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La grande conversation 2022

Le grand âge

Pour ce nouveau rendez-vous de la communauté, nous avons souhaité donner la parole aux citoyens sur le grand âge : quel regard portent-ils sur ce sujet ? Comment ont-ils appréhendé les révélations récentes sur la situation des EHPAD ? Quelles solutions imaginent-ils pour demain ? Les participants ont été divisés en trois groupes d’âge (18–34 ans / 35–59 ans / 60 ans et plus) pour discuter de ce sujet.
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Cette publication fait partie de La grande conversation 2022
Terra Nova a fait appel à BVA pour constituer et animer une communauté citoyenne, composée de 50 personnes reflétant la diversité de la société française, dans leur genre, leur âge, leur catégorie socio-professionnelle, leur niveau de qualification, leur origine régionale mais aussi leur sensibilité politique. Ceux-ci ont été invités à s’exprimer dans un forum écrit (plateforme HD quali) tout au long des journées du mardi 22 et mercredi 23 février 2022, dans le cadre de sous-groupes segmentés selon l’âge.

1. Une perception très anxiogène du grand âge

1.1. L’antichambre de la mort

Le premier constat qui frappe dans les échanges des membres de notre communauté autour de la notion de « grand âge », est le champ lexical utilisé pour s’exprimer sur le sujet, empreint de douleur, de peine, d’images sombres et anxieuses.

A l’exception de quelques personnes qui associent grand âge et retraite (vécue comme la possibilité de pouvoir profiter de la vie en étant débarrassé des contraintes professionnelles), la plupart des membres de notre communauté y voient plutôt la « dernière étape de la vie » durant laquelle les problèmes de santé et la dépendance deviennnent le quotidien.

Ainsi, pour beaucoup, le grand âge est vécu sour le mode de la perte : c’est avant tout la perte d’autonomie et l’apparition de graves problèmes de santé qui viennent diminuer les capacités, sans possibilité de retour en arrière.

« Pour un humain, le grand âge correspond à sa dernière tranche de vie, où la santé se dégrade progressivement, où des infirmités peuvent se développer ou s’accroître » (60 ans et plus)

« Selon moi, il s’agit de la dernière partie de sa vie, durant laquelle on peut avoir besoin d’aide et on est moins autonome » (18–34 ans)

« Quand on commence à avoir besoin d’être aidé pour faire ce que l’on faisait seul habituellement. La maladie, les ennuis de santé, les problèmes de tête. Le grand âge est pour moi synonyme de perte d’autonomie. » (35–59 ans)

Les sentiments générés par le grand âge sont fortement teintés d’angoisse, l’imaginaire associé souvent dramatique avec des notions de solitude et d’abandon qui traversent l’ensemble des discours. L’entrée dans le grand âge, c’est d’abord le début de la mort sociale.

« Elles ne sont plus autonomes pour la plupart, n’ont quasiment pas de visites, ce n’est pas une vie normale. Je trouve que nous ne faisons pas assez d’efforts pour nos aînés, la vie fait qu’on les met systématiquement dans un établissement pour « vieux » en les abandonnant avec peu de visites » (60 ans et plus)

« Ils finissent leurs jours dans la solitude et la tristesse, c’est horrible » (60 ans et plus)

« Je trouve ça d’une tristesse infinie. Il faudrait trouver une solution pour les accompagner, au moins socialement, plutôt que de les laisser mourir tout doucement dans l’ignorance totale. La société d’aujourd’hui rend les gens narcissiques et égoïstes et ceux qui nous ont mis au monde sombrent bien souvent dans l’oubli » (35–59 ans)

« Elles sont trop souvent seules, un peu abandonnées par une partie de leur famille et par la société. » (18–34 ans)

Notons enfin des références aux difficultés financières que subissent les personnes âgées, en raison notamment de trop maigres retraites en dépit d’une vie de travail :

« Sinon, je suis aussi touchée par le pouvoir d’achat et l’incidence que cela a sur les retraités qui ont généralement des petits salaires. Cela me fait mal au cœur d’imaginer que des gens qui ont travaillé toute leur vie n’ont pas assez de retraite pour assurer leurs besoins. Cela m’inquiète pour mes proches, j’espère qu’ils ne vivront pas la même situation. » (18–34 ans)

1.2. Cachez ce grand âge que je ne saurais voir…

Dès lors, cette période est vécue ou appréhendée comme douloureuse. Il est difficile d’y penser sereinement car elle génère beaucoup d’angoisse chez les membres de notre communauté. Parler du grand âge, c’est parler de la mort – la sienne ou celle de ses proches – et le tabou autour de la mort apparait encore très présent. Comment penser l’impensable ? Comment dire l’indicible ?

