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Des primaires de conquête, pour les municipales 2014

Dès 2008, Terra Nova a assuré le défrichage intellectuel de la primaire, notamment dans l'essai Pour une primaire à la française, d'Olivier Duhamel et Olivier Ferrand. Elle en a dressé le bilan, pour les primaires citoyennes organisées par le PS et le PRG, en 2011. À quatorze mois des élections municipales, elle propose d'adapter à ce scrutin l'expérience des primaires, dans cet essai, fruit des réflexions d'un groupe de travail présidé par Jean-Philippe Thiellay, vice-président de Terra Nova, et Matthias Fekl, député de Lot-et-Garonne.

Synthèse

Lorsqu'elles ont vocation à permettre à la gauche d'identifier le meilleur candidat, de bâtir une dynamique et de lancer une campagne, l'organisation de primaires au niveau local est pertinente. Le présent essai répond précisément aux questions techniques qui se posent pour assurer leur bonne marche.

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Les primaires, que Terra Nova et son président Olivier Ferrand ont expertisées et contribué à mettre en œuvre, ont constitué une formidable rampe de lancement pour l’élection présidentielle de mai 2012, et pour François Hollande en particulier. Elles ont aussi montré que le choix d’un candidat pouvait offrir l’occasion d’un nouveau moment démocratique pour lesquels les Français, avec les médias, se sont passionnés. Le prochain scrutin en France aura lieu en mars 2014 : les électeurs désigneront le premier magistrat de leur ville. C’est l’occasion d’adapter à ce scrutin particulier (scrutin de liste très personnalisée autour du candidat au fauteuil de maire) l’expérience des primaires et de faire profiter l’ensemble de la gauche des leçons tirées des présidentielles.

Pour Terra Nova, l’organisation de primaires ouvertes à l’ensemble des partenaires de la gauche, mais aussi des composantes éventuelles des futures majorités municipales, est une opportunité pour montrer que la gauche a, en la matière, une avance sur la droite qui doit permettre de lancer la campagne et conquérir de nouvelles municipalités.

Terra Nova ne propose pas de généraliser les primaires à toutes les communes françaises. Il y a à cela plusieurs raisons.

Des raisons politiques d’abord : les primaires doivent permettre à la gauche de sélectionner le meilleur candidat, de bâtir une dynamique, de lancer une campagne. Cela suppose que certaines conditions locales soient remplies. Les primaires ne sont pas adaptées, sauf exceptions, aux villes dans lesquelles un élu sortant de gauche se représente aux suffrages de ses administrés ; elles ne sont pas adaptées lorsqu’un candidat a, depuis longtemps, construit une légitimité que personne ne conteste, mais elles peuvent au contraire permettre de sélectionner le mieux placé pour l’emporter.

Des raisons techniques ensuite : pour réussir, elles doivent s’appuyer sur un nombre de militants suffisant. Organiser une primaire est lourd et exige une réelle rigueur. En outre, pour que le résultat soit significatif, le corps électoral ne doit pas être trop étroit, sauf à courir le risque de voir le scrutin détourné par n’importe quel groupe qui, avec quelques dizaines de personnes représentant un pourcentage consistant des électeurs, pourrait porter atteinte à la sincérité du scrutin. Un seuil de 80 ou 100 000 habitants paraîtrait pertinent.

Plusieurs hypothèses existent s’agissant du calendrier. Les primaires pourraient, d’abord, être organisées en différents lieux du territoire national à des moments différents, en fonction des particularités locales. Sans exclure de tels cas de figure, le rapport suggère plutôt d’organiser les deux tours des primaires au même moment, pour garantir une résonance maximale à cette expérience. Compte tenu des nombreuses questions d’organisation (les listes électorales ne seront disponibles qu’à compter du 1er mars 2013), les dimanches 6 et 13 octobre 2013 pourraient être retenus pour l’organisation des deux tours de scrutin.

La question la plus délicate concerne le filtrage des candidats. Il n’est en effet ni possible, ni souhaitable que la primaire soit ouverte à tous les candidats qui pourraient, par ce biais, se bâtir une notoriété à peu de frais. La solution la plus opérationnelle consiste à demander aux candidats des parrainages citoyens (signatures d’électeurs inscrits sur les listes), en retenant par exemple la limite de 1 % du corps électoral, ce qui, dans une ville comme Paris, représenterait déjà quelque 12 500 signatures. Dans d’autres configurations, un seuil de 1 000 ou 2 000 signatures pourrait être fixé.

S’agissant de l’organisation matérielle et de la sincérité du scrutin, il convient d’avoir conscience des grandes particularités des primaires municipales et, pour dire les choses, des risques encourus. Dans certaines fédérations, les primaires pourraient être perçues comme un moyen de déposséder les militants et les notables de leur choix, « entre-soi ». Indépendamment de l’effort de conviction et de persuasion que les partis doivent fournir, l’organisation doit faire l’objet d’une attention particulière. Elle doit reposer sur une commission nationale d’organisation (questions générales, calendrier, modèles de matériel électoral…) et sur des commissions locales (recueil des listes électorales, mise en place des bureaux de vote). Le déroulement de la campagne et du scrutin, pour être exemplaire, doit être contrôlé par une Haute autorité de trois personnes qui a fait ses preuves pendant les primaires présidentielles et, dans chaque commune, par une Haute autorité locale de trois personnes désignées par la Haute autorité nationale.

Le déroulement de la campagne, placé sous le contrôle des Hautes autorités, devrait reposer sur les mêmes bases qu’en 2011 : débats codifiés entre les candidats, notamment dans les médias locaux, diffusion d’un kit primaires aux militants, formation des militants aux techniques de campaigning. Pour les candidats, il est important de diffuser une information précise suffisamment tôt pour que les dépenses exposées ne puissent pas être regardées comme des dépenses engagées en vue du scrutin municipal de mars 2014 et imputées sur le compte du vainqueur.

Quant au scrutin lui-même, ouvert au même corps électoral qu’en 2011, sans possibilité de vote par procuration, la gauche a démontré un réel savoir faire. Le recueil des noms des participants, en vue de la campagne de 2014, pourrait être amélioré. Il pourrait aussi être envisagé de transformer la contribution d’un euro en contribution libre, dont l’exemple italien montre qu’elle permet un recueil de dons plus importants.

Enfin, les suites des scrutins doivent être réfléchies et préparées en amont pour que les primaires de conquête aient toutes les chances de leur côté. Indépendamment d’une charte que tous les candidats signeraient avant le lancement des primaires, le rassemblement des candidats et des équipes doit être organisé, à l’instar de ce qui avait été fait au niveau national.

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