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Note

Des primaires à l’américaine pour le président de la Commission européenne: une révolution démocratique et stratégique?

Le choix d’un candidat progressiste à la Présidence de la Commission européenne avant les prochaines élections législatives européennes est un enjeu politique majeur. La tête de liste du parti pour le Parlement pourra en effet investir la Commission grâce aux nouvelles procédures de désignation du Traité de Lisbonne. De quoi permettre aux progressistes de porter enfin leur agenda au niveau européen. La réflexion sur le processus de désignation du candidat progressiste ne fait que débuter, mais une campagne ambitieuse en faveur de primaires européennes a déjà été lancée par des militants PSE et suscite un vif débat dans les partis socialistes européens dans la perspective du conseil du Parti Socialiste Européen (PSE) les 2 et 3 décembre prochains. Arthur Colin, Vice-Président de la Gauche européenne, Mathilde Lanathoua, Coordinatrice du pôle Europe de Terra Nova et David Chopin, Secrétaire adjoint de commission Europe de la fédération PS de Paris analysent la crédibilité et la faisabilité de telles primaires européennes.
Par
  • Mathilde Lanathoua
  • Arthur Colin
Publié le 

Issue des milieux militants du Parti socialiste européen, l’idée de recourir à des primaires pour désigner le candidat progressiste à la Présidence de la Commission européenne est désormais relayée par les médias et interpelle les principaux dirigeants du PSE et des partis socialistes nationaux.

Le PSE a pour l’heure adopté le principe d’un candidat unique pour la Présidence de la Commission européenne en 2014, afin de ne pas renouveler le scénario noir de 2009 où les progressistes n’avaient pas présenté d’alternative commune face à Barroso. Le choix d’un tel candidat unique est crucial pour l’avenir institutionnel de l’Europe. Le traité de Lisbonne change en effet la donne : le Président de la Commission sera désormais élu, et non plus seulement approuvé, par le Parlement européen, sur la base d’une proposition du Conseil prenant en compte les résultats des élections au Parlement. En d’autres termes, 2014 pourrait marquer l’avènement de l’Europe politique : la Commission était jusqu’ici le pouvoir exécutif de l’Europe, mais sans responsabilité démocratique devant les citoyens ; avec le traité de Lisbonne, la Commission a vocation à devenir le gouvernement de l’Europe, issu de la majorité politique sortie des élections européennes. La bataille pour l’Europe politique se joue désormais dans les partis : il faut que les partis progressistes favorables à l’Europe politique, singulièrement le PSE, se choisissent un leader unique pour les élections européennes et prennent comme acte politique qu’en cas de victoire, ce leader soit leur candidat à la Présidence de la Commission, pour mettre en œuvre le programme qui aura été validé dans les urnes.

Les promoteurs de primaires européennes estiment qu’elles constituent la meilleure méthode de désignation de ce candidat au vu des faibles résultats enregistrés par les sociaux-démocrates en Europe et de la gravité du déficit démocratique de l’Union européenne. Elles pourraient en effet donner un nouveau souffle à la stratégie électorale des sociaux-démocrates tout en conférant davantage de légitimité démocratique et de clarté au système politique européen, élément essentiel pour porter un programme progressiste.

Les modalités d’organisation de telles primaires doivent permettre de maximiser leur impact sur les scores des progressistes tout en en prenant en compte les réalités politiques du système européen. Les recommandations suivantes visent à combiner objectif d’efficacité et pragmatisme.

Les primaires pourraient être ouvertes à l’ensemble des responsables du groupe social-démocrate, pour inclure notamment les Italiens qui ne font pas parti du PSE.

Chaque candidat doit pouvoir présenter un programme propre : les primaires ne doivent pas seulement désigner une personnalité mais aussi choisir une ligne politique. Mais étant donné la spécificité européenne, l’élaboration d’un programme commun du PSE en amont des primaires comme cadre commun de tous les candidats paraît nécessaire : elle a déjà été expérimentée en 2009 avec le Manifesto, elle permet la bonne intégration de toutes les sensibilités politiques progressistes des différents Etats membres.

Une présélection des candidats s’impose pour en limiter le nombre à trois, quatre ou cinq. Elle peut être effectuée soit par le bureau du PSE ou la conférence des leaders, avec le risque d’un report sur le plus petit dénominateur commun, soit par le Congrès du PSE ou par ses militants, choix délicat mais qui permettrait une implication en amont des acteurs majeurs de la campagne.

Les primaires peuvent être réservées aux adhérents des partis membres du PSE ou êtres ouvertes à l’ensemble des citoyens européens. La première option serait certes plus fonctionnelle et plus facilement acceptable pour les partis nationaux, mais la seconde plus efficace au regard des objectifs de médiatisation, de politisation et de démocratisation des débats et du système politique européen. Un système mixte n’est pas à écarter.

Le système des primaires américaines permettrait d’agréger les résultats nationaux tout en pondérant le poids des différents partis et le poids démographique des Etats membres : les électeurs désigneraient donc des délégués pour qu’ils se prononcent en faveur d’un candidat déterminé lors d’un congrès du PSE.

Le calendrier des primaires doit tenir compte du risque d’un essoufflement de la dynamique électorale tout en offrant la possibilité d’un marathon européen dont les différentes étapes pourraient renforcer sa médiatisation. Un parcours de trois à cinq mois se clôturant à deux mois des élections européennes pourrait être une option intéressante.

La campagne en faveur de primaires pour la désignation du candidat social-démocrate à la Présidence de la Commission européenne a été lancée sur les médias sociaux par des militants du Parti Socialiste Européen (PSE), avec à leur tête l’irlandais Desmond O’Toole et le Portugais José Reis Santos . L’intérêt que cette initiative soulève dans les médias et auprès des politiques souligne sa pertinence au regard des défis que les progressistes doivent affronter aujourd’hui. Cette idée peut en effet constituer une innovation majeure pour relancer une dynamique social-démocrate en Europe, et, objectif lié, politiser et démocratiser le système politique européen.

Comment appréhender cette idée ? Peut-on la rendre opérationnelle pour les élections européennes de 2014 ? Cette note évalue dans cette optique la pertinence de telles primaires européennes et analyse leurs modalités d’organisation potentielles.

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