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Note

Baromètre des résultats de l’action publique : la France des pistes cyclables

Le baromètre des résultats de l’action publique donne aux acteurs locaux et aux citoyens des instruments d’évaluation et de comparaison. Malgré quelques interrogations méthodologiques, ce baromètre est un formidable outil pour observer les disparités entre territoires et essayer de les comprendre. En utilisant les données mis à disposition (en open data) et en les croisant avec des statistiques nationales ou des résultats d’enquête, Terra Nova propose, dans une série de notes, des analyses et des explications sur différentes politiques. Le premier cas d’étude est le déploiement du plan vélo, pour mieux cerner ce qu’est la France du vélo et des pistes cyclables. L’analyse de Clara Pisani-Ferry, chargée d’études de Terra Nova et Alice Tattevin, stagiaire chez Terra Nova est à retrouver ci-dessous.
Publié le 

(ACTUALISATION DE MAI 2021)

Baromètre des résultats de l’action publique :
La France des pistes cyclables

 

Le Gouvernement ambitionne de tripler, d’ici 2024, la part du vélo dans les mobilités des Français, aujourd’hui de 2,7%[1]. Pour réaliser cette ambition il a présenté en septembre 2018 un plan vélo qui repose sur quatre axes : la sécurité et le développement d’aménagements cyclables, la sûreté et la lutte contre le vol, l’encouragement des Français à « passer au vélo » et le développement d’une culture du vélo. 

L’objectif est d’atteindre 55 477 km d’aménagements cyclables sécurisés (pistes cyclables et voies vertes) en 2022. En 2017 la France en comptait 40 201 km, 49 782 km en septembre 2020 et 51 921 km en mars 2021. Plusieurs acteurs sont à la manœuvre en fonction des types de routes mais dans la pratique leur développement repose essentiellement sur les collectivités locales. L’État les accompagne dans le financement de ces développements tout comme l’ADEME. 

Sur la base des données (septembre 2020) du baromètre des résultats de l’action publique[2], nous avons publié une étude « la France des pistes cyclables »[3] analysant le développement de ce réseau de pistes cyclables dans les territoires.  Notre étude avait révélé de très fortes disparités entre les départements, dont une dizaine[4] disposait de vastes réseaux cyclables et tiraient l’essentiel de la croissance depuis 2017, tandis que d’autres avaient un réseau très peu développé. En dessinant le portrait géographique et socio-économiques de cette France des pistes cyclables, nous avons distingué trois grands facteurs explicatifs de ces disparités : la densité et le dynamisme démographique du département, la taille de son réseau routier et la présence ou non de métropoles et de sites touristiques.

Les 20 départements au réseau le moins développé avaient tous une densité de population de moins de 90 habitants par km2, soit bien inférieur à la moyenne en France métropolitaine de 118,3. Les densités des cinq départements avec le plus petit réseau, la Corse-du-Sud, la Creuse, la Lozère, la Haute-Corse et le Lot, sont toutes inférieures à 40 habitants par km2. En effet, le vélo est majoritairement pratiqué comme moyen de transport pour des trajets courts : lorsque les lieux de résidence, de commerce et de travail sont plutôt concentrés sur le territoire. 

En revanche, on ne peut en conclure qu’une densité élevée entraine systématiquement un important réseau de pistes cyclables. 
La démographie joue également : en septembre 2020 les 20 départements dont le réseau était le plus étendu, comme la Gironde, l’Hérault et la Loire-Atlantique, se distinguaient plutôt par leur dynamisme démographique quand les départements les plus âgés[5].

Par ailleurs, il est plus aisé d’aménager des pistes cyclables sur un réseau routier déjà existant : cela nécessite moins d’investissements d’infrastructures et d’emprise foncière. Ainsi, la Gironde, le Nord et le Bas-Rhin possédaient à la fois les trois plus larges réseaux routiers et les trois plus larges domaines cyclables. À l’inverse, les départements avec le moins de pistes cyclables comme les Hautes-Alpes, le Gers et les Alpes-de-Haute-Provence avaient les plus petits réseaux routiers. 
Enfin, 12 des 20 départements dont les domaines cyclables étaient les plus étendus accueillaient une des 22 métropoles. Dans les 8 restant, l’attrait touristique expliquait un réseau de pistes cyclables important. On distinguait ainsi une concentration de pistes dans les villes historiques et le long du littoral Atlantique.

