Inscrivez vous à la newsletter du Terra Nova. Si vous souhaitez vous pouvez visualiser un exemple

Conformément à la loi 'informatique et libertés' du 6 janvier 1978 modifiée en 2004, vous bénéficiez d'un droit d'accès et de rectification aux informations qui vous concernent, que vous pouvez exercer en vous adressant...

Logo

Quel Budget européen pour sortir de la crise ?

Une semaine avant le vote des eurodéputés sur le budget de l’UE, Terra Nova a organisé, le 24 juin dernier, une conférence exceptionnelle avec le président du Parlement européen, Martin Schulz. Introduit par François Chérèque, président de Terra Nova, et animé par Juliette Méadel, directrice générale, cet événement a réuni plus de 250 personnes dans les salons de la Mairie du 3e arrondissement de Paris, généreusement mis à disposition de Terra Nova pour l’occasion par son Maire, Pierre Aidenbaum. Nous vous proposons de retrouver ci-dessous un compte rendu et la vidéo des débats.
Autour de Martin Schulz, plusieurs spécialistes des enjeux européens nous avaient fait l’honneur de leur présence : Elisabeth Guigou, ancienne ministre, députée de Seine-Saint-Denis et présidente de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, Pervenche Berès, députée européenne, présidente de la commission de l'emploi et des affaires sociales, ainsi que Maria João Rodrigues, ancienne ministre du Portugal, professeure d'économie politique européenne, et conseillère spéciale auprès des institutions européennes.

Hasard du calendrier, cette conférence s’est tenue quelques jours après la fin des négociations entre le Parlement et le Conseil sur le budget controversé de l’UE. A une écrasante majorité, le Parlement européen s’était opposé au cadre financier pluriannuel 2014-2020 adopté par le Conseil européen du 7 février 2013. D'un montant total de 960 milliards d'euros, ce budget est, pour la première fois de son histoire, en baisse, d'environ 4,5 % par rapport à la période précédente. 

Elisabeth Guigou a rappelé que ce compromis marquait la victoire des Etats conservateurs européens, conduits par le Premier ministre britannique, David Cameron, avec le soutien de l’Allemagne. Elle a toutefois souligné que grâce à l’intervention de certains pays, notamment la France, David Cameron n'avait, heureusement, pas obtenu ce qu'il souhaitait : une enveloppe budgétaire de 900 milliards d'euros.  

Tous les intervenants ont souligné le manque d’ambition de ce cadre financier et critiqué ce budget d’austérité. En cette période de crise, ils ont souligné que l’Union européenne devait prendre le relais des Etats membres, aux finances publiques contraintes, pour assurer les investissements nécessaires afin de retrouve le chemin de la croissance. « Avec ce budget, on se prive d'outils d'intervention au moment où l'on en aurait le plus besoin », a ainsi résumé Pervenche Bérès. « Ce budget et les orientations stratégiques qu’il définit sont une machine organisée de décroissance », a souligné, de son côté, Maria J. Rodrigues

Cette dernière a rappelé la situation économique très difficile du Portugal, notamment en ce qui concerne l’explosion du chômage des jeunes. Elle a estimé que l’emploi des jeunes devait être la priorité numéro un de l’Europe car aucune politique efficace ne pourra être mise en place, dans ce domaine, au seul niveau national. Les outils ne sont, cependant, selon elle, pas du tout adaptés à l’urgence de la situation : le Conseil européen n’a proposé qu’un fonds de 6 milliards d’euros, pour 7 ans, pour 28 Etats membres, dans son budget 2014-2020.

Martin Schulz a insisté sur la nécessité d’une discipline budgétaire dans les Etats membres, notamment pour ne pas laisser une dette colossale à la génération future. Il a cependant martelé qu’il ne fallait pas uniquement se focaliser sur cet enjeu : l’assainissement des finances publiques passait aussi par une hausse des revenus, et donc le retour de la croissance et de l’emploi, via une relance économique et des investissements stratégiques.

Le président du Parlement européen a rappelé les lignes rouges que s’étaient fixées les eurodéputés pour accepter un accord budgétaire.

Mise en place de ressources propres pour un budget européen ambitieux ;
Financer l’ensemble des mesures engagées pour l’année 2012 et 2013 afin d’éviter de mettre l’Union européenne sur la voie des déficits publics ;
Introduire des éléments de flexibilité budgétaire pour adapter les besoins en fonction des priorités d’ici 2020.

Martin Schulz a, cependant, rappelé que ce refus du Parlement européen n’était pas qu’une question financière : il s’agissait, avant tout, d’un acte politique pour exiger davantage de démocratie en Europe. Car dans une démocratie moderne, « ce n’est pas le gouvernement qui doit gagner la confiance du Parlement mais l’inverse », a-t-il souligné.

Il s’est inquiété de l’euroscepticisme galopant et de la remise en cause, même, du projet européen. Le seul moyen d’inverser la tendance est, selon lui, que l’Europe fasse la preuve de son utilité auprès des citoyens en cette période de crise, et les associe davantage à l’ensemble de ses décisions.

Martin Schulz a souligné que la gestion de la crise avait, ainsi, mis au second plan les institutions communautaires, au profit de la méthode intergouvernementale et du triomphe des intérêts nationaux. Les citoyens se sont trouvés exclus de toute participation politique à des choix pourtant cruciaux pour leur avenir à tous. "Le triomphe de la volonté de la Commission et du Conseil, ce n'est pas ça la démocratie européenne !", a-t-il expliqué.

Un constat partagé par l’ensemble des intervenantes. Elisabeth Guigou a estimé qu’il était nécessaire que les Parlements nationaux, le Parlement européen et les citoyens soient davantage mobilisés et que la Commission et le Conseil ne puissent plus dicter leur loi.

A la place de cette Europe intergouvernementale régie par la règle de l’unanimité, Martin Schulz a appelé de ses vœux une démocratisation de l’UE. L’objectif est que les décisions européennes aient toute la légitimité nécessaire et que l’exécutif soit responsable devant le Parlement européen.  

Un premier pas vers cette démocratie européenne peut-être franchi dès les élections de 2014. Le Traité de Lisbonne ouvre, en effet, la possibilité à chaque parti européen de désigner un chef de file, futur présidenComment je paye ma salle de muscu et mon hypothétique enseignement à distance moi dans tout ça ?ut de la Commission en cas de victoire.

Pour Martin Schulz, il s’agirait d’une avancée décisive : pour la première fois, les Européens seraient obligés de soutenir un candidat transnational et pourraient débattre, au même moment, dans 28 Etats, des enjeux européens de demain. Ce processus donnerait une légitimité sans précédent au futur président de la Commission qui aurait, alors, beaucoup plus de poids face au Conseil pour défendre les intérêts communautaires.

Ajouter un commentaire