« Le grand âge fait peur car il renvoie à la mort. » (60 ans et plus)

« Je dois reconnaître que plus j’avance dans l’âge et plus j’y pense sérieusement et je commence à m’inquiéter. » (60 ans et plus)

« Ça me fait penser à maman, ça m’inspire le sentiment de peur, peur de la perdre. » (18–34 ans)

« Pour moi le grand âge est un sentiment qui fait peur, peur de la dépendance de la déchéance, de l’isolement, de se sentir diminué sans pouvoir rien n’y faire. » (35–59 ans)

« C’est une question que j’évite de me poser, j’ai perdu mes parents jeune et ne suis donc pas confrontée aujourd’hui à ce sujet, sauf au travers de l’actualité. » (35–59 ans)

On constate ainsi, en cohérence avec nos enquêtes sur le sujet, que le moment à partir duquel on peut parler de « grand âge » est repoussé le plus tard possible et recule avec l’âge du répondant :

  • Les plus jeunes le situent souvent entre 65 et 80 ans, avec une assimilation parfois à l’âge de la retraite, sans véritablement distinguer de paliers intermédiaires.
  • Les classes d’âge intermédiaires ou avancées repoussent la barrière à 80 ans minimum, voire 90 ans. Pour les plus âgés de notre communauté, la mise à distance est plus nette. Ils distinguent davantage les « jeunes retraités de 70–75 ans » des autres.

« Le grand âge serait pour moi l’âge de la retraite, une nouvelle vie démarre. » (18–34 ans)

« Si je devais déterminer une fourchette d’âge je dirais 70 ans. » (18–34 ans)

« Personnellement je dirai à partir de 90 ans. » (60 ans et plus)

« Pour moi le grand âge c’est plutôt 80 ans que 75. » (60 ans et plus)

Même si pour beaucoup, il n’y a pas vraiment d’âge type à partir duquel on parlerait systématiquement de « grand âge », tout étant fonction de l’état de santé et du niveau de dépendance comme on l’a vu. Au-delà de ces divergences, le seuil des 80 ans apparait néanmoins aux yeux de beaucoup comme une barrière symbolique à partir de laquelle on peut considérer qu’on entre ou qu’on est sur le point d’entrer dans le grand âge.

Notons enfin que le déni qui peut exister chez tout un chacun à propos du grand âge est également relevé à l’égard de la société toute entière, certains participants considérant qu’on refuse collectivement de regarder cette période et qu’on n’en parle pas suffisamment, alors qu’il s’agit d’un enjeu majeur. Certains évoquent en corollaire le tabou des débats autour de l’euthanasie et de la fin de vie assistée.

« Nous citoyens, nous nous préoccupons du grand âge lorsque nous sommes concernés directement ou indirectement. Les politiques se préoccupent du grand âge seulement au moment d’élections. » (60 ans et plus)

« Je ne pense pas que nous en parlions assez, c’est pour moi une source d’angoisse malgré mon jeune âge de m’imaginer complétement materné et non libre si je suis apte à m’occuper de moi-même. Nous allons tous y passer, je trouve donc bizarre que cela ne semble pas plus interpeler la population. » (18–34 ans)

« La thématique de la fin de vie est encore très taboue en France alors qu’il y aurait des choses à faire, des lois pour faciliter et aider la fin de vie des personnes consentantes. » (35–59 ans)

« J’ai l’impression que c’est un sujet que les citoyens éludent volontairement car personne n’a vraiment envie de penser à sa fin de vie. » (18–34 ans)

2. Les EHPAD : une figure repoussoir que le scandale ORPEA n’a fait qu’accentuer

2.1. Le profit avant l’humain

Si le grand âge fait peur, c’est aussi parce que pour beaucoup de membres de notre communauté, la société n’est pas vraiment armée pour prendre en charge correctement le grand âge, laissant les familles dans le désarroi, aux prises avec un système d’EHPAD quasiment unanimement condamné. Les EHPAD sont ainsi systématiquement évoqués comme un endroit où l’on…

