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La grande conversation 2022

A l’aube du 1er tour… dans quel état d’esprit sont les Français ?

Pour ce dernier rendez-vous avant le 1er tour de l’élection présidentielle, nous avons souhaité interroger les citoyens de la communauté sur leur état d’esprit et la manière dont ils se projettent concernant leur vote de dimanche. Nous les avons invités à s’exprimer tout au long de la journée du 5 avril en petits groupes réunis selon la sensibilité politique (LREM ; Droite ; Extrême droite ; Gauche et Sans Parti).
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Cette publication fait partie de La grande conversation 2022

Terra Nova a fait appel à BVA pour constituer et animer une communauté citoyenne, composée de 50 personnes reflétant la diversité de la société française, dans leur genre, leur âge, leur catégorie socio-professionnelle, leur niveau de qualification, leur origine régionale mais aussi leur sensibilité politique.

Ceux-ci ont été invités à s’exprimer dans un forum écrit (plateforme HD quali) le 5 avril 2022, dans le cadre de 5 sous-groupes segmentés selon la sensibilité politique/proximité partisane.

1. L’élection présidentielle 2022 : le grand désenchantement   

1.1. Une bien morne campagne

Malgré un léger frémissement ces derniers jours – surtout souligné par les sympathisants LREM – les membres de notre communauté ont très largement le sentiment que la campagne électorale n’a pas vraiment pu avoir lieu, ou a été reléguée au second plan, empêchant la traditionnelle confrontation d’idées, de projets ou de personnalités qui s’opère normalement dans une élection, a fortiori quand il s’agit d’élire le président de la République. En définitive, le sentiment dominant est celui d’une campagne atypique, qui manque cruellement d’intérêt et s’avère fort peu aspirationnelle.

«  Je trouve la campagne assez plate » (Droite)

«  Je suis plutôt déçu de cette campagne où il n’y a pas vraiment eu de vrais débat d’idées » (Droite)

« Une campagne faible, sans débat intelligent, et qui m’a lassé » (Extrême droite)

«  Je suis ultra sceptique, dubitatif et dépité par rapport à cette campagne, c’est du grand n’importe quoi » (Gauche)

« On n’a eu aucun débat à la télé entre les candidats, même le Président a refusé de faire des débats, de se rendre sur France 2 aux émissions politiques donc franchement pour moi c’est une campagne très décevante » (Extrême droite)

« Je l’ai trouvée nettement plus puérile et médiatisée que les dernières [campagnes]. Les débats et les face à face n’étaient pas vraiment très glorieux. Une sacrée déception. » (Sans parti)

« C’est la 1ère fois depuis 30 ans qu’il ne se passe rien, pas de ferveur, rien c’est d’un plat […] Je n’ai aucune envie de m’y intéresser » (Sans parti)

Aucun événement n’a réellement marqué les esprits : certains citent les meetings, les sondages, l’expulsion d’Eric Zemmour d’un stade de foot, le Covid de Valérie Pécresse… mais globalement les retours sont flous. L’affaire Mc Kinsey est rapidement évoquée, sans pour autant générer de réel débat ou constituer un point clé de la campagne. Tout se passe comme si une polémique en chassait une autre, sans qu’il en reste grand chose dans l’esprit des Français. A tel point qu’une forme de lassitude semble s’installer, avec la volonté « qu’on en finisse » rapidement…

« Finalement, on en retient très peu sur le fond de la campagne qui semble arriver à bout de souffle. Vivement dimanche… » (LREM)

« Personnellement, au niveau de l’actualité de la campagne, je n’ai rien entendu de particulier, à part les meetings des différents candidats » (Gauche)

1.2. Un contexte international qui « écrase tout »

Ce contexte spécifique vient non seulement parasiter la campagne en empêchant de débattre sereinement sur des sujets qui paraissent immédiatement futiles au regard de la situation, mais il entretient aussi un climat anxiogène.

« À vrai dire la campagne passe au second voire troisième rang car la guerre en Ukraine et les contaminations du Covid qui remontent. » (LREM)

« Bref je sais pertinemment que comme des millions de Français je suis en train de me faire « voler la campagne » mais impossible pour moi de détourner le regard [sur la guerre en Ukraine] » (Extrême droite)

« Depuis la dernière élection, il y a eu le Covid, la guerre en Ukraine entraînant la flambée des prix, les gens sont dégoûtés et pensent que n’importe quel Président élu ne changera pas grand-chose . Nous sommes dans une ère de changement au point de vue économique, climat, vie sociale. » (Droite)

«  Comment être capable de mener une campagne présidentielle dans ce contexte si compliqué, si difficile et si crucial ? Comment sourire lorsque tout est si grave ? » (Gauche)

« Je dirai que « je ne suis pas dedans », l’actualité internationale est tellement incertaine que les petites mesquineries chez nous me font pitié » (Sans parti)

1.3. Une campagne désincarnée, où aucun candidat ne suscite vraiment l’enthousiasme

Quel que soit leur bord politique, les membres de notre communauté ont du mal à « vibrer » pour un candidat.  Même ceux qui ont trouvé un candidat répondant à leurs aspirations ou correspondant à leurs valeurs n’expriment pas vraiment d’enthousiasme à son égard.

