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Mesurer la délinquance

Peut-on dire, comme on l'entend souvent, que la délinquance se développe ? Pour le savoir, il faudrait disposer de chiffres fiables. Or, le recueil des chiffres de la délinquance ne va pas de soi. Indépendamment de toute tentative d'orienter le résultat en fonction de présupposés idéologiques ou d'intérêts politiques, la construction des outils de mesure reste un objet de débats. En prenant du recul historique, on se rend compte que chaque instrument de mesure présente ses limites et ses biais de construction. C'est pourquoi, la recherche du « bon » outil de mesure s'apparente à une quête inachevée, frustrante, voire impossible. Cette note plaide pour une approche différente : plutôt que de chercher l'instrument parfait, ce qui compte est d'avoir à disposition suffisamment de compteurs pour confronter des mesures qui sont toutes partielles. Il est indispensable de savoir comment sont produits les chiffres lancés dans le débat public, afin de pouvoir discuter de leur pertinence. Mais il est encore plus utile de pouvoir disposer de mesures complémentaires, sans compter plusieurs fois les mêmes faits.

Synthèse

Peut-on dire, comme on l'entend souvent, que la délinquance se développe ? Pour le savoir, il faudrait disposer de chiffres fiables. Or, le recueil des chiffres de la délinquance ne va pas de soi. Indépendamment de toute tentative d'orienter le résultat en fonction de présupposés idéologiques ou d'intérêts politiques, la construction des outils de mesure reste un objet de débats. En prenant du recul historique, on se rend compte que chaque instrument de mesure présente ses limites et ses biais de construction. C'est pourquoi, la recherche du « bon » outil de mesure s'apparente à une quête inachevée, frustrante, voire impossible. Cette note plaide pour une approche différente : plutôt que de chercher l'instrument parfait, ce qui compte est d'avoir à disposition suffisamment de compteurs pour confronter des mesures qui sont toutes partielles.

Il est indispensable de savoir comment sont produits les chiffres lancés dans le débat public, afin de pouvoir discuter de leur pertinence. Mais il est encore plus utile de pouvoir disposer de mesures complémentaires, sans compter plusieurs fois les mêmes faits. Ainsi, les chiffres donnant une idée de l'activité administrative (de la police, des douanes, des tribunaux...) doivent être complétés par des enquêtes auprès des victimes, qui ne rapportent pas tous les faits qu'elles subissent (une tentative de vol, par exemple). Les enquêtes de victimation sont ainsi irremplaçables : elles informent sur les faits qui n’ont pas été enregistrés par la police, précisent le taux de renvoi par les victimes à la police, renseignent sur leurs démarches plus générales (auprès de l’assurance, des prestataires de sécurité) et permettent d’estimer le périmètre de la population affectée, au lieu de se borner à compter des faits. De ce point de vue, le devenir de l’enquête nationale de victimation, dont l’Insee annonce qu’elle va s’en retirer à partir de 2022, est un enjeu crucial. Il existe cependant aussi des activités délictueuses sans victime directe comme la consommation de produits stupéfiants illicites, les séjours irréguliers ou la fraude fiscale. Ici, les outils nous manquent. L'autodéclaration (par ceux qui commettent les actes...) est très utile pour prendre de la distance par rapport aux données policières, comme on peut le voir en matière de consommation de stupéfiants. La voie de l'économétrie semble aussi prometteuse mais encore peu utilisée. Des enquêtes beaucoup plus systématiques, s'appuyant sur des données économiques, pourraient commencer à donner une idée de phénomènes mal évalués comme la délinquance financière ou la fraude fiscale. Les chiffres qui circulent habituellement, s'ils donnent une idée des volumes concernés, restent rudimentaires. Une approche des « coûts du crime », mesurés selon plusieurs échelles (conséquence pour les victimes, coûts pour la collectivité, coûts de prévention et de répression...) offre des perspectives prometteuses qu'il faudrait encourager. 

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