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La grande conversation 2022

La demande de sécurité : une aspiration au bien-être

Les 24 et 25 novembre derniers, la grande conversation 2022 et l’institut BVA ont réuni une nouvelle fois leur communauté citoyenne. Les 50 citoyens de la communauté ont d’abord échangé sur la campagne électorale en cours puis ils se sont intéressés à la thématique de la sécurité. Il s’agissait de recueillir leur propre définition de ce concept largement débattu sur les plateaux télé et d’en connaître leur vécu. Pour ces échanges, ils étaient au début en plenum puis divisés en plusieurs groupes en fonction de leur lieu d’habitation : centre-ville, périphérie/périurbain et rural/semi-rural.
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Cette publication fait partie de La grande conversation 2022

1. Le Covid s’invite dans une campagne « poussive »

Invités à donner une note d’humeur sur l’évolution de leur ressenti à l’égard de la campagne, depuis le dernier rendez-vous de la Grande Conversation il y a deux semaines, les citoyens relèvent peu d’accélération de la campagne ni de densification de son contenu.

Cause ou conséquence de ce faible intérêt : la « 5e vague » vient se heurter à l’actualité et les images fortes des tensions en Guadeloupe prennent le pas émotionnellement sur le reste.

« La chose qui m’a le plus marquée c’est surtout le fait qu’on parle énormément de la 5e vague du COVID, qu’un conseil de défense se réunit ce matin »

« Je trouve qu’il ne s’est pas passé grand-chose ces deux dernières semaines, on dirait que tout est entre parenthèses, on parle du Covid, de la Guadeloupe mais peu de la campagne en même temps »

« L’ennui » est fréquemment évoqué pour qualifier la période de campagne actuelle.

« Assez creux, calme, atone, bref ça ne motive pas grand monde »

La sémantique de l’ennui est particulièrement forte s’agissant du deuxième débat de la primaire de la droite (fait de la campagne des deux dernières semaines le plus largement évoqué en nombre d’occurrences). La forme (un débat qui n’en est pas vraiment un) tout autant que le fond (le silence presque assourdissant de ceux qui y ont assisté quant au contenu de ce qui a été débattu ravive la perception d’une dimension « hors sol » des échanges) semblent nourrir cette perception.

« Ennuyant » « Pas intéressant » 

« Théâtralisation des échanges, vu et revu » 

« Processus de désignation sans intérêt »

« Pour ma part j’ai regardé le débat [des Républicains] mais je l’ai trouvé bien monotone. Sans réellement de nouvelles propositions. » 

« En fait ce n’est pas un débat, chacun a répondu aux questions des journalistes »

« Pas beaucoup d’idées, en dehors de l’immigration. Et pourtant… tant d’autres choses importent. Les Français, même si l’immigration est un point important, ne sont pas obnubilés par ces questions au point d’en oublier le climat, le pouvoir d’achat, etc. »

A noter que la primaire populaire n’a été évoquée qu’une seule fois par une citoyenne de sensibilité de gauche et que, auprès des rares citoyens qui mentionnent la gauche et ses candidats dans les faits récents de la campagne, les constats sont sévères.

« Y a-t-il encore une gauche ? »

« La gauche de plus en plus éclatée et qui font des propositions que tout le monde sait qui ne sera pas tenables »

L’allocution d’Emmanuel Macron, deuxième élément relaté, a été largement interprétée comme une entrée en campagne du « pas encore déclaré candidat » plutôt que comme une prise de parole présidentielle.

« Il commence vraiment à être dans la campagne même sans l’annoncer »

Eric Zemmour, bien qu’encore largement présent dans les discours des membres de la communauté (troisième évènement relaté en termes d’occurrence) occupe moins l’espace de discussion que précédemment et est relié à un mouvement de baisse. Quelques citoyens prédisent même un effet « pschitt ».

En revanche, signal plus tout à fait faible dans notre communauté, l’expression d’une inquiétude traverse les discours (plus nettement auprès des citoyens de sensibilité de gauche mais pas seulement) quant à ce qui est perçu comme des formes d’extrémisation.