La mise à jour trimestrielle du baromètre des résultats de l’action publique permet de suivre l’évolution du développement de ce réseau.  Elle révèle globalement une bonne progression de l’aménagement de pistes cyclables sur le territoire français. Le 31 mars 2021, la France métropolitaine compte 52 194 kilomètres d’aménagements cyclables, soit une hausse de 4,85% en 7 mois et de presque 30% (29,83) depuis 2017. 50% des départements français ont plus de 402 kilomètres cyclables contre 384 km en septembre. Malgré cette progression, les dynamiques des disparités territoriales restent majoritairement inchangées.

Le classement des 20 premiers départements (ayant les domaines les plus étendus) est, 6 mois après le premier baromètre, le même qu’en 2017 et 2020. Seul le Rhône, perd sa place pour arriver 21e, remplacé par le Pas-de-Calais (lui-même 21e en septembre). Les 8 premiers ont conservé la même place dans le classement, les suivants ont évolué d’un rang maximum. 

Tableau 1 : Les 20 premiers départements en septembre 2020 et mars 2021

20 Premiers

en septembre 2020  

20 Premiers

en mars 2021

Département

Km

Département

Km

Gironde

2 526

Gironde

2 541

Nord 

2 059

Nord 

2 161

Bas-Rhin

1 752

Bas-Rhin

1 807

Haute-Garonne

1 495

Haute-Garonne

1 597

Vendée

1 376

Vendée

1 440

Loire-Atlantique

1 242

Loire-Atlantique

1 298

Moselle

1 209

Moselle

1 256

Hérault

1 208

Hérault

1 247

Landes

1 139

Morbihan

1 224

Ille-et-Villaine

1 099

Ille-et-Villaine

1 212

Morbihan

1 060

Landes

1172

Haut-Rhin 

1 011

Haut-Rhin 

1 031

Charente-Maritime

1 007

Charente-Maritime

1 013

Isère

976

Isère

1 008

Seine-et-Marne

971

Calvados

985

Calvados

956

Seine-et-Marne

973

Loiret

906

Loiret

972

Rhône

896

Seine-Maritime

917

Seine-Maritime

885

Pas de Calais

911

Yvelines

878

Yvelines

907

Pas-de-Calais

870

Rhône

901

Le classement des 20 départements ayant le domaine cyclable le plus faible est  pour sa part strictement identique à celui d’il y a six mois. Certes ces derniers, dans leur ensemble, ont progressé depuis septembre, rajoutant 105 kilomètres cyclables au total. Toutefois cet accroissement dissimule de très fortes disparités.

Tableau 2 : Les 20 derniers départements en septembre 2020 et mars 2021 et leur progression[6]

20 Derniers départements 

Département

Km en septembre 2020

Km en mars 2021 

Écart en km

Corse-du-Sud

2

3

1

Creuse

4

4

0

Lozère

10

11

1

Haute-Corse

16

16

0

Lot

32

33

1

Corrèze

39

39

0

Hautes-Alpes

40

43

3

Aveyron

46

46

0

Alpes-de-Haute-Provence

79

78

–1

Gers

83

86

3

Haute-Vienne

87

114

27

Cantal

99

116

17

Hautes-Pyrénées

112

118

6

Meuse

137

135

–2

Ariège

142

149

7

Haute-Loire

147

156

9

Charente

151

164

13

Eure-et-Loir

166

176

10

Loire

174

185

11

Puy-de-Dôme

187

186

–1

Trois départements, la Haute-Vienne, le Cantal et la Charente sont responsables de plus de la moitié (54,2%) de ces kilomètres supplémentaires. Leurs réseaux se sont respectivement accrus de 27 km, 17 km et 13 km[7]. D’autres ont stagné : les domaines cyclables de la Creuse, de la Haute-Corse, de Corrèze et de l’Aveyron sont inchangés depuis six mois. Plus surprenant encore les Alpes-de-Haute-Provence, la Meuse et le Puy-de-Dôme ont depuis septembre chacun perdu 1 km, 2 km et 1 km[8].. 50% de ces 20 derniers départements ont rajouté moins de 2 kilomètres à leurs réseaux depuis septembre.

Cette faible progression contraste fortement avec celle des 20 départements aux plus vastes domaines cyclables fin 2020 : 1 047 km supplémentaires en six mois et 52 km en moyenne par département.  Mais là encore cette performance cache des disparités :  cette croissance, comme celle des 20 derniers, a été tirée par une poignée de départements : le Morbihan (+164 km), l’Ille-et-Vilaine (+113), la Haute-Garonne (+102), et le Nord (+102). Ces quatre départements sont responsables de près de la moitié (47,5%) des kilomètres supplémentaires. A l’autre bout du classement, la Seine-et-Marne n’a rajouté que 2 km, le Rhône 5 km et la Charente-Maritime 6 km. 

