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La grande conversation 2022

Une campagne avortée

Première partie : le ressenti sur la campagne
Le neuvième rendez-vous de la communauté citoyenne de La Grande Conversation de Terra Nova et BVA a été l’occasion d’interroger les citoyens sur leur ressenti à l’égard de la campagne présidentielle et notamment sur ce qu’ils ont retenu des derniers jours.
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Cette publication fait partie de La grande conversation 2022
Terra Nova a fait appel à BVA pour constituer et animer une communauté citoyenne, composée de 50 personnes reflétant la diversité de la société française, dans leur genre, leur âge, leur catégorie socio-professionnelle, leur niveau de qualification, leur origine régionale mais aussi leur sensibilité politique. Ceux-ci ont été invités à s’exprimer dans un forum écrit (plateforme HD quali) tout au long des journées du mardi 22 et mercredi 23 février 2022, dans le cadre de sous-groupes segmentés selon l’âge.

La guerre au premier plan, la campagne effacée

Le premier temps de la discussion a porté, comme à chaque rendez-vous, sur le ressenti des citoyens à l’égard des derniers jours de campagne. A l’évidence, la guerre en Ukraine mobilise toutes les attentions : les citoyens – globalement sidérés – sont plongés dans un climat émotionnel marqué par la peur du conflit et l’inquiétude quant à l’évolution de la situation. La campagne présidentielle en est très fortement impactée et n’occupe qu’une place ténue, sa fadeur et son manque de relief en étant ravivés.

« Évidemment ce qui m’a le plus marqué est le début de la guerre en Ukraine qui entraine du coup un frein dans les campagnes »

« Une vraie pause dans la campagne avec la guerre qui prend le dessus »

« Je suis fortement marqué par la situation internationale gravissime, et de ce fait les aspects de la campagne présidentielle sont passés en arrière-plan dans ma conscience »

« Évidemment, le conflit russo-ukrainien chamboule tout, bien au-delà de l’élection présidentielle puisque tout va en être impacté ».

Peu de citoyens trouvent d’ailleurs à redire à la mise entre parenthèses de la campagne elle-même en France.

« Voilà ce que je retiens, c’est vrai que depuis que la Russie a déclaré la guerre à l’Ukraine, il y a une vraie pause dans la campagne, ce qui est normal. »

« La campagne électorale, on n’en parle plus guère dans les médias et je pense que, comme moi, beaucoup de Français s’en désintéressent, vu le contexte, la guerre en Ukraine, elle est passée au second plan ».

« Rien à voir avec une campagne électorale habituelle classique »

 

La déclaration de candidature d’Emmanuel Macron : le paradoxe d’un fait marquant de la campagne et d’un « non-évènement »

Dans ce contexte dominé par la terrible actualité internationale, l’annonce de la candidature d’Emmanuel Macron est signalée avec un certain paradoxe :  elle est à la fois décrite comme principal fait marquant de la campagne des derniers jours, et en même temps, tellement « attendue » qu’elle apparait presque comme un « non-évènement », officialisation davantage que révélation.

« La candidature « surprise » de M. Macron, qui n’a surpris personne »

« Emmanuel Macron a fait acte de candidature. On s’y attendait, donc, aucune surprise de ce côté-là »

« J’ai retenu la campagne d’Emmanuel Macron qui s’est enfin décidé à faire savoir qu’il se représentait même si c’était déjà tracé. »

Une minorité parmi nos citoyens a regardé les échanges du président /candidat à Poissy (avec un regard assez critique sur leur authenticité) et un seul d’entre eux a suivi sur les réseaux sociaux le premier épisode du « feuilleton » Macron.

 « Le public invité était acquis à sa cause et les questions téléguidées. C’est un peu comme le magicien qui a des complices dans la salle ».

Une attention principalement tirée vers les trajectoires des personnes/candidats, à défaut de… leurs projets

Dans ce contexte encore une fois si particulier, 33 jours avant le premier tour des présidentielles, les aspérités retenues par les citoyens concernent principalement les trajectoires des personnes/candidats :

  • La fin du suspense dans la course aux parrainages et la confirmation de la liste définitive des 12 candidats (avec la surprise Philippe Poutou relevée par quelques-uns)
  • Le ralliement de Marion Maréchal le Pen à Eric Zemmour (souvent décrit sur le mode de la trahison)

« Côté Zemmour, il enregistre le soutien de poids de M. Maréchal : à voir si cela lui permettrait un rebond car sa dynamique dans les sondages n’est pas bonne. »

 « Marion Marechal qui soutient E. Zemmour, coup bas chez les Le Pen ! »

« Marion Maréchal Le Pen soutient Zemmour, quelle surprise là-encore : Tata trahie ? Tata révoltée ? Tata désemparée ? »

  • Le retrait (presque la défaite) de Christiane Taubira et le repositionnement de la gauche sur LFI (repéré que par quelques-uns)

« J’ai retenu l’abandon de Christiane Taubira faute de parrainages et le revirement de la Primaire Populaire qui soutient à présent Jean-Luc Mélenchon ce que j’ai trouvé assez inattendu. »

« Toutefois il faut noter que 12 candidats ont obtenu le droit de se présenter, que Mme Taubira s’est retirée sans appeler ses partisans à se reporter sur la candidate socialiste restant en jeu »

« Ensuite les primaires populaires ont finalement décidé de soutenir la France insoumise. »

  • Le déclin de Valérie Pécresse

« V. Pécresse semble vivre un déclin important actuellement. Je me demande jusqu’à quel point va-t-elle plonger ? »

 

Au-delà de l’oblitération de la campagne, la persistance d’un désir de débat d’idées ?

« La situation efface les débats, gomme les sujets, brouille l’actualité ».

« Quelques piques lancées entre les candidats mais pas de vrais débats selon moi »

Le refus de débattre avant le premier tour avancé par Emmanuel Macron a été relevé par près d’1 citoyen sur 5 (quelles que soient les tranches d’âge, plus de 10 mentions au total). Cette occurrence mérite qu’on s’y arrête.  Doit-on s’étonner de sa faiblesse relative  alors même que 7 électeurs sur 10, selon nos intentions de vote les plus récentes, se prononceraient pour un autre candidat au premier tour ? Doit-on à l’inverse y voir le signe d’une frustation des esprits ?

Chez les citoyens, spectateurs d’une campagne avortée avant même d’avoir débuté, où certains ont déjà l’impression que le dénouement est écrit, (« une élection qui n’a plus de surprise à mon sens ») n’existe-t-il pas cependant une aspiration à un réel échange d’idées, à une confrontation de points de vue ou à de vrais débats ? C’est en tout cas ce que semblent indiquer les propos d’une partie des membres de la communauté, souvent situés hors LREM :

 « Je déplore que E. Macron refuse de participer aux débats prévus avec les autres candidats (selon les dires de G. Attal hier), c’est museler la démocratie de faire ça ! Il doit être considéré au même titre que les autres candidats et non comme au-dessus dans ce cadre-là. »

 « Refuser de faire un débat de premier tour, je trouve ça dommage, ça aurait été intéressant d’avoir des débats projet contre projet »

« Il se conduit comme un sachant qui est persuadé d’avoir la politique adéquate. Il faut que le débat existe »

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