« Le Pen et Zemmour au coude-à-coude dans les sondages, les extrémismes semblent prendre de plus en plus de poids, à eux deux ils regroupent plus que le pourcentage de Macron »

« Le Guantanamo à la Française, l’idée de Ciotti, pour récupérer des électeurs extrêmes … que des idées aussi dangereuses se répandent ça m’inquiète quand même »

« Ciotti de plus en plus proche de Zemmour, ça me fait flipper »

« Les primaires de la droite, une surenchère raciste au possible avec une obsession de ce qui ferait les propositions les plus extrêmes, la radicalisation de la droite est fort inquiétante »

« Une surenchère de propos sécuritaires, accompagnée de promesses jamais tenues. Désolant en ce troisième millénaire, régression, obscurantisme »

2. Sécurité et insécurité : de quoi parle-t-on ?

Nous l’avons dit, spontanément les citoyens notent à quel point les thématiques traitées par les candidats (déclarés ou non) portent sur des préoccupations éloignées de leur quotidien. Nous avons souhaité précisément explorer à « froid », le contenu des notions de sécurité et d’insécurité largement débattues, notamment dans le cadre des débats entre les aspirants candidats Les Républicains.

A analyser les propos des citoyens, on est frappés par la « richesse » du concept de sécurité qui recouvre des champs bien plus larges, complexes et nuancés que celui dont il est principalement question aujourd’hui dans le débat public. Le deuxième constat qui nous semble en découler est que l’insécurité n’est pas le strict négatif de la sécurité. 

Parler de sécurité c’est mobiliser un imaginaire très large  (vivre sereinement, sans stress, se balader tranquillement dehors) qui voisine avec des notions philosophiques autour de la paix et de la liberté.

« Sérénité, insouciance, liberté d’être et de faire ce que je veux, quand je veux, avec qui je veux, où je veux »

« La sécurité c’est un sentiment de bien-être et d’insouciance. »

La sécurité et le sentiment de sécurité renvoient bien sûr à une acception « physique » : être, vivre et se déplacer sans peur.

« Pouvoir se promener sans avoir de problème »

« Marcher seule dans la rue sans avoir peur de se faire agresser »

« Être bien dans sa ville, son pays, circuler et rentrer sans crainte chez soi »

Dans cette acception de sécurité physique, elle se pense avant tout dans l’espace public, dans un environnement externe (peur de l’agression dans la rue, les transports en commun, les quartiers). Les éventuelles atteintes à la sécurité chez soi (peur du voleur) sont beaucoup moins présentes dans les discours. Une inflexion particulière sur le thème est notée parmi les femmes de notre communauté.

Bien au-delà, le sentiment de sécurité renvoie à la capacité de se projeter sereinement dans l’avenir. On retrouve ici la sécurité financière (qui fait écho à la thématique du pouvoir d’achat telle que nous l’avons analysée[1] dans les préoccupations majeures des Français et relevée à plusieurs reprises dans ces notes) :

« La sécurité matérielle, se projeter dans l’avenir »

« Avoir un toit sur la tête et quelque chose dans l’assiette jusqu’à la fin du mois »

Sécurité sanitaire, sécurité alimentaire et sécurité environnementale sont également, même si plus à l’arrière-plan, des dimensions qui nourrissent le thème global.

« C’est peut-être aussi la sécurité alimentaire en faisant la chasse aux industriels qui sont tentés de mettre tout ou n’importe quoi dans ce que nous mangeons. »

En revanche, l’insécurité ou le sentiment d’insécurité sont beaucoup moins polysémiques et renvoient presque exclusivement au champ de la violence. Violence interpersonnelle tout d’abord avec la crainte d’agressions physiques ou verbales. La vulnérabilité des femmes est plusieurs fois évoquée, par des femmes mais aussi par des hommes, certains parlant de harcèlement, d’autres de viol. La crainte d’une agression provoquée par un simple regard revient également à plusieurs reprises.

« L’insécurité c’est avoir peur de la personne que vous allez croiser, un mauvais regard qui en dit long. »

« Ma fille quand elle prend le métro ou le RER, elle ne met jamais ni short, ni jupe pour éviter d’être embêtée. »

Violence de prédation ensuite. Ce sont les vols, parfois violents et pour des sommes jugées dérisoires. A quoi s’ajoutent le deal, la drogue ou les trafics au sens large. Certains font ici le lien avec des « zones de non droit ». 

« Ne pas être obligé de cacher un bijou sous le pull de peur de se le faire voler dans les couloirs du métro »

Face à ces désordres, les autorités sont souvent associées à un jugement d’impuissance. La police manquerait de moyens et la justice serait laxiste ou débordée. Sur ce point, il est intéressant de noter que les violences policières ne sont citées qu’une seule fois.

« C’est savoir que la police a les moyens de faire son travail et que la justice arrête d’être laxiste. »

Il faut enfin noter que la question du terrorisme n’est citée que par deux citoyens et que le thème de l’islamisme n’est mentionné par aucun des membres de la communauté.

