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Pour une politique du carbone vivant

La crise sanitaire que nous vivons vient de loin : de l’effondrement de la biodiversité et de la pression que nous exerçons sur les écosystèmes qui ont favorisé l’éclosion de la maladie, lit-on ici ou là, de l’explosion du trafic aérien qui accélère sa diffusion, de la réduction des moyens de l’hôpital, de l’imprévoyance face au risque pandémique, de l’insuffisance de la coopération internationale en matière de santé, qui ont rendu un confinement sévère nécessaire malgré ses conséquences économiques et sociales. Cette crise révèle donc de manière brutale et soudaine les limites de choix effectués à bas bruit, qui sont pourtant des choix de société quand ils accroissent la vulnérabilité des sociétés contemporaines. L’arrêt de l’activité industrielle et des transports a par ailleurs conduit à redécouvrir le poids des épandages agricoles et du chauffage au bois dans les émissions de particules fines, dont le niveau est resté plus élevé que prévu. Cette crise a donc révélé notre besoin d’accroître notre résilience, d’accélérer la baisse des émissions de gaz à effet de serre, la transformation des pratiques agricoles, l’optimisation des usages du bois, tout en disposant de productions locales, notamment pour nos produits de première nécessité, à commencer par les produits agricoles et agroalimentaires. Tirer les leçons de la crise suppose alors d’accélérer la transition écologique et de repenser la politique agricole à cette lumière, donc de proposer enfin une véritable politique du carbone vivant. C’est à cet objectif qu’entend contribuer cette note de François Kirstetter pour Terra Nova.

Synthèse

Les stratégies de réduction de nos émissions de carbone attirent le plus souvent l’attention sur le carbone fossile utilisé dans l’énergie. Une partie importante du carbone émis chaque année vient pourtant d’une autre origine, le cycle du « carbone vivant » produit par la photosynthèse.

L'agriculture, la forêt et l’élevage comptent ainsi pour plus du quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Leurs émissions sont avant tout composées de méthane et de protoxyde d'azote rejetés par l'agriculture et l’élevage, et du déstockage de CO2 provoqué par la déforestation et le retournement ou l'érosion des sols. Pour endiguer le risque d'un réchauffement de plus de 2 °C, il faut donc traiter à la fois le carbone fossilisé du système énergétique et industriel et le carbone vivant des chaînes alimentaires et de la forêt. Le carbone vivant intervient en outre dans la réduction des émissions de GES puisqu’il permet de stocker le CO2 atmosphérique.

La France a émis 445 Mt de CO2eq en 2018. L'agriculture et la gestion des déchets en ont rejeté 95 Mt sous forme de méthane et de protoxyde d'azote ; l'agriculture et la forêt en ont simultanément retiré 40 Mt de l'atmosphère, principalement grâce à la croissance des arbres dans les forêts. Toutes choses égales par ailleurs, le puits de carbone national n'absorbe donc qu'un peu plus de 40 % des émissions liées au carbone vivant. La neutralité carbone est encore loin pour l’agriculture. La Stratégie nationale bas carbone (SNBC), dont la dernière version a été adoptée en avril 2020, prévoit pour l’agriculture une baisse de 20 % (par rapport à 2015) d’ici 2030 et de 46 % d’ici 2050.

Il n’est donc pas possible de réduire les émissions de gaz à effet de serre, d’accroître le stockage du carbone par la photosynthèse sans construire une politique du carbone vivant, sans penser globalement, l’usage des sols comme les effets de nos choix sur la biodiversité et la santé humaine.

Une politique du carbone vivant présente plusieurs dimensions concernant l’agriculture, l’élevage, la forêt et la biomasse.

L’agriculture doit s’orienter vers des pratiques différentes, ce qui suppose un accompagnement des exploitants et une évolution de la Politique Agricole Commune. Des contrats de transition territoriaux peuvent se révéler utiles pour favoriser le passage à l’agroécologie. Les services écosystémiques rendus par les exploitations agricoles doivent être rémunérés pour orienter les bonnes pratiques.

Dans l’élevage, le changement des pratiques en faveur du bien-être animal et l’introduction systématique des légumineuses dans l’alimentation des animaux d’élevage auraient un effet bénéfique sur la qualité des sols et le cycle de l’azote.

La forêt rend un service global de séquestration du carbone et de préservation de la biodiversité. Le reboisement volontariste doit compléter une politique de libre évolution de nos forêts.

Enfin, il faut porter attention au bilan environnemental de la valorisation énergétique de la biomasse. Une utilisation trop intense du bois-énergie est incompatible avec le stockage du carbone et une bonne utilisation des sols. La méthanisation produit des effets positifs en circuit court et avec des installations de taille réduite.

La crise sanitaire que nous vivons vient de loin : de l’effondrement de la biodiversité et de la pression que nous exerçons sur les écosystèmes qui ont favorisé l’éclosion de la maladie, lit-on ici ou là, de l’explosion du trafic aérien qui accélère sa diffusion, de la réduction des moyens de l’hôpital, de l’imprévoyance face au risque pandémique, de l’insuffisance de la coopération internationale en matière de santé, qui ont rendu un confinement sévère nécessaire malgré ses conséquences économiques et sociales. Cette crise révèle donc de manière brutale et soudaine les limites de choix effectués à bas bruit, qui sont pourtant des choix de société quand ils accroissent la vulnérabilité des sociétés contemporaines.

L’arrêt de l’activité industrielle et des transports a par ailleurs conduit à redécouvrir le poids des épandages agricoles et du chauffage au bois dans les émissions de particules fines, dont le niveau est resté plus élevé que prévu.

Cette crise a donc révélé notre besoin d’accroître notre résilience, d’accélérer la baisse des émissions de gaz à effet de serre, la transformation des pratiques agricoles, l’optimisation des usages du bois, tout en disposant de productions locales, notamment pour nos produits de première nécessité, à commencer par les produits agricoles et agroalimentaires.

Tirer les leçons de la crise suppose alors d’accélérer la transition écologique et de repenser la politique agricole à cette lumière, donc de proposer enfin une véritable politique du carbone vivant. C’est à cet objectif qu’entend contribuer cette note. 

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