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L'Esprit Public avec Thierry Pech : L'Eglise ébranlée par la pédophilie / La fiscalité, entre ras-le-bol et concours Lépine

Thierry Pech était l'invité de l'"Esprit Public" d'Emilie Aubry sur France Culture le 3 mars sur l'actualité de la semaine : l'Eglise catholique ébranlée par une liste innombrable d'abus sexuels commis par des prêtres et occultés ou étouffés par leur hiérarchie dans le monde entier, et le ras-le-bol fiscal des contribuables français en pleine contradiction avec la créativité fiscale des gouvernements.

Première partie. L'Eglise ébranlée par la pédophilie

La crise couvait depuis vingt ans. Mais elle a pris, ces derniers mois, l'allure d'un tsunami dévastateur qui ébranle l'ensemble du monde catholique.  Le pape François vient de le reconnaître sans détour : les abus sexuels sur des mineurs, commis par des prêtres et occultés ou étouffés par leur hiérarchie sont un scandale qui touche toutes les églises : aux Etats-Unis, au Chili, en Australie, en Allemagne, en Irlande, en Pologne, aux Philippines. La liste n'est pas limitative.  

Des sanctions, hier encore inimaginables, ont été prononcées. L'ancien cardinal américain Theodore McCarrick a été défroqué par le pape le 16 février. Il y a quelques mois, 7 évêques chiliens ont été démis de leurs fonctions et deux autres défroqués. Quant au cardinal George Pell, qui était l'un des plus proches collaborateurs du pape, il a été condamné pour viol, en décembre, par la justice australienne. 

La France n'est pas épargnée. A l'initiative de la Conférence des évêques, une commission indépendante constituée de chercheurs et présidée par Jean-Marc Sauvé, l'ancien vice-président du Conseil d'Etat vient d'être constituée pour faire la lumière sur les abus sexuels dans l'Eglise. Quant au cardinal de Lyon, Philippe Barbarin, il saura dans quelques jours, le 7 mars, s'il est condamné pour non dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs par le tribunal correctionnel de Lyon. Il y était accusé par trois victimes de n'avoir ni sanctionné ni signalé à la justice les agissements d'un prêtre pédophile. C'est l'histoire mise en scène par François Ozon dans son dernier film, « Grâce à Dieu », qui est sorti cette semaine sur les écrans. Et pour ajouter à la lourdeur du climat, Sodoma le livre-enquête de Frédéric Martel vient de mettre à jour ce qu'il qualifie de « système gay » du Vatican. La banalité des relations homosexuelles n'y serait pas seulement en contradiction avec les interdits de l'Eglise, mais expliquerait également la protection accordée aux auteurs d'abus sexuels.

Bref, c'est le crédit de l'Eglise toute entière qui est atteint. Pour tenter de les restaurer, le pape François a réuni au Vatican, du 21 au 24 février, quelque 190 hauts responsables catholiques, présidents de conférences épiscopales ou d'ordres religieux. Au terme de ces quatre jours d'introspection collective, il a  dénoncé ce « fléau monstrueux » derrière lequel, a-t-il affirmé, « il y a Satan ». 

Deuxième partie. La fiscalité, entre ras-le-bol et concours Lépine

Entre le ras-le-bol fiscal des contribuables et la créativité fiscale des gouvernements, la contradiction est toujours aussi saisissante. La crise des gilets jaunes en offre un exemple presque caricatural.  A l'origine, ce mouvement de colère a été déclenché par l'augmentation des prix de l'essence, du fait notamment de l'augmentation des taxes perçues par l'Etat. A cette première crispation, s'est ajoutée très vite celle des retraités devant les augmentations de la CSG pour la grande majorité d'entre eux. Enfin, le rétablissement de l'impôt sur la fortune, supprimé en 2017 sauf sur la fortune immobilière, est devenu l'une des revendications phares des « gilets jaunes ».

C'est donc bien le ras-le-bol fiscal qui a été le détonateur. Emmanuel Macron ne s'y est pas trompé. Dans sa lettre aux Français, le 13 janvier, le premier sujet sur lequel il a souhaité que s'engage le grand débat national est précisément celui des impôts. Avec, à la clef, cette question centrale : « Comment pourrait-on rendre notre fiscalité plus juste et plus efficace ? ». 

Et à quoi assiste-t-on six semaines plus tard ? A un festival de propositions gouvernementales dont les Français peuvent craindre qu'elles n'alourdissent la pression fiscale.  Le président de la République a mis le holà à ce concours Lépine. « Ce n'est pas par une hausse de la fiscalité que l'on répondra à la colère », a-t-il prévenu avant de se déclarer, la semaine dernière, plutôt favorable à une « accélération de la baisse de la fiscalité ».

Il n'est pas le premier. Avant lui, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy s'y étaient engagés. Et c'est l'inverse qui s'est produit : en vingt ans, la pression des impôts et des taxes a progressé de 42 % à 48 % du PIB. C'est un record d'Europe.  Or, dans le même temps, chacun s'inquiète de la dégradation des services publics et de  leur raréfaction dans les zones périphériques ou dans les banlieues difficiles. On comprend donc la méfiance des Français. Et, tout autant, l'embarras du gouvernement. 

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