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Qui veut la peau de France Télévisions Publicité?

Privatiser la régie publicitaire de France Télévision après la suppression de la publicité sur les chaînes publiques décidée début 2008 par Nicolas Sarkozy : cette démarche semble aller de soi. Or, l'étude approfondie des performances commerciales de France Télévisions Publicités (FTP) et des conditions de son rachat prochain par un groupe privé mène à une toute autre conclusion. Cette opération n'est ni dans l'intérêt du groupe public, ni dans celui du contribuable.

Synthèse

L’annonce de la suppression progressive de la publicité sur les chaînes de télévision publique a fait polémique tout au long de l’année 2008. Des débats parlementaires nourris ont eu lieu au cours du vote de la loi du 7 mars 2009 relative à la communication audiovisuelle et au nouveau service public de la télévision. En revanche, l’avenir de la régie publicitaire de France télévisions en charge de la commercialisation des espaces publicitaires n’a fait l’objet d’aucune réflexion générale et publique, comme si sa privatisation en cours était une évidence. En effet, puisque la publicité disparaît des chaînes publiques, à quoi bon conserver une régie publicitaire au sein de France Télévisions ?

Mais la question peut aussi être posée à l’envers : pourquoi diable une entreprise privée voudrait-elle racheter une régie publicitaire qui ne gérerait plus de publicité, une « coquille vide » ? C’est bien que France Télévisions Publicité (FTP) a de la valeur.

D’abord, la publicité ne va pas entièrement disparaître. Parrainages d’émissions, offres de jeux, sponsors des compétitions sportives, programmes courts sont autant d’opportunités pour la régie publicitaire… La régie reste donc pertinente même en l’absence de spots publicitaires.

Ensuite, France Télévisions est un média global qui ne s’exprime pas uniquement sur des écrans de télévision. Elle s’étend au contraire avec des sites internet, sur les téléphones mobiles, les tablettes PC, etc. – tous supports sur lesquels la publicité reste possible et est appelée à se développer.

En outre, le spectre d’action de FTP dépasse largement la seule France Televisions. FTP est devenue la régie publicitaire de nombreux sites internets, notamment publics, de numéros de téléphone, ainsi que d’une bonne vingtaine de chaînes de télévision thématiques privées sur le câble et le satellite, de Discovery Channel à Voyage. En d’autres termes, un groupe public est parvenu à concurrencer des opérateurs privés, et même à les devancer, dans un secteur très concurrentiel.

Pourquoi, enfin, privatiser dès maintenant ? La suppression complète de la publicité ne se fera qu’en 2011. La privatisation anticipée de FTP mènerait à une situation peu justifiable : le contribuable, en finançant par la redevance les programmes des chaînes de France Télévisions, enrichirait un groupe de publicité privé. Sans compter que, dans un contexte de grave crise des finances publiques, le maintien d’une dose de publicité sur les chaînes publiques n’est peut-être pas hors de question.

Dans ces conditions, la décision de privatiser la régie publicitaire de France Télévisions ne paraît pas avoir été prise en conscience des intérêts du groupe France Télévisions, ni du contribuable. C’est d’autant plus vrai que les bénéfices publicitaires de FTP apportent une contribution significative au budget de France Televisions : près de 30% du chiffre d’affaires du groupe. Les performances de FTP, compte tenu du contexte de crise, de la baisse générale de l’audience des chaînes historiques, et des contraintes propres au groupe public, dont… la suppression de la publicité, sont d’ailleurs à souligner. Alors que France 2 et France 3 perdaient environ 20% de part d’audience chacune entre 2001 et 2007, et que l’on réduisait les séquences publicitaires de 33%, FTP affichait un chiffre d’affaires en hausse de près de 20% (à 730 M€).  Le budget du groupe public dépend donc en grande partie des bonnes performances de sa régie publicitaire.

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