  • Néglige les résidents 

« Ce qui m’a principalement marqué c’est la maltraitance des aînées dans les Ephads. » (18–34 ans)

« Les EHPAD sont des mouroirs dans lesquels on enferme les personnes âgées. Ils sont extrêmement chers pour un service médiocre ». (35–59 ans)

« Il est inadmissible de maltraiter les gens. Surtout les personnes qui sont le plus souvent sans défense. Surtout en les faisant payer très cher pour ce non-service. » (60 ans et plus)

  • Epuise les personnels 

« Le problème lié aux EHPAD le manque de personnel et les gestes brusques des soignants envers les résidents à cause du manque de personnel ». (60 ans et plus)

« Les EHPADs par exemple sont bien souvent ultra-remplis et il n’y a pas assez de moyens ni de personnel pour s’occuper dignement des résidents » (18–34 ans)

« Beaucoup de résidents ne voient plus leur famille pour plein de raisons que je ne juge pas, mais avec qui peuvent-ils échanger si ce n’est avec le personnel qui malheureusement n’a pas le temps de s’arrêter, d’écouter, de prendre la main. » (35–59 ans)

  • Rackette les familles 

« Le marché des maisons de retraite est en plein essor mais pas pour les « bonnes raisons ». C’est devenu un vrai business avec des prix d’entrée astronomiques pour avoir des soins décents et la partie bénéfice est fortement privilégiée. » (18–34 ans)

« L’accès aux EHPAD semble réservé aux personnes qui ont de bons moyens d’existence pour y demeurer. C’est HORS DE PRIX. » (35–59 ans)

  •  Commet des malversations

« Certains vont même jusqu’à établir de fausses interventions pour se faire rembourser par la sécurité sociale (soins non effectués, prise de sang en surnombre, soins de kiné en plus etc.…) et tout cela facilité avec la carte vitale détenue par la direction, complice évidemment. » (60 ans et plus)

  • N’est mû que par la recherche de profit

« Le côté mercantile des EHPAD, seule la rentabilité semble intéresser les dirigeants de ces établissements. » (60 ans et plus)

« Mêler le profit à tous prix, au domaine du grand-âge, il ne manquait que ça au tableau pour révéler ce que la nature humaine peut avoir parfois de « déconcertant et décourageant »… » (35–59 ans)

« Je trouve ça en premier lieu honteux le business des EHPAD et des investissements dans les chambres d’EHPAD. C’était considéré comme un investissement sûr avec un rendement élevé… Ben oui, y aura toujours des vieux… » (18–34 ans)

Si quelques témoignages positifs viennent contrebalancer cette vision, la plupart des membres de notre communauté font part de leur écœurement, de leur colère et de leur dégoût face à cette situation.

2.2. Le scandale ORPEA est dans tous les esprits

Tous les membres de notre communauté ou presque ont évoqué le scandale Orpéa ou le livre d’un journaliste sur le sujet des EHPAD, parfois avant même qu’on les y invite en évoquant l’actualité. Ces révélations en ont surpris quelques-uns et sont venues conforter les jugements négatifs des autres.

« Le dernier scandale qui m’a révolté est la sortie du livre du journaliste sur l’organisation et le traitement des personnes âgés dans les EHPAD avec le manque de soins, le rationnement des soins et des « couches », le manque de nourriture, le mauvais traitement et les personnes livrées à elles-même si elles font une chute par exemple ; les douches qui ont lieu une fois par semaine par exemple. » (60 ans et plus)

« Le plus choquant c’était la découverte récente sur les EHPAD, sur la malnutrition, les conditions de l’entretien des personnes âgées. Ça fait froid dans le dos. » (60 ans et plus)

« Le scandale Orpea a mis en lumière les vaches à lait que sont nos anciens. Ce serait une chose à traiter urgemment. » (18–34 ans)

Surtout ces révélations sont venues distiller du « réel » dans leurs projections déjà angoissées, venant ainsi renforcer leurs craintes sur le sujet du grand âge mais aussi susciter une forme de culpabilité collective à l’égard du sort que l’on réserve aux ainés.

