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Quelle politique pour l’Afrique en avril 2012 ?

Alors que les élections présidentielles au Sénégal et la candidature d'Abdoulaye Wade à un troisième mandat révèlent l'importance prise par la société civile dans ce pays, la France tente d'adopter une posture neutre en se gardant de tout arbitrage, malgré des années de complaisance coupable envers le président sortant. De fait, la politique de la France en Afrique sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy s'est caractérisée par son absence de doctrine et de ligne directrice, laissant la France marginalisée, actrice de second plan derrière notamment les pays émergents. Cette note propose des pistes pour refonder la politique africaine de la France, en accompagnant les développements positifs que connaît l'Afrique, en adoptant, avec les partenaires européens, une attitude cohérente pour retrouver un rôle à jouer sur ce continent.

Synthèse

Certains pensaient que l'absence totale de curiosité de Nicolas Sarkozy envers l'Afrique allait permettre à la France de tourner la page d'un certain mode de relation avec le continent. Non seulement il n'en fut rien, mais on a assisté à une recentralisation vers l'Elysée de la politique africaine selon des modalités rappelant les années Foccart.

Après ces années de régression, marquées par une vision utilitaire et vénale des relations francoafricaines, le chantier du renouvellement est immense. L’Afrique a connu des évolutions majeures durant la dernière décennie : raréfaction des coups d’Etat, éclosion économique, irruption des émergents… Elle est confrontée à d’importants défis : diversification de l’économie et industrialisation, déficit en ressources humaines bien formées, démographie, choix d’un développement respectueux de l’environnement. Face à ces transformations, la France demeure dans une posture de citadelle assiégée, refusant de s’engager dans une collaboration bilatérale avec ses partenaires européens.

En cas d'alternance, quelle politique une majorité de gauche devrait-elle mener vis-à-vis du continent le plus proche de l'Europe ? Cette note s'attache à lancer des pistes pour une politique rationalisée, à même de servir les intérêts de la France et de l'Afrique sur le long terme :

- accepter le changement en Afrique, l’anticiper, l’accompagner, en favorisant l’émergence d’acteurs politiques de qualité, et un travail de fond vis-à-vis de la société civile, via par exemple le Fonds social de développement ;
- s’appuyer sur les relations sociales qui, à tous les niveaux, relient Français et Africains, et se sont effritées au fil des ans du fait d’une politique de visas restrictive, en réinventant le concept de codéveloppement ;
- penser les intérêts français à long terme, en aidant, avec l’Europe, l’Afrique à franchir un palier supplémentaire sur la voie de la démocratisation, en développant la démocratie concrète et les contre-pouvoirs, conditions indispensables pour un développement économique et humain ;
- refonder l’aide au développement, dans un contexte où la fin des annulations de dette massives va assécher l’aide « réelle » et reléguer la France au rang d’acteur de second plan, en organisant par exemple des « états généraux » impliquant tous les secteurs de l’Etat, des collectivités locales et de la société civile intéressés ;
- parler aux « Afriques » plutôt qu’à l’Afrique, en privilégiant les « sous-régions » regroupées dans des organisations cohérentes et solides pour certaines ;
- dans le domaine monétaire, mettre fin à la parité fixe avec l’euro au profit d’une parité flexible, à même d’éviter de réitérer l’ajustement brutal par dévaluation ;
- européaniser la présence en Afrique, en réengageant les partenaires européens, réticents à s’impliquer après des années d’une politique française consistant à faire financer par les Européens sa propre action d’influence en Afrique.

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