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Primaires : et si c'était à refaire ?

Terra Nova dresse un bilan raisonné des primaires et avance quatre propositions dans le débat public pour poursuivre le mouvement engagé en 2011.

Synthèse

La primaire ouverte de 2011 a permis à la gauche de sortir des querelles de leadership dans lesquelles elle était enferrée depuis le retrait de Lionel Jospin de la vie politique le 21 avril 2002. Elle a également permis de rouvrir le débat d’idées en organisant des échanges contradictoires de qualité. En outre, elle a été un indéniable succès démocratique (2,7 millions de citoyens au premier tour et près de 3 millions au second) qui s’est doublé d’une prouesse logistique (10 000 bureaux de votes ont été ouverts sur l’ensemble du territoire). Loin d’être démotivés par cet exercice, les militants ont trouvé-là un motif de fierté et se sont fortement mobilisés autour de cet événement.

Cette procédure ouverte, transparente et adaptée à la présidentialisation des institutions a donné au vainqueur une légitimité populaire d’entrant, lui permettant de mieux affronter la légitimité institutionnelle du sortant. Mais elle l’a d’abord imposé dans son propre camp : l’autorité du scrutin, l’acceptation des règles du jeu par l’ensemble des compétiteurs et l’expression par tous de la volonté de rassemblement ont désamorcé la « machine à perdre » en faisant taire les éventuelles tentations dissidentes des rivaux. Cet « effet primaire » s’est traduit pour le vainqueur par une progression spectaculaire dans les intentions de vote.

Cet exercice nouveau a suscité de nombreux commentaires et plusieurs questions.

  • Loin d’accroître la personnalisation de la vie politique, qui n’avait pas attendu les primaires pour s’affirmer, l’expérience de 2011 a montré que l’on pouvait, d’une part, concilier cette tendance avec une demande croissante de participation aux choix les plus décisifs et, de l’autre, civiliser l'affrontement des lignes et des ambitions personnelles en lui imposant des règles. De fait, les primaires ouvrent le jeu et conduisent à substituer une légitimité de type procédural à une légitimité supposée « naturelle ».
  • Les adhérents du Parti socialiste ont certes été dépossédés en partie des orientations et arbitrages programmatiques mais cette mise à distance est une première étape habituelle d’émancipation et de présidentialisation du candidat. Elle n’est que secondairement le fruit de ce mode de désignation du candidat. Ces transformations sont aussi le reflet des changements qui affectent plus largement le rôle des partis dans notre démocratie. Les partis sont de moins en moins des lieux de synthèse entre les attentes sociales, les propositions programmatiques et les stratégies de conquête du pouvoir. Ils sont appelés à se repositionner comme des animateurs généralistes et des agents de coordination de la vie politique. En ce sens, ils resteront absolument nécessaires dans le futur, pour dépasser l'éclatement des causes spécifiques et organiser les grands rendez-vous de la vie démocratique dont les primaires sont une illustration.
  • La primaire a par ailleurs fonctionné comme un formidable accélérateur dans la carrière de ceux qui n’étaient encore que des outsiders de la vie politique nationale et qui ont pris place par ce moyen dans le casting de la majorité qui était en train de se structurer. Mais ce n’est pas parce que cette procédure permet de gérer pacifiquement et efficacement les débats internes qu’elle les annule : elle hiérarchise les positions plus qu’elle ne les efface. Les clivages qui se sont exprimés durant la primaire sont ainsi restés sensibles après la victoire de 2012.

Propositions et pistes de réflexions

La tripartition croissante de la vie politique nationale, du fait de la montée en puissance du Front national, conduit à réévaluer radicalement l’intérêt de primaires de coalition, c’est-à-dire ouvertes à une pluralité de formations politiques et capables de les réunir in fine autour d’un candidat commun. Avec un Front national au-dessus de 20 % des suffrages exprimés, le premier tour de l'élection présidentielle risque de devenir une « primaire républicaine », décidant de l'adversaire de Marine Le Pen au second tour.

  • Proposition 1 : si l'on veut favoriser une primaire plus ouverte, il faut conditionner des accords d'investiture précoces à la participation à la primaire et, éventuellement, faire des résultats à cette primaire la base de négociation des investitures ou de la composition de la commission qui y préside. Il s’agit d'introduire une plus grande cohérence entre la stratégie présidentielle et la stratégie législative. Charger les primaires d'un tel enjeu serait d'ailleurs une forte incitation pour les compétiteurs à mobiliser largement leurs sympathisants, augmentant du même coup la légitimité globale de l'exercice.
    L’intérêt d’une telle primaire n’est pas de durcir les clivages entre des candidats qui vont devoir ensuite se rassembler autour du vainqueur. Le scrutin doit refléter le plus fidèlement les positions et l’audience de chacun. Or le scrutin majoritaire uninominal à deux tours, retenu en 2011, est par construction binaire : donnant sa voix à l’un des candidats, chaque électeur la retire à tous les autres. On peut ainsi redouter deux risques opposés en cas de candidatures nombreuses : d’une part, l’éviction d’un bon candidat dès le premier tour du fait de la dispersion des voix ; de l’autre, inversement, une telle pression du « vote utile » que les « petits » candidats auraient des résultats artificiellement minorés. 
  • Proposition 2 : pour éviter ces écueils, il pourrait être envisagé de passer, pour les primaires, du vote majoritaire uninominal à deux tours au « jugement majoritaire » à un tour. Le jugement majoritaire demande à chaque électeur d’évaluer tous les candidats au lieu d’en choisir un seul. L'électeur serait, dans ce cas, invité à évaluer et juger chaque candidat en lui attribuant une mention (Excellent, Bien, etc.). Avec cette méthode, les écarts produits ne stigmatisent pas les perdants. En outre, la pluralité est assurée sans risque de nuire particulièrement à tel ou tel candidat.
    Si la généralisation des primaires à toutes les élections paraît peu raisonnable, il faut faire en sorte qu’elles soient possibles à tous les niveaux d’élection locale et qu’elles ne dépendent pas du seul bon vouloir et des intérêts immédiats des élus en place.
  • Proposition 3 : le Parti socialiste pourrait ajouter à ses statuts un article indiquant que les primaires ouvertes doivent être une possibilité pour tous les niveaux d’élection locale, en précisant les conditions requises à chaque échelon pour qu’une requête en ce sens puisse être soumise au Conseil national, lequel aura compétence pour décider ou non d’y donner une suite favorable. Une telle procédure serait de nature à renforcer le rôle du parti et des militants sans hypothéquer les chances de renouvellement des élus sur le terrain et en faisant vivre le lien entre militants et sympathisants.La primaire est désormais inscrite dans les statuts du Parti socialiste mais un président sortant issu de ses rangs doit-il y être contraint ? L’exercice pourrait affaiblir considérablement son autorité dans l’exercice de ses responsabilités et hypothéquer ses chances de victoire au final.
  • Proposition 4 : Maintenir le caractère systématique de la primaire présidentielle ouverte quand il n'y a pas de président sortant et rendre la primaire optionnelle dans le cas d'un Président sortant. Ce qui n’empêcherait pas ce dernier, conscient de la nécessité de réunir très largement son camp, et formellement investi par les instances ordinaires de sa formation politique d’origine, d'appeler à une primaire de coalition à laquelle il se porterait candidat et à laquelle seraient conviés les autres formations politiques de gauche.
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