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Résoudre les paradoxes de la transition énergétique

A quelques jours de la réunion du Conseil national du Débat sur la transition énergétique, chargée d'examiner une première ébauche des propositions finales, Terra Nova propose en contrepoint une analyse des paradoxes auxquels la transition énergétique nous confronte.

Synthèse

Paradoxe temporel, qui oppose à la nécessaire vision de long terme propre aux politique de l'énergie des choix court-termistes ; paradoxe démocratique entre la prégnance de ces thèmes dans l'agenda politique et la faible implication citoyenne et médiatique ; paradoxe de la mobilité, qui voit ce thème, premier enjeu de la transition, absent des débats ; et enfin paradoxe du financement, où l'absence d'investissement nous empêche de sortir de la crise économique et énergétique. Ces quatre paradoxes ne seront pas résolus par le débat sur la transition : ils appellent, pour être dépassés, une politique énergétique ambitieuse et soutenable.

Les mesures initiées par le Grenelle de l’Environnement, le Pacte Ecologique de la Fondation Nicolas Hulot et l’actuel débat sur l’énergie sont autant de pas vers la transition écologique, c’est-à-dire vers un modèle énergétique qui permette de satisfaire de manière durable, équitable et sûre, pour les hommes et leur environnement, les besoins en énergie des citoyens et de l’économie française dans une société sobre en ressources naturelles, en énergie et en émissions de gaz à effet de serre. Ce modèle est fondé sur la sobriété, l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables. Bien que des efforts remarquables aient été réalisés ces dernières années, le chantier reste immense. Le principal objectif de cette note n’est pas de s’ajouter à la longue liste des mesures proposées par les différentes parties du débat sur la transition énergétique, mais plutôt de pointer les paradoxes auxquels cette transition nous confronte.

La contradiction la plus apparente est probablement le contraste entre la communication active autour de ces problématiques ces dernières années, et la relative indifférence de la population sur ces sujets ; situation d’autant plus étrange que la transition énergétique n’est pas seulement une affaire d’experts mais avant tout une entreprise collective à laquelle l’ensemble de la nation doit pouvoir adhérer.

L’approche privilégiée dans cette note consiste donc à rendre compte de ces contradictions politiques, économiques et sociales, puis à présenter des grands axes de réflexion et des propositions associées. A l’issue du débat, et en fonction des réactions à cette note, Terra Nova approfondira ceux de ces paradoxes qui n’auront pas trouvé de réponse dans les orientations prises par le gouvernement. Au total, nous avons noté quatre paradoxes principaux :

  • Le paradoxe de l’inversion des temps, qui voit les choix de long terme inhérents aux politiques de l’énergie malmenés par des visions braquées sur le court terme. Il tient à plusieurs causes : par exemple la focalisation de plus en marquée du débat politique sur le court terme, alors que les investissements énergétiques se situent dans des temps longs, ou encore des défauts fondamentaux dans la façon dont la logique de marché a été introduite dans l’énergie (par exemple, en introduisant le marché là où il aurait été préférable de renforcer la régulation, et en échouant à développer autant que nécessaire un tissu concurrentiel dans le domaine de la production). Pour être résolu, ce paradoxe nécessite que l’Etat reprenne en France un rôle de stratège, qu’il a en grande partie abandonné, et fixe des orientations de long terme stables dans le temps, mais également que l’architecture du marché européen de l’énergie soit revue en profondeur.
  • Le paradoxe démocratique, ou l’écart entre la présence de la transition dans l’agenda politique, et la faible implication des citoyens dans ces sujets. Pour le résoudre, il faut d’abord mettre en place les conditions d’une véritable démocratie énergétique, qui commence par une information précise sur les enjeux, les choix possibles, et leurs conséquences, sous une forme qui rende ces informations réellement accessibles à chacun. Il faut ensuite faire évoluer la gouvernance en décentralisant davantage les enjeux locaux : si les citoyens ne voient aucun choix à leur portée ou n’en perçoivent pas les implications locales, ils ne se mobiliseront pas. Enfin, le paradoxe démocratique doit être également résolu à l’échelle mondiale – les débats sur la transition concernant avant tout des pays qui ne réalisent qu’une part minoritaire des émissions. A rebours de ceux qui pensent que le caractère mondial des enjeux du réchauffement est une raison pour ne rien faire en France, nous pensons nécessaire d’agir de façon volontaire à la fois en France, et en renforçant notre « diplomatie climatique » nationale et européenne.
  • Le paradoxe de la mobilité, qui voit le sujet contribuant à la majorité des émissions de CO2 pratiquement absent des débats et des mesures proposées. La résolution de ce paradoxe suppose, d’abord, de nous doter d’une stratégie là où les différents leviers (urbanisme, transport, stratégie industrielle…) sont actuellement utilisés de façon peu coordonnée. Il est également nécessaire de veiller à ce que cette stratégie permette à chacun de s’approprier les enjeux de la mobilité économe (qui ne doit pas être réservée aux seuls urbains et aux déciles aisés), et utilise davantage le potentiel considérable de l’open data pour permettre à chacun de se déplacer plus intelligemment.
  • Le paradoxe du financement, enfin, est ce cercle vicieux par lequel l’absence d’investissements nous rend plus pauvres. Il peut être levé, comme le montrent les études réalisées en Allemagne. Cela suppose cependant de donner aux investissements nécessaires – souvent de durée longue et de risque faible – des coûts de financements plus proches des taux de retours attendus des infrastructures publiques, que de ceux actuellement exigés par les marchés pour les projets énergétiques. Différents mécanismes publics (KfW[1] française, investissements d’avenirs, fonds de la BEI[2]…) peuvent être envisagés pour corriger cette imperfection. Il est par ailleurs nécessaire, en parallèle, de développer les investissements privés dans l’énergie, autant en assurant aux acteurs en place les moyens de le faire, qu’en développant le nombre d’acteurs investissant dans les technologies d’avenir.

Le débat sur la transition ne résoudra totalement aucun de ces paradoxes – notamment parce qu’il a davantage été conçu pour recueillir des avis sur les orientations à prendre, que comme un laboratoire pour changer de paradigme. Or, sur certains points tels que l’architecture du marché européen de l’énergie, il est probable qu’il faille pratiquement raisonner en « base zéro » pour définir le système qui permette au mieux de concilier les objectifs de la transition, les possibilités offertes par la technologie, et les lois économiques qui font que le marché donne de très bon résultats dans certains domaines, mais ne fonctionne à l’évidence pas ailleurs.

C’est pourquoi nous restons convaincus que le gouvernement doit proposer une politique énergétique volontariste basée sur une confrontation au réel et un diagnostic sans concessions – quitte à se donner le temps de réaliser les analyses nécessaires, notamment sur les points tels que la mobilité, l’architecture cible du marché européen ou les outils nous permettant sans perte de compétitivité d’être « justes dans une monde qui ne l’est pas », tels que la taxe sur le carbone importé – pour construire une politique nationale ambitieuse et soutenable. Car si le défi posé par la transition énergétique est ambitieux, les solutions proposées doivent l’être tout autant.

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