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Afghanistan – Quelle stratégie de sortie ?

La stratégie globale qui s'est traduite dans les conclusions de la conférence de Londres prévoit un début de retrait d'Afghanistan dès 2011. Or, cette stratégie décidée unilatéralement à Washington fait débat, au même titre que l'absence d'objectifs clairs de la présence des forces de la coalition internationale sur le terrain. Selon le pôle "international" de Terra Nova, il est nécessaire de renforcer un dialogue constructif avec les franges modérées de la nébuleuse talibane, ainsi que la participation des pays avoisinants (Russie, Inde, Iran...) dans la résolution du conflit. La France doit prendre l'initiative via l'Union européenne pour contribuer à définir la stratégie de sortie d'Afghanistan.

Synthèse

Auparavant absente des débats et des stratégies exclusivement conçues à Washington, la question d’un retrait de la coalition occidentale d’Afghanistan est devenue un objectif en soi. Washington et ses alliés espèrent opérer un début de retrait dès 2011, celui-ci étant corrélé à la situation sur le terrain. Evoquée en France pour la première fois par le ministre de la Défense, Hervé Morin, dans un entretien avec France Soir (4 mai 2010), la question du retrait revêt une importance politique décisive aux Etats-Unis comme en France, compte tenu des échéances électorales présidentielles auxquelles seront confrontés Barack Obama et Nicolas Sarkozy en 2012. 

 

Ce retrait participe de l’infléchissement stratégique opéré par Washington et qui s’est traduit dans les conclusions de la conférence de Londres (28 janvier 2010). Fondé sur un renforcement significatif de la présence militaire sur le terrain (surge), un « dialogue politique », et un basculement progressif de la gestion de la dimension sécuritaire au Pakistan, cet infléchissement stratégique pose cependant question. D’une part, la stratégie globale, décidée de manière unilatérale par l’administration Obama, prévoyant un retrait à l’horizon 2011-12 après un « surge » et les conditions de celui-ci, masqueraient un aveu d’échec ; d’autre part, l’engagement de la France, qui s’est durci sur le terrain depuis 2008, incite à penser que notre pays a perdu son autonomie au sein de cette opération et n’est plus à même d’en infléchir le cours.

 

Pourtant le désarroi des opinions publiques occidentales face à l’absence d’objectifs clairs illustre le décalage croissant entre les discours et la réalité de la situation sur le terrain qui est celle d’un combat entre une coalition internationale et la minorité pachtoune (en fait environ 40% de la population) dont le système taliban est l’émanation. En effet, la communication repose sur des postulats qui n’ont pas été renouvelés depuis 2001, à savoir la nécessaire lutte contre le terrorisme et la démocratisation d’une société qui depuis 1979 n’a connu que la guerre comme unique horizon. Or, la complexification du conflit, le basculement de l’initiative en faveur des Talibans, rendent l’engagement de plus en plus difficile à tenir.

 

Deux axes visant la stabilisation de l’Afghanistan se dégagent de cette nouvelle stratégie et du débat qui en découle (1) : l’ouverture de fenêtres de dialogue avec les franges réputées « modérées » de la nébuleuse talibane et l’internationalisation de la résolution du conflit. Si la première solution est déjà à l’œuvre (en témoignent les pourparlers avec le Hizb ul Islam de Gulbudin Hekmatyar), tel n’est pas le cas de la seconde. En effet, obéissant à un principe de sanctuarisation du périmètre af  ghan, les Etats-Unis privilégieraient le renforcement du partenariat avec Islamabad de façon à ce que le Pakistan se substitue le moment venu à la coalition occidentale dans la lutte contre un possible réémergence d’Al-Qaeda et permette ainsi le retrait progressif de la coalition internationale. Or, bon nombre d’Etats, tels que l’Inde, l’Iran ou la Russie, sont plus ou moins partie prenante dans l’imbroglio afghan. Leur participation semble pour le moins nécessaire à la stabilisation de la crise.

 

Par ailleurs, la place de la France (2) au sein de l’opération, la question du retrait ou non, l’absence de prise sur une stratégie entièrement décidée à Washington, plaident pour une réorientation. En effet, l’un des arguments avancés par les partisans de la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN était une influence de la France à hauteur de son investissement au sein de l’Alliance. Or, il faut bien reconnaître qu’au niveau stratégique, cette influence est aujourd’hui inexistante. La France pourrait formuler aujourd’hui des propositions pertinentes dans le cadre de la stabilisation de l’Afghanistan, notamment en proposant avec ses partenaires européens, une participation des Etats de la sous-région (l’Iran, l’Inde, la Russie…).

 

Or, la résolution de la crise ne pourra que résulter de la conjugaison d’un dialogue avec certains insurgés, de son internationalisation et une participation accrue des partenaires européens dans la définition de la stratégie jusque-là unilatéralement décidée à Washington.

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