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Terra Nova préconise des relations moins centralisées avec l'islam

Constatant l’échec du Conseil français du culte musulman, un rapport publié mercredi 22 février par le think tank de gauche Terra Nova plaide pour un « renversement de la logique » centralisatrice adoptée jusque-là par l’État.

Une instance nationale « ne peut parler au nom des musulmans que sur un nombre limité de sujets », ayant trait à l’organisation du culte « comme les dates de début et de fin du Ramadan ». Sur tous les autres, il convient de « ne pas accorder un monopole de la représentation de l’islam à une seule institution »mais de tenir compte de « la diversité des voix de l’islam ». C’est ce que suggère un rapport du think tank de gauche Terra Nova intitulé « L’émancipation de l’islam de France ». Rédigé par le conseiller d’État Alain Christnacht et Marc-Olivier Padis, il a été publié mercredi 22 février.

L’islam en France est avant tout local, rappellent ses auteurs : « C’est un groupe de fidèles qui s’organise localement autour d’un faisceau d’affinités variées (origine ethnique ou régionale, quartier, sensibilité religieuse) pour gérer une mosquée ».

La logique décentralisatrice est aussi celle qui prévaut dans la loi de 1905, qui «a été faite pour organiser les cultes à l’échelle locale de la communauté des fidèles ». « L’esprit de la loi de 1905 consiste en effet à confier la gestion des édifices du culte aux fidèles (et non à un clergé) localement (et non au plan national) »,souligne également le rapport.

Enfin, ce renversement ne signifierait en rien l’abandon du nécessaire « travail de surveillance de la radicalisation, une tâche qui reste bien sûr nécessaire ». « La construction d’un interlocuteur national n’a d’ailleurs en rien empêché les dérives des dernières années », remarquent même les auteurs.

Prendre en compte « la réalité de l’islam »

Résultat : plutôt que de vouloir à toute force faire émerger des instances nationales – le CFCM, mais aussi une Fondation de l’islam de France, dont le recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, vient de claquer la porte, ou encore une association cultuelle destinée à collecter des fonds pour construire des mosquées ou financer la formation théologique des imams – l’État doit accepter l’émiettement de ses interlocuteurs – le Secours islamique, par exemple – et même « reconstruire le CFCM à partir des Conseils régionaux (CRCM) qui sont plus représentatifs de la réalité de l’islam en France ».

Deux jours fériés

À la suite du rapport Debray, les deux auteurs reprennent ainsi la proposition d’instaurer deux jours fériés, un musulman et un juif, à la place des lundis de Pâques et Pentecôte. « Les fidèles d’une religion doivent pouvoir célébrer au moins la principale de leurs fêtes religieuses, sans avoir à justifier d’une absence à l’école ou vis-à-vis de leur employeur », affirment-ils. 

Au passage, ce plaidoyer conduit parfois à quelques erreurs ou omissions : concernant les aumôniers de prison, le rapport compare cultes musulman et catholique, en affirmant que le second concentre « quatre fois plus de moyens en personnel » que le premier, mais oubliant de mentionner que, depuis l’an dernier, le budget de l’aumônerie musulmane dépasse celui de l’aumônerie catholique…

Travail théologique

Surtout, ce rapport fait le choix de se concentrer une fois encore sur les aspects juridiques et institutionnels des relations entre islam et État. Un choix logique dans la mesure où ses auteurs considèrent que les « polémiques récurrentes » concernent « plus souvent la visibilité de l’islam dans l’espace public (foulard, burkini etc.) que l’exercice du culte lui-même ». Ils relient plus loin « les tensions qui entourent incontestablement l’installation de l’islam en France » à un « contexte géopolitique particulièrement difficile » mais surtout à « la forme institutionnelle du culte musulman en France, c’est-à-dire son caractère essentiellement décentralisé et non hiérarchique "

Logiquement, ils relativisent donc le nécessaire travail « théologique » à mener par les musulmans de France : la question de la formation des imams, ou de la création d’une hypothétique faculté de théologie islamique à l’Université de Strasbourg, ne sont que mentionnées.

Pour Alain Christnacht et Marc-Olivier Padis, l’essentiel est ailleurs : il s’agit aujourd’hui pour l’État de « s’émanciper » d’un héritage historique et colonial complexe, et pour cela, de trouver « un mode d’organisation de l’islam qui s’inscrive pleinement dans le cadre laïc et républicain sans demander aux musulmans de renoncer à leur culte, et sans entraîner la République dans des considérations théologiques qui ne la concerne pas ».

Anne-Bénédicte Hoffner
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