’il contribue à son dévoiement. Il cherche à habiller sous une apparence plus noble la constance de son islamophobie, qui est portée  à la fois par un vocabulaire millénariste, sa stratégie électorale et une vision réductrice de la France. Cette réflexion est une première étape qui sera approfondie à travers un groupe de travail dédié à cette question de la laïcité, tant au niveau de sa définition que de ses récupérations.

Alors que le Front national est au centre de nombreuses attentions politiques en cette rentrée, la note Terra Nova de Stéphane François analyse l’évolution des thématiques du parti en les mettant en perspective avec l’évolution de son électorat et de ses militants.

La parole de Marine Le Pen, plus apaisée en apparence, marque un renouveau contribuant à son succès dans les urnes. Cette transformation d’un discours qui se veut désormais « républicain » et défenseur de la laïcité masque des divergences profondes d’opinions au sein même des militants : des catholiques rigoristes, opposés au mariage gay, cohabitent avec des homosexuels qui voient eux dans le FN un moyen de se protéger de l’homophobie de certains musulmans.

L’adhésion de personnes aux motivations divergentes aux idées du parti peut s’expliquer par les transformations opérées dans le cadre de la stratégie « gaucho-lepéniste ». Ce « chauvinisme de l’Etat-providence », analysé par Pacal Perrineau, rapproche les travailleurs fragilisés par la mondialisation – souffrant de la désindustrialisation, des délocalisations et d’une concurrence accrue – d’un Front national qui leur propose une solidarité réhabilitée sur le fondement d’une communauté nationale restreinte. Le refus de l’étranger n’apparaît alors que comme une conséquence des tensions sur le marché du travail et permet de réfuter les accusations de racisme.

La jonction entre les thématiques identitaires – « l’invasion par l’immigration » – et les craintes liées à la situation du marché du travail a été opérée dès le début des années 1970 sous l’égide de Jean-Yves Le Gallou à l’origine de la théorisation de la « préférence nationale ». Cette approche permet de légitimer le refus de l’immigration, non plus par des raisons culturalistes et ethniques, mais par une argumentation à caractère économique. Cette argumentation provoquant l’adhésion des classes populaires, elle donne à Marine Le Pen l’opportunité de présenter le Front national comme le premier parti ouvrier de France. De fait, 29% des ouvriers ont voté pour elle au premier tour de l’élection présidentielle de 2012. L’origine des maux qui touchent le pays trouve donc une origine extérieure, ce qui permet de doubler la condamnation de la mondialisation du refus d’une société ouverte.

L’immigration en provenance de pays musulmans est accusée de menacer l’identité européenne ce qui passe par une focalisation du débat sur les signes de la présence musulmane, comme la viande halal ou encore les « mosquées cathédrales » et les « prières de rue ». La réponse apportée par les identitaires avec les apéros « saucisson pinard » oppose le terroir à cette « invasion » par une population dont l’assimilation serait impossible, comme le note Marine Le Pen en s’inscrivant ici dans une tradition de la dénaturalisation et en utilisant un vocabulaire millénariste : l’immigration musulmane serait facteur de déclin. Comme l’écrivaient Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard, « l’islamophobie promet de réunifier un espace national présenté comme disloqué en cités de non-droit et en communautés au bord de la sécession ».

Face à l’« invasion musulmane », le Front national a entrepris une promotion de la laïcité dans le cadre de sa stratégie de dédiabolisation, mais il s’agit d’une « laïcité falsifiée » (Jean Baubérot). Cette modernité de Marine Le Pen ne lui est pas spécifique : des responsables de partis européens renouvellent les positions de l’extrême-droite sur certains sujets de société, adoptant par exemple une attitude moins hostile envers les homosexuels. Cette position peut ainsi gêner des militants traditionnels et catholiques pratiquants. Néanmoins, la dénonciation de l’Islam permet au parti d’attirer de jeunes catholiques qui ont grandi avec un Front national en « voie de dédiabolisation » alors que leurs aînés rejetaient sa politique : si 15% des catholiques pratiquants ont voté pour le FN en 2012, les jeunes catholiques sont 27% à l’avoir fait.

Le Front national est donc contraint de faire le grand écart entre ses différents électorats. La républicanisation apparente de son discours s’accompagne réciproquement d’une dénonciation de l’islam, confondu avec l’islam intégriste et accusé de porter atteinte à la laïcité. Ce rejet de l’islam, qui s’est structuré dans les mouvements apparentés au national-populisme européen, serait en passe de s’étendre.

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While the National Front is at the centre of political attention this half-term, the Terra Nova note by Stéphane François, analyses the evolution of the themes talked about by the party, putting them into perspective with the evolution of its electorate and its militants.

The speech of Marine le Pen, calmer in appearance, marks a renewal contributing to her success at the polls. This transformation of a speech that now wants to be ‘republican’ and defending secularism hides a profound divergence of opinion amongst the FN activists: the harsh Catholics, opposed to gay marriage, find themselves side by side with homosexuals who see in the FN a means of protection from the homophobia of certain Muslims.

The adhesion of people with divergent motivations to the ideas of the party can be explained by the transformations carried out as part of the ‘gaucho-lepeniste’ strategy. This ‘welfare-state chauvinism’, analysed by Pascal Perrineau, brings workers made insecure by globalisation – suffering from de-industrialisation, outsourcing, and increased competition – to a National Front which offers them a recreated solidarity on a foundation of a restricted national community. The rejection of stranger appears therefore only as a consequence of the tensions in the labour market, and allows the FN to refute accusations of racism.

The convergence of the themes of identity –‘invasion by immigration’ – and the fears linked to the labour market situation was carried out since the beginning of the 1970s under the aegis of Jean-Yves Le Gallou with the beginning of the theory of ‘national preference’. This approach allowed the legitimisation of the rejection of immigration, no longer because of cultural or ethnic reasons, but because of an economic argument. This argument, leading to the adhesion of the working classes, gave Marine Le Pen the chance to present the National Front as the premier workers party of France. In fact, 29% of workers voted for her in the first round of the 2012 presidential election. The origins of the ills which afflict society are external, which permits the combination of a condemnation of globalisation with the rejection of an open society.

Immigration from Muslim countries is accused of threatening European identity, which leads to a debate focused on the visible signs of a Muslim presence, such as halal or "cathedral mosques" and "street prayers." The response of those who use identity rhetoric is to oppose the ‘invasion’ of this land by and population whose assimilation would be impossible, as Marine Le Pen noted in signing up to the tradition of denaturalisation and in using millenarian vocabulary: Muslim immigration would be a factor in the decline. Like Nicolas Lebourg and Joseph Beauregard wrote, ‘Islamophobia promises to reunite a national space presented as dislocated into lawless cities and de facto autonomous ethnic communities’.

Faced with Muslim invasion, the National Front has started to promote secularism as part of a strategy of dediabolisation, but it is a ‘falsified secularism’ (Jean Baubérot). This modernity of Marine Le Pen is not specific to her. The leaders of many similar European parties modernize extreme-right positions on certain social questions, adopting for example a less hostile attitude towards homosexuals. This position can hinder traditional activists and practicing Catholics. Neverthless, the denunciation of Islam permits the party to attract the young Catholics who have grown up with a National Front ‘in the process of dediabolisation’, while their elders reject its politics: while 15% of practicing Catholics voted for the National Front in 2012, 27% of  young Catholics did so.

The National Front is therefore forced to carry out a balancing act between its different electorates. The republicanism apparent in its discourse accompanies a denunciation of Islam, conflated with Islamism and accused to being a threat to secularism. This rejection of Islam, which is part of a broader European national-populist movement, is posed to expand.

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