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Pauvreté de la lutte

La lutte contre la pauvreté n’était pas une priorité affichée par le candidat Sarkozy. Mais avec la nomination de Martin Hirsch comme Haut-Commissaire aux solidarités actives, Nicolas Sarkozy réussissait une des plus fameuses prises de guerre de sa politique d’« ouverture » et pouvait donner le change : non, le gouvernement ne se contentait pas de faire des cadeaux fiscaux somptuaires aux plus aisés, il allait aussi s’intéresser aux démunis.

Synthèse

Avec un mot d’ordre en ligne avec sa politique : la lutte contre la pauvreté passe par l’insertion professionnelle – par le travail, et pas par l’assistanat.

Un an après, les résultats se font jour, avec le Grenelle de l’insertion et le « revenu de solidarité active » (RSA). Ils sont décevants.

Le Grenelle vient de conclure ses travaux. Ses propositions, obtenues par consensus entre partenaires sociaux, sont très positives : accompagnement renforcé et individualisé des demandeurs d’emploi les plus vulnérables, concentration des moyens de la formation professionnelle, renforcement des contrats aidés pour les travailleurs faiblement employables, maintien de la vocation universelle de l’emploi et refus du statut d’« handicapé social »…

A écouter les engagements, squelettiques, de François Fillon à l’issue du Grenelle, il y a fort à parier que le gouvernement enterrera ses propositions : trop chères, trop contraires aux politiques qu’il a menées jusqu’ici – coupes dans les budgets sociaux, suppression des contrats aidés, traitement statistique du chômage.

Reste le RSA. Belle réforme dans son principe : une prestation sociale universelle garantissant un revenu minimum aux foyers à faibles revenus, et croissant avec les revenus d’activité. Il fait d’une pierre trois coups. La simplification des minimas sociaux, aujourd’hui « compartimentés » en neuf dispositifs différents (RMI, API, AAH, ASS…). L’aide aux travailleurs pauvres, en leur assurant un complément de revenu. L’incitation à la reprise d’un emploi, en creusant l’écart entre les revenus du travail et ceux du non emploi.

Mais le diable, c’est bien connu, est dans les détails. Et la mise en œuvre, telle qu’elle est prévue à ce stade, s’avère gravement défaillante. C’est ce que montre le remarquable dossier que vient de publier La Vie des Idées sur le sujet, coordonné par Nicolas Duvoux, et auquel ont notamment contribué Dominique Méda, Hélène Périvier, Jean-Luc Outin et Serge Paugam.

En résumé, le RSA améliorerait la situation d’une petite frange de pauvres, celle des travailleurs pauvres, au détriment de millions de « victimes collatérales » : les classes populaires et les populations exclues du retour à l’emploi. L’objectif serait avant tout statistique : donner un coup de pouce aux seules populations situées juste au-dessous du seuil de pauvreté, pour le leur faire franchir.

Par ailleurs, le RSA n’améliorerait pas le retour à l’emploi – même s’il en améliore les conditions financières. Pour l’essentiel, ce sont d’autres politiques qui sont en cause : service public de la petite enfance, politique des transports, activation des politiques sociales, formation professionnelle… Politiques ignorées par le gouvernement.

Martin Hirsch ne peut ignorer cette réalité. Ce qu’il voulait faire est aux antipodes de ce que ce gouvernement lui permet de faire. N’est-il pas temps, pour lui, d’en tirer les conséquences politiques?

Olivier Ferrand
Président de Terra Nova

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