« En tout cas, pour le premier tour, aucun des postulants, aucun soi-disant « projet » ne me stimule pour que je fasse l’effort de mettre un bulletin dans l’urne. en sa faveur… Aucun ! » (Sans parti)

« Déçu par certains, très déçu par d’autres. » (Sans parti)

« Aucun candidat n’a véritablement proposé une vision pour la France, hormis les habituels « Yaka », « Fautkon ». Critiquer les autres, ce n’est pas un projet politique ! »  (Gauche)

« Je suis plutôt perdu dans le choix des candidats, il n’y en a pas un à mes yeux qui sorte du lot ». (Droite)

En définitive, nos membres de la communauté se montrent dubitatifs face à des candidats dans lesquels ils ne se reconnaissent pas, ou pas complètement. Nombreux sont ceux qui évoquent dès lors un choix par défaut, ou par dépit.

« Je n’arrive pas à adhérer ne serait-ce qu’à 51% à un candidat » (Extrême droite)

« J’hésite entre moyen, très-moyen, moyen-moins, moyen-moyen, et presque moyen. » (Extrême droite)

« Il va donc falloir encore faire des concessions et procéder au choix du candidat par élimination de tous les autres » (Gauche)

« Aucun des candidats ne me correspond, il faut encore que je réfléchisse à lequel est le moins pire » (Droite)

Notons que les sympathisants LREM sont les plus sereins et les moins traversés par des questions existentielles sur leur vote : pour beaucoup, ils ont fait leur choix il y a un moment déjà et Emmanuel Macron les convainc à la fois par sa stature présidentielle – que le contexte vient renforcer – et par son ébauche de programme. A gauche, comme à droite, on sent en revanche les électeurs beaucoup plus perdus, tiraillés entre plusieurs candidats, sans réelle boussole ni bouée à laquelle se raccrocher. Aucune figure se semble réellement émerger à leurs yeux.

1.4. Tout ça pour ça ?

En définitive, pour beaucoup de membres de notre communauté, les jeux semblent déjà faits. Alors même que nombre d’entre eux sont indécis, ils ont le sentiment que leur vote ne compte pas et que tout se joue sans eux. Un sentiment qui pourrait jouer sur la participation dimanche prochain. Même les sympathisants d’extrême droite ne semblent guère croire à la victoire de Marine Le Pen et anticipent largement une victoire d’Emmanuel Macron.

« Le scénario se répète comme en 2017 et je pense qu’on aura droit au même second tour » (Gauche)

« Cette élection va passer comme une lettre à la poste pour Macron bien chanceux d’avoir acquis une stature en quelques semaines » (Extrême Droite)

« Macron sera élu par dépit, défaut, peur, et facilité » (Extrême droite)

« Les dés sont jetés à mes yeux et il ne devrait pas y avoir de rebondissement. On se dirige vers un duel Macron / Le Pen au second tour » (Droite)

« On a l’impression que le résultat est plié » (Droite)

Pour autant, l’incertitude est grande encore chez nombre de participants, perplexes face à cette « non campagne », hésitants sur leur vote et qui se laissent jusqu’au dernier moment pour arrêter leur choix. Ce qui laisse finalement la porte ouverte à des décisions de dernière minute assez imprévisibles. En signal faible : une insatisfaction face à l’offre politique qui pourrait conduire de nombreux électeurs à voter blanc.

« Personne ne s’est démarqué jusqu’à présent. J’ai besoin encore de me renseigner, de voir ce qui peut encore arriver, ceux qui peuvent encore « trébucher » sur des propos ou des faits. Il se peut même que je vote blanc, rien ne me motive pour le moment » (Gauche)

« Je pense même au vote blanc car c’est aussi une forme d’expression. C’est vraiment la première fois que ça m’arrive » (Droite)

« J’attends de voir la fin de la semaine (…) pour faire mon choix final » (Gauche)

« C’est bien la première fois que je suis en incapacité totale de dire pour qui je vais voter » (Sans parti)

2. Faire son « devoir de citoyen » : le seul horizon politique pour les Français ?

Le désintérêt pour la campagne entraine un désintérêt pour le vote en lui-même, avec une interrogation en toile de fond sur ce qui peut encore motiver à se déplacer dans les urnes quand l’élection parait aussi « insipide ».

2.1. Un vote souvent contraint, où le cœur laisse place à la raison

Si certains membres de notre communauté ont choisi un candidat et semblent convaincus, nombreux sont ceux qui semblent s’orienter vers un vote de raison de manière un peu résignée.

« Je me souviens que plus jeune, j’attendais un leader charismatique, une personne qui changerait la société et pourquoi pas, le monde. Je me suis rangé depuis et comme c’est une compétition, j’ai comparé et classé les différents programmes et les différents candidats. Je voterai pour le premier de ce classement » (Gauche)

Un certain nombre de participants expriment également le sentiment d’être contraints à « voter utile » pour ne pas contribuer au chaos, notamment dans un contexte marqué par une forte incertitude. D’autres évoquent en creux la nécessité de faire barrage à l’extrême droite.