« Cf. scandale Orpea récemment, qui a mis en lumière un problème déjà existant et trop peu considéré. » (18–34 ans)

« Cela me marque d’autant plus que j’ai eu une grand-mère qui est restée plus d’un an dans un EHPAD (loin des qualités de vie présentées par ORPEA heureusement) jusqu’à décembre 2021 et le fait de m’imaginer de telles conditions pour un membre de ma famille m’a beaucoup touchée. » (18–34 ans)

« Je suis triste pour eux et je me dis « moi, qui va prendre soin de moi quand je serai âgée ? » Je n’ai pas d’enfant » (35–59 ans)

« Je trouve que nous ne faisons pas assez d’efforts pour nos aînés, la vie fait qu’on les met systématiquement dans un établissement pour « vieux » en les abandonnant avec peu de visites. » (60 ans et plus)

3. Quelles solutions pour demain ?

Les membres de notre communauté sont assez diserts sur le sujet et font part de plusieurs pistes, étonnamment très proches d’un groupe à l’autre. Notons que ces solutions incombent, selon eux, bien plus à l’Etat qu’à eux-mêmes, la plupart se sentant relativement démunis sur un sujet qui leur parait dépasser largement le cadre privé, à l’exception de la mise en place d’initiatives ponctuelles pour faire attention aux plus âgés autour de soi.

« A titre personnel il est difficile d’agir dans ce domaine, on peut simplement intervenir par notre vote pour que le grand âge soit mieux traité et pris en compte par les politiques. » (60 ans et plus)

« En tant que citoyen, il faut le respect de l’autre quel que soit son âge […] en les vouvoyant, en les reconnaissant, en les saluant. Un gâteau pour leur anniversaire » (60 ans et plus)

« A mon niveau, être plus attentive aux personnes de mon entourage qui vieillissent, leur proposer mes services en fonction de mon temps libre ; prendre plus souvent des nouvelles. » (35–59 ans)

« Aussi essayer de passer un maximum de temps avec nos grands-parents ou entourage de grand âge » (18–34 ans)

« A mon niveau je compte déjà m’occuper du mieux possible de mes parents. » (35–59 ans)

3.1. Réformer les EHPAD

Au regard des points soulignés précédemment, un contrôle renforcé des EHPAD par l’Etat et une réforme en profondeur de ce système sont cités par de nombreuses personnes, comme une évidence et un impératif après le scandale Orpéa. Certains demandent même une nationalisation des structures accueillant des personnes âgées ou leur transformation en association à but non lucratif, dans l’objectif d’assainir leurs finances et de les rendre plus accessibles. Des mesures plus concrètes sont également mentionnées (plus d’espaces verts, possibilité de garder son animal de compagnie…).

« Après, l’Etat doit faire son devoir de visiter ces établissements. » (60 ans et plus)

« L’idéal serait que les EHPAD soient pris en charge par l’Etat » (60 ans et plus)

« Ramener dans la sphère publique les résidences qui ont été privatisées » (35–59 ans)

« Gérer les établissements d’accueil sur le modèle d’associations à but non lucratif. Cela permettrait d’affecter les profits que ces sociétés réalisent aux actions vers les résidents. » (60 ans et plus)

« Pour les EHPAD, il faudrait tout changer : créer des surfaces plus grandes (avec des espaces verts, un potager etc.), (…) permettre aux résidents qui ont des animaux de compagnie de les garder avec eux (on sait le bien-être qu’une présence animale apporte) etc. (18–34 ans)

« L’État doit mettre en place une véritable surveillance des allocations alloués aux EHPAD : ok l’État les subventionne en partie mais raison de plus pour analyser l’utilisation de cet argent (qui est conséquent de ce que j’ai compris). » (18–34 ans)

3.2. Favoriser le maintien à domicile, les colocations et les liens intergénérationnels

Une des solutions avancées pour éviter le recours aux EHPAD, parfois perçu comme un peu trop systématique en France par rapport à d’autres pays, est de permettre le plus possible le maintien à domicile des personnes âgées et de favoriser les échanges et services rendus entre générations.

