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Pour une désescalade des réponses sécuritaires dans le football - un modèle pour les questions de sécurité urbaine

Face au hooliganisme, les autorités françaises ont depuis les années 80 répondu par la répression, avec notamment des dispositifs policiers toujours plus impressionnants autour des stades. Cette politique s'est révélée inefficace et doit être comparée à celles, couronnées de succès, de nos voisins britanniques et allemands. Selon Patrick Mignon, sociologue du sport, des politiques de désescalade, menées grâce à la concertation de tous les acteurs notamment en Allemagne, peuvent être transposées en France et même servir de modèle à la lutte contre les violences scolaires ou urbaines.

Synthèse

Le hooliganisme, ou supportérisme extrême, constitue un phénomène social récurrent touchant l’ensemble des pays européens depuis le milieu des années 80, essentiellement en marge des rencontres de football.

 

Depuis lors, les autorités françaises ont essentiellement réagi par une politique répressive : dispositifs policiers massifs déployés autour des stades, interdictions administratives et judiciaires pour les supporters violents, dissolutions d’associations de supporters…

 

Force est aujourd’hui de constater l’inefficacité de cette politique. Loin de traiter les violences entourant les rencontres de football, cette approche sécuritaire entraîne une surenchère et une escalade entre des supporters toujours plus revendicatifs et des forces de l’ordre toujours plus nombreuses. Cette réponse répressive, qui écarte largement le ministère des sports, traduit également une méconnaissance du phénomène par les autorités publiques.

 

D’autres pays européens, comme la Grande-Bretagne, la Belgique ou l’Allemagne ont, quant à eux, réussi à mettre sous contrôle les dérives du supportérisme par une réponse adaptée.

 

L’Angleterre a écarté les hooligans des stades par une politique répressive stricte, par une augmentation importante des tarifs des places de stade et par une détente des relations entre forces de l’ordre et associations de supporters qui jouent un rôle de régulateur à l’intérieur des enceintes sportives. La différence de culture entre supporters britanniques et français et un public moins nombreux en France rendent difficiles la transposition de ce modèle à notre pays.

 

L’Allemagne, de son côté, a mené une politique de désescalade entre supporters et forces de l’ordre. Celle-ci repose sur un diagnostic partagé entre les différents acteurs et sur une réponse globale associant police, supporters, collectivités et travailleurs sociaux. Le modèle allemand implique une responsabilisation des différents acteurs et une réponse graduée allant des mesures de réinsertion sociale à des sanctions pénales en fonction de la gravité des actes.

Une telle politique de désescalade semble pouvoir être transposée à la France. Elle suppose de réunir les différents acteurs et de partager un constat commun sur le phénomène du supportérisme extrême. Dès lors chacun doit assumer ses responsabilités et mobiliser ses moyens propres pour permettre aux rencontres de football de se dérouler dans de bonnes conditions.

 

La réponse de l’Etat doit ainsi être interministérielle et au-delà des ministères de l’intérieur et de la justice, la mobilisation des ministères des sports mais aussi de la ville s’avère nécessaire. Les collectivités territoriales, qui subventionnent les clubs professionnels, ont également un rôle à jouer en tant qu’acteurs de proximité et en raison de leurs compétences sociales.

 

Les clubs et la ligue professionnelle de football doivent, quant à eux, se mobiliser pour promouvoir une image fédérative de ce sport dépassant la simple logique de rentabilité économique.

 

Enfin, les associations de supporters doivent être considérées comme des acteurs légitimes du monde du football et en contrepartie assumer un rôle de régulateur à l’intérieur des stades.

 

Au-delà du sport, cette politique de désescalade semble pouvoir servir de modèle à la lutte contre les violences scolaires ou urbaines.

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