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Note

Crise grecque : première fusée avant le feu d’artifice européen?

La crise que traversent la Grèce et la zone Euro en général doit être comprise dans ses multiples dimensions. Une crise des finances publiques, une conséquence de la crise financière de 2008, une attaque spéculative contre l’Euro, cette situation a mis à l’épreuve la solidarité européenne. Selon Julia Cagé, économiste à l’École d’Économie de Paris, une réforme profonde de la gouvernance économique européenne et du rôle des agences de notation doit impérativement être lancée.
Par
  • Julia Cagé
Publié le 

La crise grecque a été déclenchée en décembre dernier par la décision des agences de notation de dégrader la note de la dette publique à long terme de la Grèce. Conséquences : une forte hausse des taux d’intérêts (« spread ») demandés par les marchés financiers à l’émission de la dette grecque ; puis un phénomène de panique spéculative avec un refus croissant des acteurs de marché d’acheter de la dette grecque, entraînant un risque de faillite ; et une attaque spéculative sur l’euro. La prochaine étape est l’arrivée de deux échéances de refinancement de dettes en mars et avril pour un montant total supérieur à huit milliards d’euros, créant un nouveau besoin d’argent frais pour la Grèce, dont les marchés redoutent qu’elle ne soit pas en mesure d’emprunter à des taux abordables pour se refinancer.

Comment analyser la crise grecque ?

1/            Il s’agit avant tout d’une crise des finances publiques de la Grèce. Les déficits publics grecs ont dérapé à 13 % en 2009 et la dette publique devrait atteindre le niveau critique de 120 % du PIB en 2010. Les marchés financiers doutent de la capacité de la Grèce à rembourser sa dette. C’est au nouveau gouvernement social-démocrate de Papandréou d’apporter les gages de la mise sous contrôle de ses finances publiques. Ces gages sont d’autant plus difficiles à donner que la Grèce a truqué ses comptes publics ces dernières années.

2/            Il s’agit aussi d’un nouveau domino dans la crise globale que traverse le monde, l’arrivée de son étape ultime : la crise des Etats. Soutien aux banques et aux marchés financiers, relance économique, stabilisateurs sociaux : les Etats, à travers leurs finances publiques, assurent, depuis l’infarctus de 2008, la survie artificielle de l’économie mondiale. Mais leurs moyens ne sont pas illimités et touchent à leur fin. Les marchés commencent à douter de leur pérennité : ironiquement, ceux-là même qui ont déclenché la crise et ont été sauvés par les Etats les menacent aujourd’hui. Utilisant l’argent que leur ont prêté – à des taux très faibles – les Banques centrales pour spéculer sur la dette de ces Etats. Ils ont commencé par les maillons faibles (Islande, Ukraine, Hongrie, …) et montent désormais en gamme avec la Grèce. Avec en perspective demain l’Espagne, le Portugal, l’Italie, le Japon…

3/            Il s’agit surtout de la première crise de la zone euro. Une crise certes monétaire : l’euro est attaqué ; il est aujourd’hui à 1,35 dollars après avoir touché un point haut à 1,60 dollars (toutefois, la baisse de l’euro, reconnu par la plupart des observateurs comme surévalué, est plutôt la bienvenue). Mais avant tout une crise de solidarité. Solidarité politique : un des membres de la zone euro est gravement attaqué, et la zone euro hésite à lui porter secours – alors même que d’autres, le FMI en tête, se proposent de le faire. Solidarité juridique : la crise grecque recouvre avant tout une crise de gouvernance de la zone euro.

Les traités établissant l’Union Economique et Monétaire ne prévoient pas le sauvetage financier d’un de leur membre par les autres pays de la zone. Pour la crédibilité de l’UEM, des réformes pérennes et des règles claires seraient préférables à des mécanismes « ad hoc » permettant de contourner ce cadre trop restrictif. Ces évolutions s’avèrent indispensables pour assurer une meilleure réactivité de la zone euro face à des crises financières et budgétaires de cette ampleur. Une réforme des statuts de la Banque Centrale européenne (BCE) lui permettant d’acheter à l’émission, dans certaines circonstances, des titres de dette publique doit également être examinée. Si la BCE ne doit pas devenir un simple guichet pour les « mauvais élèves » de l’UEM, un équilibre doit être trouvé pour lui assurer une capacité de sauvetage des pays en grave difficulté.

  Au-delà de ces mesures, il est nécessaire d’ouvrir une nouvelle ère de gouvernance économique européenne. Le Pacte de Stabilité, qui vise à soutenir la stabilité de l’euro par une limitation des marges budgétaires des pays membres, doit d’urgence être complété par une meilleure coordination des politiques économiques et des réformes structurelles, tant il est vrai que les divergences de compétitivité et d’inflation au sein de la zone euro menacent aujourd’hui sa cohésion. Au-delà de cette coordination des politiques économiques, c’est bien l’avènement d’une forme de fédéralisme budgétaire qui est en jeu.

4/            La dernière leçon de la crise grecque concerne le rôle des agences de notation dans les décisions de la BCE. L’avis des agences privées tient aujourd’hui une place beaucoup trop importante qui fragilise l’ensemble du système. S’il serait hasardeux de confier l’évaluation des actifs souverains à la BCE elle-même, il apparaît urgent de mieux réguler le système de notation. A cet égard, le nouveau règlement européen en la matière constitue une avancée, même s’il est loin d’être suffisant.

La crise grecque a révélé la fragilité de l’Union Economique et Monétaire en Europe. Une Europe qui a paru s’enflammer l’espace de quelques jours, et dont l’incendie, loin d’être complètement éteint, menace de s’étendre. Censée servir de bouclier face aux crises financières, la zone euro est apparue à la merci des mouvements spéculatifs et a révélé une fragilité qui pose aujourd’hui la question de sa pérennité. Il est urgent pour les Européens de réagir.

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