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Depuis les attentats du 13 novembre, l'opinion est beaucoup plus dure sur la sécurité

Un an près la tuerie du Bataclan, le regard des Français sur l’islam et la sécurité a changé. Pour Thierry Pech, le directeur général du think tank de gauche Terra Nova, l’inflation législative ne peut être la seule réponse.

Un an après la tuerie du Bataclan, un hommage sera rendu dimanche aux 90 victimes dans la salle parisienne. Un drame qui a fortement marqué de son empreinte la société française.

Comment a évolué l'opinion depuis le 13 Novembre. Est-elle plus sécuritaire ?

Elle l'était déjà largement. Mais ce qui me frappe, c'est qu'elle a accepté sans broncher tout ce qui a été fait dans ce sens depuis. Y compris l'état d'urgence. La déchéance de nationalité, même si elle divisait la gauche, est restée une idée assez populaire. On a une opinion dans l'ensemble beaucoup plus dure. Et son durcissement est accru par les forces politiques qui organisent les amalgames de toutes sortes. Le climat créé par l'élection de Donald Trump n'arrangera rien.

Quelle place voyez-vous occuper le vivre-ensemble, la sécurité et l'islam en France dans la campagne présidentielle ?

La réponse à cette question dépendra d'abord des événements qui se produiront ou ne se produiront pas d'ici aux élections. Un nouvel attentat pourrait les remettre tout en haut de l'agenda. Dans le cas ­contraire, cela dépendra beaucoup des acteurs de l'élection. Si Sarkozy l'emporte, il en fera un des thèmes clefs de sa campagne. Si c'est Juppé, je pense que le tableau sera un peu différent. Enfin, je crois que la gauche et la droite n'ont pas tout à fait la même vision des libertés et de l'Etat de droit. C'est un domaine où les ­clivages ont évolué, mais restent, à mon sens, assez classiques.

Le renforcement de l'arsenal juridique face au terrorisme a-t-il été la bonne réponse ?

En matière de renseignement notamment, il fallait avancer. Il aurait été bon, pour faire bonne mesure, de redéfinir constitutionnellement l'état d'urgence pour en limiter les effets. Mais surtout, on a trop regardé du côté législatif. Comme souvent en France, quand on a un problème, on fait des lois... Entre les grandes lois, d'un côté, et les débats un peu misérables sur le burkini ou le respect des minutes de silence dans les écoles, d'autre part, il y a d'autres questions à se poser. Des questions d'exécution, d'effi­cacité des services, de préparation... On a eu du mal à trouver le bon niveau d'articulation du débat ­politique.

La réponse n'est-elle pas d'abord européenne ?

Vous avez raison, on aurait besoin d'une plus grande cohésion européenne sur ces sujets. Regardez le débat sur les données personnelles des passagers. On aurait besoin aussi d'un réengagement des Européens et singulièrement des Allemands dans le champ géopolitique. L'évolution sur ce sujet outre-Rhin est trop lente et trop timide. L'Allemagne ne peut pas continuer à donner des leçons au reste de l'Europe et s'abstraire des affaires du monde comme elle le fait encore trop souvent. L'Histoire est de retour !

Faut-il revoir la loi de 1905 sur la laïcité ?

Non, elle a posé des principes équilibrés, auxquels il faut se tenir. C'est notre traité de paix intérieur ! En revanche, le culte musulman échappe pour une bonne part au cadre « catholaïque » qui était le nôtre. Il nous pose des questions nouvelles. Notamment, parce que l'islam ne peut être identifié à une Eglise.

Faut-il intervenir dans l'organisation du culte musulman, notamment en fermant des mosquées ?

L'Etat a d'abord un rôle d'ordre public. Et à ce titre, il est légitime à fermer des mosquées s'il a des raisons de penser qu'elles nuisent à l'ordre public. Mais cela n'a rien à voir avec l'organisation du culte musulman. Par ailleurs, il n'y a pas de lien évident entre l'organisation du culte musulman et les réseaux terroristes : la plupart de ceux qui ont pris les armes l'an passé ne s'étaient pas radicalisés dans des mosquées. On peut souhaiter une autre organisation du culte musulman, mais pas pour lutter contre le terrorisme : ça n'a pas grand-chose à voir !

L'Etat doit-il former des imams ?

Il impose déjà des formations civiques aux imams étrangers. Faudrait-il faire plus ? Peut-être, mais pas seulement à l'égard des imams alors. A titre personnel, je ne serais pas choqué qu'on demande à tous les responsables religieux, quelle que soit leur confession, de reconnaître individuellement la Constitution et la loi commune, notamment pour ce qui touche à l'égalité entre les hommes et les femmes. Ceci vaudrait donc aussi pour les catholiques et les membres du clergé qui pourraient se trouver proches de mouvements comme la Manif pour tous !


 

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