« Développer l’accueil de jeunes étudiants en échange d’une chambre meublée pour rompre l’isolement des personnes âgées. » (60 ans et plus)

« Les personnes de cet âge-là ont tant à nous apprendre et rien n’est fait pour favoriser les échanges intergénérationnels, c’est vraiment dommage ». (18–34 ans)

« Par exemple, en Italie où les personnes âgées sont gérées directement par la famille et non pas mis dans des EPHAD. » (18–34 ans)

« Créer des pôles d’habitats où tous les âges pourraient cohabiter avec des systèmes d’aides réciproques : les anciens peuvent garder de temps en temps les enfants des plus actifs et les actifs peuvent aider les aînés sur des travaux d’habitation, les courses, le numérique… » (18–34 ans)

« Je pense qu’il faudrait faire comme aux Pays-Bas qui permettent aux personnes âgées de vivre en colocation afin de garder leur autonomie pour celles qui le peuvent. » (35–59 ans)

« Un pacte gagnant/gagnant, créer des habitats transgénérationnels, au lieu de mettre des seniors au ban de la société ; par leur expérience ils pourraient guider des jeunes dans leur projets pros ; inclure dans les établissements scolaires nos ainés qui par leur présence pourrait apaiser le climat délétère dans les classes » (35–59 ans)

Notons que la question des aidants est assez peu évoquée même si elle affleure dans certains témoignages :

« Il faudrait revaloriser le métier d’auxiliaire de vie et mettre des primes attractives pour les proches aidants. » (18–34 ans)

3.3. Développer les métiers du « care » et les rendre plus attractifs

L’attention portée aux personnels est également prégnante, avec la volonté de voir ces métiers revalorisés tant sur le plan de l’image que de la rémunération, mais aussi de trouver des solutions afin de réduire leur pénibilité.

« Nous sommes très en retard dans nos technologies du futur ; le Japon a déjà mis à disposition des robots afin de soulager les tâches difficiles afin d’avoir moins de charge envers le personnel leur permettre d’avoir des tâches plus faciles. » (60 ans et plus)

« Peut-être une revalorisation des salaires du personnel des EHPAD, rendre le milieu plus attractif pour embaucher des personnes motivées dans leur travail et non pas qui le font par dépit au détriment de nos aînés. » (18–34 ans)

« Former, former, former & valoriser les métiers en lien avec le grand âge (avec une formation adéquate, une rémunération intéressante, etc.) : ce sont des métiers essentiels vu que la population vieillit de plus en plus longtemps » (18–34 ans)

3.4. Un impensé : les modalités de financement du grand âge

A noter que très peu de participants évoquent la question pourtant cruciale du financement du grand âge quand ils avancent des solutions. « L’Etat », « le gouvernement », « les politiques » sont renvoyés à leurs manques et devoirs, à travers des formules commençant souvent par « il faut » ou « on devrait », mais sans que ne soit jamais précisée de façon concrète la manière de financer ces politiques publiques. Une seule personne (35–59 ans) évoque le « chiffrage » de telles mesures en se questionnant sur la viabilité du dispositif, mais globalement, le sujet reste un impensé, un « angle mort ».

Le scandale Orpéa semble ainsi avoir conduit à une occultation dans les esprits de la notion de coût que représentent l’accompagnement, l’hébergement et le soin des personnes dépendantes, rendant toute tentative des EHPAD pour légitimer leur prix totalement inaudible à court terme. Dans le contexte actuel, le recours au secteur privé apparait ainsi largement comme inefficace ou dévoyé.

« Il faut cesser de laisser le champ libre au privé qui vient sur le secteur uniquement dans une logique de rentabilité ou de chiffres d’affaires » (35–59 ans)

Au total, les débats de notre communauté dans ses différents rendez-vous, renvoient l’image d’une société, qui loin « d’être égoïste », se questionne sur la place que l’on assigne à chacun. Quelles relations imagine-t-on entre ses différents membres ? Comment traite-t-on ses ainés ? Que tirer de l’expérience d’autres pays où les liens intergénérationnels sont perçus comme plus forts ?. Les plus jeunes expriment aussi parfois, de façon minoritaire mais révélatrice, le sentiment qu’on en fait déjà beaucoup pour les ainés, a fortiori après deux années de Covid, laissant entendre en creux que la jeunesse non plus n’est ni suffisamment écoutée ni aidée.

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