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L'Esprit Public avec Thierry Pech : France/Européennes : ce que les têtes de liste disent d'une époque / Vu d’ailleurs : quel climat pour ces élections chez nos voisins européens?

L'Esprit Public spécial élections européennes n public du Théâtre de l'Odéon avec Sylvie Kauffmann, journaliste au Monde, Daniel Cohn-Bendit, ancien député européen, Dominique Schnapper, sociologue et le directeur général de Terra Nova Thierry Pech.

Première partie : France/Européennes : ce que les têtes de liste disent d'une époque

La Chaine LCP avait programmé cette semaine la rediffusion du débat télévisé des premières élections européennes de 1979 au suffrage universel. On découvrait avec curiosité ces images d’il y a 40 ans : Jacques Chirac François Mitterrand Georges Marchais et Simone Veil, soit deux futurs présidents de la république, le leader de ce qui était alors le parti de la classe ouvrière et celle qui allait devenir la première présidente du Parlement européen, et incarner pour toujours LA figure référente d’une Europe faiseuse de paix et de démocratie.

En 2019, ils étaient cette fois 12 candidats sur le plateau d’une chaîne de télévision, et ce chiffre à lui seul résumait la fragmentation de notre paysage politique, un nouveau paysage politique qui disait aussi beaucoup de la présence en force d’un discours europhobe, Jordan Bardella, Florian Philippot, Nicolas Dupont Aignant, François Asselineau pour la droite de la droite, et la candidate de la France Insoumise qui parlait elle aussi de rompre avec les règles européennes. 2019 disait aussi la compétition féroce « à qui serait le plus vert », avec Yannick Jadot qui tentait de rester l’incarnation de l’écologie politique canal historique seul contre tous, Raphael Glucksmann, Benoit Hamon, Manon Aubry et même Nathalie Loiseau qui tous mettaient eux aussi en avant la transition écologique comme matrice de leur programme. 2019 soulignait aussi la maladie tragique d’une gauche française qui n’avait pas encore ni posé le bon diagnostic ni trouvé le remède, « des » gauches qui proposaient la même chose mais ne savaient plus s’unir,

Tandis qu’une certaine droite retrouvait, elle, des couleurs (du moins à en croire les sondages) grâce au conservatisme assumé et revisité d’un François-Xavier Bellamy. 2019 disait enfin, la jeunesse des candidats, symptôme sans doute d’une classe politique française qui s’adaptait au coup de balai opéré par le macronisme, 2019 investissait des novices pour épargner les aînés, tentait aussi d’envoyer des « intellectuels » au front pour signifier la refonte des logiciels, 

Bref 2019 ne ressemblait pas du tout à 1979 si l’on regardait le casting, en revanche du côté des idées, il y avait parfois comme un écho, un écho qui donnait raison à Pierre Hasner : on avait fait l’Europe mais on n’avait toujours pas fait les Européens.

Deuxième partie : Vu d’ailleurs : quel climat pour ces élections chez nos voisins européens ?

Lundi Matteo Salvini avait lancé sa campagne depuis Milan, avec comme slogan : L’Europe du bon sens. Son programme et sa campagne pouvaient se résumer ainsi : la dénonciation de l’Europe des banquiers et des technocrates et l’exaltation de l’Europe des nations fières de leurs identités qui allaient s’unir pour fermer leurs frontières  et se protéger de l’invasion migratoire et du risque islamiste. Le but de Salvini était de changer les rapports de force à Bruxelles grâce à la victoire d’un front souverainiste dont il rêvait de prendre la tête.

Le lendemain, mardi 9 avril, en pleine campagne électorale, on avait appris le lancement d’une agence de presse internationale pilotée directement par le gouvernement hongrois de Viktor Orban, V4 Agency, pour rappeler le groupe de Visegrad Hongrie, Pologne, Slovaquie, République Tchèque, avec une ambition affichée : concurrencer à l’occasion de ces Européennes, l’AFP et Reuters pour porter un regard alternatif sur l’actualité, c’est-à-dire proposer des dépêches titrées par exemple : « 40 attaques au couteau par jour à Londres » ou « République tchèque : trop d’étrangers » ou encore « l’immigration est une guerre des cultures et des civilisations ».

Pendant ce temps à Berlin, on avait vu cette semaine fleurir les panneaux électoraux pour les élections européennes, et, différence notable avec le paysage politique français, tous les candidats, à l’exception des populistes de l’AFD, affichaient très clairement les couleurs de l’Europe. L’union européenne restait une bonne carte à jouer dans un pays qui y restait très attaché, un sondage publié par la commission révélant que 54% des Allemands faisaient toujours confiance à l’union européenne, tandis que les députés européens dans le même sondage avaient davantage la cote que les députés nationaux du Bundestag !  L’Allemagne où les Verts affichaient une santé insolente à faire pâlir d’envie Yannick Jadot, le co-président des Grünen Robert Habeck, venant même d’être sacré  homme politique préféré des Allemands, devant Angela Merkel tenante du titre depuis des années.

Enfin, s’il n’y avait pas encore de panneaux électoraux à Londres, il y avait, depuis le nouveau report du Brexit au 31 octobre prochain la possibilité d’une campagne électorale qui prenait forme.  Surréaliste ! kafkaïen ! ubuesque ! disaient les observateurs, sauf que comme l’avait écrit le journaliste du Monde Philippe Bernard, les Britanniques se devaient d’organiser des élections puisque tant qu’ils n’étaient pas sortis de l’Union ils y étaient toujours : Monsieur de la Palice comme derniers recours. 

Conseils de lecture / références

  • Stefan Zweig, Seuls les vivants créent le monde, Robert Laffont
  • Steven Levitsky, Daniel Ziblatt, La Mort des démocraties, Calmann Lévy
  • Stephen Greenblat, Tyrans, éditions Saint Simon
  • Alberto Toscano, Un vélo contre la barbarie nazie. L'incroyable destin du champion Gino Bartali, Armand Colin
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