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Réforme de la santé aux Etats-Unis : Yes, we did!

La bataille pour la réforme de la santé aux Etats-Unis, dont la loi sera signée mardi par le Président Obama, a pris fin après une année d’affrontement entre Démocrates et Républicains qui aura des conséquences durables pour la vie politique américaine. Cette victoire historique de Barack Obama scelle la concrétisation de sa promesse de changement. Cependant, les positions de blocage parfois caricaturales adoptées par les Républicains les rapprochent dangereusement du mouvement des « Tea Parties », contribuant à les isoler et à rendre plus difficile encore une pratique pragmatique des réformes.

Synthèse

Dimanche soir, le Congrès des Etats-Unis votait “oui” à une réforme historique du système de santé – le plus important engagement budgétaire fédéral depuis les systèmes Medicare et Medicaid (systèmes de santé en direction des seniors), qui existent depuis quarante ans. La loi étend l’assurance santé à 31 millions d’Américains qui en étaient auparavant dépourvus. Elle interdit aux compagnies d’assurance de refuser d’engager des remboursements sous prétexte de “conditions préexistantes” et permet aux parents de laisser leurs enfants bénéficier de leur propre couverture santé plus longtemps. Le Président Obama, comme une poignée de Présidents avant lui, restera dans l’histoire pour avoir relevé le défi de la réforme de la protection sociale aux Etats-Unis.

Ce débat fut amer, et certains doutaient de la capacité du Président Obama à mener bataille, à gouverner. Ces dernières semaines, et tout au long de ce dimanche fatidique, la résolution d’Obama et sa fermeté en faveur de la réforme de la santé se sont imposées à tous. Battant campagne dans toute l’Amérique, rendant des discours passionnés qu’on n’avait pas entendus depuis 2008, il a jeté tout son capital politique sur la table. Dimanche soir, à la onzième heure, il a même promis de signer un décret garantissant que les avortements ne seraient pas couverts par des fonds fédéraux.

La promesse de changement du candidat Obama est tenue.

Hélas, il n’est pas parvenu à changer le fonctionnement politicien de Washington. Selon Peter Beinart, “la tentative d’Obama de devenir le président non-partisan, pour qui l’usage de la rationalité permet d’adoucir nos divergences, a échoué”. Alors que le Président lui-même décrivait hier la loi comme “la victoire du bon sens”, on peut s’étonner qu’aucun Républicain n’ait voté pour. Jamais, dans l’histoire moderne, une loi de cette importance n’avait été promulguée sans une seule voix républicaine. Les tentatives d’Obama d’adopter une position conciliatrice n’ont pas trouvé d’écho du côté Républicain, qui a opté pour une posture de blocage, défendant bec et ongles le statu quo.

Du fait de la profonde division politique dans cette bataille, et à l’approche des élections de mi-mandat, le débat parmi les commentateurs se concentre désormais sur la question suivante : la réforme de la santé s’est-elle faite au prix d’un suicide politique pour le parti démocrate?

David Axelrod, conseiller politique du Président Obama, fait le pari que les Républicains ne parviendront pas à présenter la loi comme une “mainmise de l’Etat”. Les Républicains, selon lui, ont lutté contre une caricature plutôt que contre la loi elle-même. Cette stratégie, qui aurait porté ses fruits en cas d’hésitation et de retrait de la loi, est en passe de se retourner contre eux. Désormais, les Américains pourront juger sur pièces l’effet de la loi sur leurs propres vies, comme ils pourront juger la surenchère républicaine.

Les Démocrates acquièrent ainsi un précieux capital politique à l’approche des élections de novembre. Mais qu’en est-il des Républicains?

Leurs bravacheries peinent à cacher une question douloureuse : leur opposition à la loi et à ses précieuses garanties contre les “conditions préexistantes” ne se traduira-t-elle pas par un désastre politique? Des années passeront avant que leurs sombres prédictions – l’augmentation des cotisations de santé, la réduction des prestations, des déficits en forte hausse – puissent être évaluées. Dans les semaines et les mois qui viennent, ils seront contraints de dépeindre une caricature sans commune mesure avec les conditions de vie effectives des Américains, où à adopter une stratégie de la peur visant à dénoncer le caractère “socialiste” de l’Administration Obama. Bien sûr, les Républicains ont adopté exactement la même stratégie dans leur opposition à la Sécurité Sociale et à Medicare, et très peu d’entre eux imagineraient de supprimer ces systèmes aujourd’hui. Cette stratégie, à court terme, ne peut que les pousser plus à droite, vers une alliance inopportune avec le mouvement des “Tea Parties”.

A long terme, alors que la réforme de la santé deviendra une composante de la société américaine, l’opposition frileuse des Républicains se soldera par leur isolement progressif, autant que les a isolés leur opposition au New Deal de Franklin Roosevelt.

 

Traduit de l’anglais par Thomas Paga

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