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Temps gagné ou temps perdu ? Pourquoi il faut modifier le cadre cognitif de la décision publique

En défendant son choix de ne pas confiner à nouveau le pays, le gouvernement explique qu’on peut se réjouir d’avoir «gagné du temps». A l’inverse, le conseil scientifique, parmi d’autres prises de paroles médicales, s’inquiète de décisions retardées qui nous font «perdre du temps». Comment expliquer une telle contradiction ? Temps gagné ou temps perdu ? Il est urgent de modifier le cadre cognitif de la décision publique. C’est l’objet de cette note de Mélanie Heard, responsable du pôle santé de Terra Nova.

Synthèse

Une divergence de plus en plus ouvertement assumée avec les avis du conseil scientifique, considéré comme « alarmiste », caractérise la position des autorités françaises. L’idée que la France aurait trouvé une voie originale, difficile mais réaliste, entre le laisser-faire et le confinement ne repose pas sur un calcul cynique ou à courte vue. Pour autant, faut-il adhérer au critère de proportionnalité qu’elle propose entre les efforts acceptables par les Français et l’ensemble des coûts – sanitaires mais aussi économiques, sociaux et psychologiques – d’un strict confinement ? L’absence de confinement ne signifie pas que l’économie soit libérée de l’incertitude. Au contraire, la circulation du virus produit aussi des effets négatifs sur l’économie, parce que la maladie désorganise la société et que l’incertitude pèse sur les décisions économiques. 
Il s’agit en outre, poursuit l’argumentaire officiel, de tenir compte du moral des Français, qui supportent mal les restrictions imposées à leur vie quotidienne. On observe en effet une « fatigue pandémique » dans tous les pays. Mais les enquêtes plus poussées montrent que c’est l’absence de perspective, le manque de clarté des consignes, le sentiment d’ajustement permanent, pour ne pas dire d’improvisation, qui pèsent avant tout sur les ménages. 
S’il s’agit de « gagner du temps », est-ce alors parce qu’on mise sur la campagne de vaccination pour nous sortir d’affaire ? Garder une vie aussi normale que possible tout en accélérant la campagne de vaccination, c’est une sorte de course contre la montre en espérant que la diffusion du vaccin sera plus rapide que celle du virus. Le raisonnement se concentre ici sur l’indicateur des chiffres d’hospitalisation des plus fragiles. Mais cette focale ne suffit pas. C’est la réduction de la circulation virale en population générale qui doit être l’objectif.
Surtout, la stratégie actuelle ne prend pas en compte un élément qui selon le conseil scientifique « change la donne » : l’apparition des variants. Ceux-ci sont beaucoup plus contagieux et nous font perdre la course de vitesse. Même si la campagne de vaccination se déroulait plus rapidement, elle ne suffirait pas à réduire suffisamment la circulation du virus. Des mesures de restrictions restent donc nécessaires pour maîtriser l’épidémie, d’autant plus qu’en laissant l’épidémie se développer, on multiplie les risques de laisser émerger de nouveaux variants du virus. En outre, la campagne de vaccination a été pensée dans un premier temps pour protéger les personnes les plus à risque, et non les plus susceptibles de diffuser le virus. A mesure que nous accumulons des données fiables en population réelle sur l’efficacité du vaccin pour lutter contre la transmission du virus, la question des priorités de la campagne vaccinale peut être posée. 
Le cadrage actuel des décisions apparaît donc de plus en plus déphasé par rapport aux données scientifiques. Il sous-estime en outre le phénomène préoccupant des « Covid longs » et le rajeunissement de la population à risque. A côté de la vaccination et des restrictions des contacts sociaux, la triade « dépister - tracer - isoler » reste sous-utilisée. Outre le fait que la France est un des rares pays où l’isolement reste facultatif, la mise à disposition des tests reste faible, comme si l’on n’en faisait pas un axe prioritaire de l’action sanitaire. 
En un an, nous sommes passés par plusieurs priorités de la lutte contre l’épidémie : « aplatir la courbe », « vivre-avec », « temps gagné ». A chaque étape, la décision s’éloigne un peu plus des recommandations et des données scientifiques. Le caractère hasardeux et improvisé des décisions ne produit pas seulement un effet anxiogène, il rend aussi difficile un débat argumenté sur les raisonnements permettant de soutenir des choix difficiles et lourds de conséquence pour nous tous.   

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