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Police et citoyens : un inexorable éloignement

Dans un rapport publié mercredi, le think tank Terra Nova expose ses pistes pour sortir d’une logique uniquement sécuritaire, source de tensions entre la population et les forces de l’ordre.

Des rapports sur la police, il y en a eu une pelletée ces dernières années, mais principalement sur la question de la lutte contre le terrorisme dans un contexte marqué par des attentats meurtriers et une menace particulièrement élevée. Terra Nova, fondation proche du Parti socialiste, s’est concentrée sur «la police du quotidien, la police de la tranquillité et de la sécurité publique». Bref, «celle qui, tous les jours, touche la majeure partie de la population», indique le think tank en préambule de ses 50 pages publiées mercredi.

Les raisons de la défiance

Le rapport ne veut d’ailleurs pas opposer les deux matières : «Une police légitime, c’est une police avec laquelle les citoyens sont plus enclins à coopérer», y compris pour «favoriser un travail de renseignement». Ce lien entre la police et la population, au cœur de la réflexion, a été relégué au «second plan» par le gouvernement socialiste, écrit Terra Nova, qui dresse un bilan «pour le moins mitigé» du quinquennat et un portrait plutôt sombre de cette relation, parfois en écho aux revendications des policiers qui manifestent depuis presque un mois.

«Les relations entre police et public [surtout dans la jeunesse des quartiers populaires, ndlr] sont en France plus tendues, la confiance moins forte et l’insatisfaction des policiers plus installée que dans les pays comparables», écrit la fondation, qui liste les raisons de cette défiance : policiers inexpérimentés envoyés dans les zones les plus sensibles, contrôles d’identité concentrés sur certaines catégories de personnes (les hommes jeunes issus de l’immigration dans les banlieues pauvres) sans produire de résultat, manque de soutien de la hiérarchie policière… Au fond, c’est toute une politique publique, tournée uniquement vers le sécuritaire depuis une quinzaine d’années, que veut réformer Terra Nova. A commencer par les missions elles-mêmes.

Le think tank rappelle utilement que la prévention, dont la définition tend de plus en plus à se confondre avec la répression préventive, est «la démarche engagée en amont pour empêcher la commission d’un acte de délinquance». A ce titre, le métier de policier ne se limite pas aux interpellations. Il comprend aussi l’information et l’accueil du public, qui jouent un rôle clé pour rénover et améliorer le lien police-population, particulièrement si les habitants connaissent les hommes et femmes en uniforme. La «police de contact» que décrit le rapport est ainsi une lointaine descendante de la police de proximité, sans qu’elle se limite à quelques unités : il s’agirait «de diffuser une autre façon d’appréhender le métier de policier, plus en phase avec les attentes de la population et moins close sur l’univers professionnel lui-même».

Comme les policiers eux-mêmes le réclament bruyamment depuis quelques semaines, Terra Nova imagine de les délester des tâches indues (gardes statiques, transferts de détenus, etc.), mais aussi de repenser la lutte contre le trafic de drogue. Le mois dernier, le think tank avait proposé d’aller vers une dépénalisation contrôlée du cannabis.

Eviter le catapultage

Restaurer le lien passe également par une meilleure connaissance du territoire par les policiers, en recrutant davantage dans les quartiers les plus difficiles et, au-delà, en «régionalisant le recrutement» pour éviter le catapultage des nouvelles recrues loin des villes dont ils sont familiers. La réforme de la formation occupe assez logiquement une partie des propositions formulées dans le rapport pour sortir de la seule logique «juridico-technique».

Tout au long de leur carrière, les policiers pourraient être évalués sur des critères élargis : réduction de la délinquance, mais aussi réduction de la peur (le sentiment d’insécurité), utilisation équitable et proportionnée de la force, satisfaction des usagers… Là encore, la proposition rencontre, en partie, les revendications des policiers qui réclament l’abandon total de la politique du chiffre. Une demande à laquelle ne répondent pas les ajustements de moyens, le levier plébiscité par le gouvernement pour calmer la gronde policière.

Pierre Alonso

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