Ces disparités ne sont pas réservées aux extrêmes. Si les départements « intermédiaires » ont en moyenne rajouté 23 kilomètres à leurs réseaux depuis septembre, ceux de certains ont beaucoup diminué (la Haute-Saône – 49 km, la Marne –38 km) tandis que d’autres se sont fortement développés (les Bouches-du-Rhône + 118km, Mayenne + 164 km). 

Concernant les départements d’outre-mer, tandis que le baromètre n’indiquait aucune piste cyclable à Mayotte fin 2020, le département compte désormais 6 kilomètres. La Guadeloupe a rajouté 1 km pour un total de 3 et la Martinique aucun, se stabilisant à 8 km après avoir rajouté puis perdu 1 km entre septembre et mars. La Guyane a pu rajouter 12 km à son réseau (total de 77km), tandis que celui de La Réunion en a perdu le même nombre (total de 374 km). 

Carte : Progression des départements depuis septembre 2020 

Note : L’accroissement de 50% des domaines cyclables de la Corse-du-Sud et de la Guadeloupe représente le rajout d’un seul kilomètre, leurs domaines atteignant chacun 3 km en mars 2021.

Conclusion : La carte de France des pistes cyclables a évolué depuis septembre et les Français peuvent faire du vélo de plus en plus en sécurité. Toutefois, si nous nous rapprochons de l’objectif, cette progression concerne davantage la France qui pédalait déjà et les répartitions de kilomètres évoluent peu. Les meilleurs élèves sont les mêmes, les résultats du baromètre n’ayant pas eu d’influence significative sur les acteurs locaux les plus en retard sauf en Haute-Vienne, dans le Cantal et en Charente. En Haute-Corse, une manifestation pour la création rapide de pistes cyclables organisée suite à la publication de notre note n’a pas encore donné lieu à une action quantifiable. Comme entre 2017 et 2020, il semble qu’il y ait simplement toujours plus de pistes cyclables là où il y en avait déjà. 


[1]Premiers résultats de l’enquête sur la mobilité́ des Français : https://www.statistiques.developpement- durable.gouv.fr/comment-les-francais-se-deplacent-ils-en-2019– resultats-de-lenquete-mobilite-des-personnes

[2]Publié par le Gouvernement, le baromètre des résultats de l’action publique présente l’état d’avancement de 36 politiques considérées comme prioritaires par l’exécutif. Il permet de raisonner à l’échelle nationale, régionale et départementale et donne ainsi aux acteurs locaux et aux citoyens des instruments d’évaluation et de comparaison. Présenté comme « un outil d’accélération de l’exécution des réformes », sa mise à jour trimestrielle (la plus récente datant du 7 mai) permet le suivi de la progression des mesures comme celles des pistes cyclables.

[3]Pisani-Ferry Clara et Tattevin Alice, Baromètre des résultats de l’action publique, la France des pistes cyclables », Terra Nova, févier 2021 https://tnova.fr/system/contents/files/000/002/311/original/Terra-Nova_Barom_tre-pistes-cyclables_040221.pdf?1612372719

[4]Gironde, Nord, Bas-Rhin, Haute-Garonne, Vendée, Loire-Atlantique, Moselle, Hérault, Landes, Ille-et-Vilaine, Morbihan, Haut-Rhin, Charente-Maritime

[5]Les 20 derniers départements accueillaient en moyenne plus de 30 % de Français de plus de 60 ans contre 26,9% en moyenne en France. tels que Corrèze, le Lot et l’Aveyron, comptaient moins de pistes cyclables.  

[6]Classement selon le nombre de kilomètre cyclables en mars 2021

[7]Des projets d’aménagement dans la Haute-Vienne et le Cantal ont été sélectionnés dans le cadre du 3e appel à projets de l’ADEME. Cette édition de 2021 comptait 194 projets lauréats sur 155 territoires différents, une hausse par rapport à 2020. Si cet accompagnement a été fructueux dans la Haute-Vienne et le Cantal, il ne saurait expliquer la faible progression d’autres départements se classant parmi les derniers qui ont aussi accueilli des projets lauréats, notamment dans le Pays de la Loire.

[8]Il faut souligner que le domaine cyclable de 9 autres départements ne se classant pas dans les 20 derniers a diminué aussi : La Haute-Saône a connu la plus forte baisse, de 17,3%, suivie par le Jura (-10,8%) et la Marne (-8,6%). Les autres départements ont connu des baisses de moins de 3 %.

Retrouvez la note originale ci-dessous : 

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