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« Pour un pacte territorial en faveur de l’accueil des migrants ! »

Pascal Brice, Daniel Cohn-Bendit, Stella Dupont, Romain Goupil, Matthieu Orphelin et Thierry Pech ont appelé le gouvernement à conclure un pacte avec les maires des principales villes de France pour résoudre la crise de l’accueil des migrants, dans une tribune publiée dans l'Obs le 2 mai 2019.

Le 24 avril, dans une lettre adressée aux ministères de l’Intérieur et du Logement, les maires de treize villes, dont Paris, Lille, Grenoble, Toulouse et Saint-Denis, ont dénoncé la « situation indigne » des migrants en France et réclamé à l’Etat des places d’hébergement supplémentaires. Dans une tribune à « l’Obs », Daniel Cohn-Bendit, Romain Goupil, Pascal Brice, Thierry Pech, Stella Dupont et Matthieu Orphelin exhortent le gouvernement à saisir cette main tendue.

Cette fois, le gouvernement ne doit pas passer à côté de l’appel que viennent de lui adresser, toutes tendances politiques confondues, les maires des principales villes de France : un appel à la concertation et à l’action collective pour l’accueil des migrants. Issue de ce qui se vit dans nos métropoles, cette interpellation dresse un constat d’échec. Mais elle constitue aussi et surtout un témoignage de vitalité, une main tendue pour trouver des solutions dignes et innovantes afin de nous mettre au niveau de nos traditions d’accueil et d’œuvrer ensemble à la préservation de l’ordre public dans les rues de nos villes.

Rappelons-le, la France n’est pas submergée par une vague migratoire. Elle n’a pas été – au contraire de l’Allemagne – au cœur de la crise de l’asile entre 2014 et 2017. Et si les flux migratoires y augmentent actuellement plus qu’ailleurs, c’est d’abord en raison des failles européennes et de la position géographique de l’Hexagone depuis l’augmentation des arrivées par l’Espagne. Tandis que les arrivées en Europe ont brutalement chuté depuis deux ans.

L’addition des expériences

C’est donc bien à une crise de l’accueil que nous sommes confrontés, en dépit des efforts accomplis notamment pour accroître le nombre des places d’hébergement. Pourtant, ce qui domine encore, c’est une politique de dissuasion – inefficace – des arrivées, de dispersion des migrants dans nos rues, conjuguant l’indignité pour les exilés et l’incompréhension, voire la colère, pour les habitants de nos métropoles. Cette politique se présente sous les apparences de l’ordre. Elle sème en réalité le désordre et chacun peut en mesurer les conséquences humaines, sociales, sanitaires, budgétaires et finalement politiques.

« En France comme en Europe, il n’y a pas vraiment de politique migratoire »

Le moment est venu pour le gouvernement de passer avec les élus et la société civile active un pacte territorial en faveur de l’accueil qui nous donnera les moyens de mettre en œuvre les orientations fixées en 2017 par le président de la République : prendre en charge bien et vite les migrants plutôt que de les laisser errer sur la voie publique.

L’addition des expériences des différents acteurs doit permettre d’aller au-delà de la seule question des moyens pour inventer des solutions dignes et nouvelles, notamment pour l’hébergement, l’accompagnement social et l’intégration. Chacune et chacun devra ainsi exercer les responsabilités qui lui incombent – lesquelles pourraient d’ailleurs évoluer dans le cadre d’une nouvelle étape de décentralisation. Et chacun devra alors tout assumer : le premier accueil digne de tous ; l’application des dispositifs de droit notamment pour les demandeurs d’asile ; l’intégration active de celles et ceux qui ont le droit au séjour ; la reconduite effective de ceux qui ne l’ont pas.

Remédier aux défaillances européennes et nationales

Ce pacte sera facilité et pourra constituer un puissant levier pour que les pouvoirs publics remédient activement aux défaillances européennes et nationales de la politique de l’asile et de la politique migratoire. Les enjeux ont été amplement identifiés, notamment dans le récent rapport de Terra Nova et de l’Institut Montaigne, et dans celui de l’Institut Jacques-Delors : négocier une alternative européenne au dévastateur non-système de Dublin ; ouvrir la gouvernance de l’asile à de nouveaux acteurs publics et citoyens au-delà du seul ministère de l’intérieur ; définir et organiser la politique migratoire notamment pour la protection humanitaire ou la migration économique légale avec les partenaires sociaux.

Alors que s’ouvre l’acte II du quinquennat, les élus des grandes métropoles, avec la force de leurs valeurs, de leur pragmatisme et de leur diversité, offrent au gouvernement l’occasion de soustraire une question essentielle aux clivages partisans, aux instrumentalisations politiciennes et aux mains de la bureaucratie, en nous invitant à inventer ensemble. Que leur appel soit entendu.

Par Pascal Brice (ancien directeur général de l’Ofpra), Daniel Cohn-Bendit (ancien député européen), Stella Dupont (députée du Maine-et-Loire), Romain Goupil (cinéaste), Matthieu Orphelin (député du Maine-et-Loire) et Thierry Pech (directeur général de Terra Nova)

   

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