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Françoise Benhamou: «Pour la culture, la relance par la consommation est une illusion»

« Il faut préserver l’essentiel : le revenu, et penser le futur en investissant dans les premiers maillons des chaînes sectorielles », affirme l’économiste de la culture dans une note pour Terra Nova.

Françoise Benhamou est professeur d’Economie à l’Université Sorbonne Paris Nord et membre du Cercle des économistes. Spécialiste de l’économie de la culture et des médias, elle a co-écrit avec Victor Ginsburgh, La pyramide inversée pour relancer l’économie de la culture, une note publiée par le think tank Terra Nova.

Dans votre note pour Terra Nova, vous expliquez que la relance du secteur ne pourra pas se faire par la demande. Pourquoi ?

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Chaque secteur explique qu’il a un manque à gagner qu’il faudrait compenser. Et tout le monde attend une relance par la consommation, soit le retour des spectateurs dans les salles. C’est une illusion. La culture représente en moyenne 2,35 % du budget des ménages. C’est une part qui n’augmentera pas car la culture est composée de « biens supérieurs », ceux vers lesquels on se tourne quand la consommation des biens de première nécessité a été satisfaite. L’épargne forcée par le confinement n’engendrera pas de dépenses culturelles. Au mieux, la reprise ira lentement. Elle dépendra en tout cas largement des conditions réunies pour les « pratiques de sorties », tels la longueur des files d’attente et l’espacement entre les individus. Or, pour le moment la tendance est à la généralisation du port du masque et aux jauges de remplissage faibles.

« Pas un modèle économique ne peut remplacer celui qui est basé sur du présentiel »

Que suggérez-vous ?

Ce que nous proposons dans la note, c’est une logique de « New Deal ». Il faut préserver l’essentiel : le revenu, et penser le futur en investissant dans les premiers maillons des chaînes sectorielles. Quels secteurs créent le plus d’emplois, investissent le plus ? Quels secteurs sont alliés à d’autres et y entraînent de l’activité ? Ce sont à ces questions qu’il s’agit de répondre, en suivant le modèle de la pyramide inversée. En irriguant la base, représentée par les auteurs, les artistes et les interprètes, les associations culturelles, et toutes ces TPE de la culture, on alimentera l’activité du sommet. Je suis pour les commandes publiques. Dans le processus, le soutien à l’intermittence sera nécessaire. Ce statut préserve l’emploi du spectacle vivant, secteur le plus touché par les conséquences économiques de la crise, mais aussi une large part de l’audiovisuel. C’est aussi l’occasion de repenser des logiques contractuelles de plus long terme, car la pleine réouverture du monde du spectacle tardera. Porter l’attention en priorité sur la base contrevient aux réflexes habituels et se heurte aux demandes de soutiens venues d’autres acteurs du champ culturel. Mais elle ne leur est pas opposée.

L’industrie culturelle doit-elle se réinventer pour surmonter la crise ?

Il est très difficile pour le secteur de s’adapter à la situation. Le numérique, sans être une vraie solution, peut offrir une échappatoire. On l’a vu pendant le confinement avec la multiplication des concerts en ligne, des films mis à disposition par les cinémas... Mais la valorisation financière de ces pratiques est très inférieure à ce que rapportent les spectacles. Pas un modèle économique ne peut remplacer celui qui est basé sur du présentiel. Celui-ci reste toutefois fragile, car fondé pour une grande partie sur la prise de risque : les créateurs ne savent pas à l’avance l’accueil qui sera réservé à leur œuvre. Cela génère des coûts considérables. Si la culture à la française, fondée par le principe d’exception culturelle, ne peut pas se passer des aides, leur attribution doit être repensée. Des rééquilibrages sont à trouver dans les investissements entre l’ultralocal et l’international, entre le statut d’intermittent et celui de salarié, entre le privé et le public.

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