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Olivier Ferrand : la disparition d’un européen

La disparition brutale d’Olivier Ferrand, à 42 ans, a consterné tous ses proches et tous ceux qui ont eu le bonheur de le côtoyer. Son parcours trop court doit rester une source d’inspiration pour tous ceux qui croient en l’action politique, au progrès, mais aussi à une autre manière de faire de la politique, plus ouverte, plus décontractée, plus respectueuse des idées, plus européenne.

Nous connaissions Olivier depuis près de deux décennies. C’était un ami fidèle et un camarade de combat. Derrière la réussite du président fondateur de Terra Nova, il y a le parcours d’un jeune homme qui passionné de politique souhaitait être en accord avec ses convictions. Et ses convictions étaient limpides : faire de la France un pays moderne, juste, ouvert sur le monde et l’entreprise et à la pointe de l’intégration européenne, son grand combat.

  Pour trouver sa voie dans un système politique clos, Olivier a fait le choix courageux et à contre courant de devenir un précurseur, un défricheur d’idées. Issu d’une trajectoire classique au sein de la haute administration française – HEC, Sciences-Po, ENA, avant de rejoindre la Direction du Trésor à Bercy – Olivier, a progressivement appris à s’en affranchir pour exprimer une liberté de ton, de pensée, qui manquera douloureusement au débat public de notre pays. Bien sûr, cette liberté irritait ceux qu’il bousculait par son non conformisme. Mais passé l’agacement, ces derniers reconnaissaient son utilité.  

Sa marque a été profonde dans le champ de la modernisation de notre vie politique. L’importation dans notre pays des primaires citoyennes a apporté un souffle nouveau au débat démocratique. Olivier s’est également démarqué par des prises de position fortes dans le champ économique et social : nécessité de réconcilier la gauche française et le monde de l’entreprise, proposition de mise à contribution des retraités pour financer la réforme des retraites et d’accentuer plus largement les transferts vers les jeunes, et encore tout dernièrement celle de s’attaquer au problème central du coût du travail dans notre pays. Ces sujets méritent un débat de fond.  

Il y a un autre domaine dans lequel Olivier a également su sortir des conservatismes oratoires et de la frilosité de trop nombreux représentants de sa famille politique : l’accélération de l’intégration européenne pour faire de l’Europe une puissance de premier rang dans la mondialisation. Récemment, il travaillait à une nouvelle série de propositions visant à inciter sa famille politique et les Européens à construire sur le compromis négocié fin juin à Bruxelles sur l’avenir de la zone euro et l’exhorter à ne pas avoir peur de continuer à aller de l’avant.  

Olivier tirait cette conviction de son expérience personnelle des questions communautaires : il avait été Conseiller du Premier ministre Lionel Jospin et du président de la Commission européenne Romano Prodi, puis sherpa du représentant français Pierre Moscovici lors de l'élaboration du traité constitutionnel, responsable du club A gauche, en Europe, de Dominique Strauss-Kahn et Michel Rocard. Il croyait aux vertus de la société civile européenne et n’hésitait jamais à participer à un débat public sur les enjeux européens. Administrateur fidèle d’EuropaNova à partir de 2004, partisan des Etats généraux de l’Europe, il s’était engagé en faveur d’un nouveau traité institutionnel européen au lendemain du non français au projet de constitution pour l’Europe.  

 « L'Europe d'aujourd'hui bloque l'émergence de l'Europe de demain ». Telle était sa conviction et la thèse de son essai remarqué, « L'Europe contre l'Europe » publié en 2009. Cet appel passionné visait à « remettre à l'endroit une Europe à l'envers » et à replacer ce débat majeur au cœur du débat politique en France. Sa réflexion procédait de son constat que l'Europe a agi ces dernières années contre elle-même: technocratisme, dérive libérale, élargissement trop rapide. L'Europe s'est retournée contre elle-même en s'empêtrant dans les filets de ses fondateurs, pensait-il.   Seule la construction d’une Europe politique et fédérale peut nous permettre de sortir de l’impasse dans lequel le projet européen s’est laissé progressivement enfermer, et « elle est possible ! » nous exhortait Olivier.   

C’est donc un ami, un camarade de combat et un Européen engagé dont nous saluons l’action et la mémoire en espérant que son exemple soit source de nombreuses vocations pour la chose publique française et européenne.  

Thomas CHALUMEAU – Coordonnateur du pôle économique de Terra Nova  

Guillaume KLOSSA, Président d’EuropaNova  

Olivier Ferrand présidait Terra Nova qu’il a fondé en 2008. Il a été un des premiers administrateurs d’EuropaNova à partir de 2004.

 

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