« Je ne vote pas pour moi, sous-entendu pour la personne de qui je me sentirais le plus proche, mais pour d’autres, qui ne peuvent se permettre de voir se disperser les voix au prix d’un second tour catastrophique pour elle.eux. » (Sans parti)

« Ce n’était pas mon premier choix mais j’ai décidé de prendre en compte les chiffres et de voter pour un candidat qui a une chance de passer au second tour » (Gauche)                                                                         

Beaucoup, finalement, ont le sentiment qu’ils n’ont pas vraiment le choix, qu’ils ne peuvent pas voter par conviction, comme si finalement cette élection leur était confisquée et qu’ils y assistaient en spectateurs impuissants, sans avoir la moindre prise sur elle. Une situation qui tend à générer de la frustration, de l’inquiétude et des interrogations sur l’utilité du vote.

« L’impression que quel que soit mon choix, le monde bascule et nous échappe… » (Sans parti)

« Profondément inquiet. Presque en panique. » (Sans parti)

« Lassé de voir que les présidents se suivent et pas grand-chose ne change, malgré des promesses toujours plus fournies… » (LREM)

« Je ressens… de l’indifférence. […] La campagne présidentielle n’a aucun impact sur mon quotidien » (Sans parti)

2.2. Voter pour avoir « le droit de râler »

En mineur – mais c’est révélateur de leur état d’esprit – certains expriment l’idée que la seule motivation pour aller voter est d’avoir le droit de se plaindre ensuite et de critiquer le résultat. C’est dire à quel point ce scrutin parait fort peu aspirationnel…

« Comme ça j’aurai le « droit » de me plaindre du résultat (humour) sinon on va me dire « t’avais qu’à aller voter » » (Extrême droite)

« Voter est un droit mais aussi un devoir et, si l’on ne va pas voter, on ne peut pas commenter, voire critiquer, les actions des personnes élues » (Sans parti)

« On n’a pas le droit de se plaindre si on n’exprime pas son opinion dans les urnes » (Droite)

2.3. Un vote qui confine à la « corvée »

En définitive, la quasi-totalité des membres de notre communauté nous ont affirmé qu’ils iraient voter, et un certain nombre d’entre eux le font par réelle « conviction démocratique ».

« Bien évidemment, j’irai voter. En dehors de l’engagement citoyen que cela représente, je veux que mon candidat soit élu, que mes convictions soient représentées (…). Chacune des voix compte et donc la mienne aussi. » (LREM)

« Ne pas {voter] c’est insulter les nombreuses personnes qui de par le monde n’ont pas cette liberté. Il faut aller voter, même pour le moins pire. La démocratie est trop belle pour qu’on n’en jouisse pas ! » (Gauche)

Il existe donc encore un réel sens civique chez de nombreux participants. On sent néanmoins chez certains que ce sens civique est fragile et s’apparente à une obligation pénible que l’on se force à faire.

« J’irai voter mais sans grande motivation » (Droite)

« Je ne me vois pas ne pas voter, je n’ai jamais loupé une élection, même si celle-là ne me motive pas plus que ça car il n’y a pas de candidat qui se démarque ».

Une attitude qui peut interroger sur la traduction réelle de leur intention d’aller voter – peut-être accentuée par un biais de désirabilité sociale – en acte concret. On sent chez certains un risque élevé de ne finalement pas se déplacer dans leur bureau de vote dimanche ou de voter blanc.

« Je ne serai pas chez moi et ce n’est pas mon seul vote qui va faire basculer cette élection » (Extrême droite)

« Je ne pense pas aller voter dimanche, l’issue du premier tour (…) m’importe peu » (Droite)

« J’irai voter parce que c’est un devoir mais franchement quand j’entends parler autour de moi il va y avoir beaucoup d’abstention, la politique intéresse de moins en moins de gens » (Sans parti)

« Il se peut même que je vote blanc. Rien ne me motive pour le moment » (Gauche)

« Je pense même au vote blanc car c’est aussi une forme d’expression. C’est vraiment la première fois que ça m’arrive » (Droite)

« Plutôt un vote Macron ou ne pas aller voter » (Droite)

2.4. Notre système politique peut-il survivre à ce désenchantement ?

A lire les échanges des membres de notre communauté, souvent désabusés et fatalistes, on peut s’interroger sur la pérennité de notre modèle politique : l’élection présidentielle, qui suscitait jusqu’à présent une participation plutôt élevée et un intérêt important – souvenons-nous de l’audience des différents débats de premier tour en 2017 ! – ne semble désormais plus échapper à la crise de notre système démocratique.

De plus en plus convaincus que leur vote ne sert à rien, ou qu’il est contraint par d’autres impératifs que leurs seules convictions, les Français semblent ainsi gagnés par une certaine fatigue démocratique.

Ce ne sera pas le moindre des défis posés au futur président de la République que de réconcilier les Français avec leur système politique, en leur redonnant envie d’y croire…

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