 

3. Sécurité, propreté, lieu d’habitation et immigration : quelles résonnances ?

A) Sécurité et propreté : un lien complexe

Relancés sur les liens éventuels entre sécurité et propreté, de prime abord, une grande majorité de citoyens ne lie pas les deux thèmes ; certains d’ailleurs persisteront à n’y voir aucun lien. Seule une minorité y voit un lien immédiat :

«  Un cercle vicieux crasseux »

« Il faut nettoyer les quartiers, l’expression est un peu dure mais malheureusement réaliste » 

« Il suffit d’aller du coté de Stalingrad ou Rosa Park à Paris »

Cette absence de lien s’explique, en premier lieu, par les champs spontanés auxquels les deux notions semblent renvoyer : la sécurité est perçue comme relevant de la sphère publique, de l’Etat ; la police en est l’acteur du quotidien. La propreté est, elle, d’abord associée à des comportements individuels, au civisme des citoyens, à leur éducation. En termes de responsabilité au quotidien, au-delà du citoyen lui-même, la compétence des communes est avancée.

« La sécurité c’est plus de policiers sur le terrain pour rassurer la population… la propreté c’est si les gens étaient plus civilisés »

« Rien à voir, la propreté c’est communal et la sécurité c’est un problème de police »

A l’appui de cette démonstration d’absence de lien, certains mobilisent des exemples concrets : qu’il s’agisse de pays étrangers à la propreté plus lacunaire, où on se sent davantage en sécurité ou de « quartiers propres et chics » en France où on ressent néanmoins l’insécurité.

« Dans les HLM les blocs sont sales mais c’est pas pour autant qu’ils sont dangereux »

« Il n’y a pas plus de sécurité dans les endroits plus chics qui sont souvent plus propres, un carjacking boulevard Saint Germain »

« J’ai vécu en Chine et au Pérou, ce n’était pas d’une propreté étincelante partout, or je ne me sentais pas aussi en danger qu’en France »

Ensuite, à la réflexion, bon nombre de nos citoyens interrogés relèvent la concomitance des deux dimensions mais la plupart réfutent un lien de causalité et la mécanique sous-tendue par un tel lien, l’imaginaire du karcher étant encore présent chez certains. 

« L’insécurité est encore plus moche quand les rues sont sales mais les rues sales ne provoquent pas l’insécurité »

« Il n’y a pas de lien entre les deux mais on se sent plus en sécurité dans des quartiers propres et bien entretenus »

« Je constate que dans certains quartiers l’insécurité et le manque d’hygiène vont de pair mais je ne fais pas l’amalgame du tout »

« C’est souvent dans les lieux sales que l’insécurité est au plus haut » 

Pour contrer la dimension mécanique du lien, ces mêmes citoyens rajoutent à l’équation d’une part la dimension de misère sociale et d’autre part la responsabilité de l’Etat : une forme d’abandon de ces territoires qui connaissent plus de pauvreté, plus de délinquance, et au sein desquels ne sont plus exercées les missions régaliennes de protection de l’espace, qu’il s’agisse de propreté ou d’ordre.

 « Il est sûr que selon la population locale, l’état de pauvreté des habitants, d’insécurité, on peut avoir plus de malpropreté, mais il n’y a peut-être pas d’automaticité »

« Les quartiers les plus insalubres sont en effet rarement les plus sécurisés, je ferai plus aisément le lien entre pauvreté et insécurité »

« La saleté est bien le terrain où se propage l’insécurité. Il suffit de voir certaines zup pour voir que misère et saleté cohabitent bien »

« Il peut y a voir un lien… ce sont les endroits les plus délaissés par l’Etat, là où les infrastructures ne sont plus fonctionnelles qu’il y a le plus de délinquance »

Enfin une dernière passerelle est faite entre les deux notions au travers d’une conception extensive du respect, du civisme renvoyant plus fondamentalement à des notions d’éducation : une porosité entre l’attention portée à l’environnement et l’attention portée aux autres joint les deux notions.

« Ça reflète un état d’esprit, le non-respect »

« Le laisser aller ambiant peut induire une certaine violence »

« Manque de savoir vivre, de respect d’autrui qui engendre de la violence verbale, la destruction de biens communs »

« Un environnement sale ne t’incite pas toi-même à être civilisé »

« La propreté tient avant tout de la façon dont on a été élevé, alors il est évident que dans certains quartiers défavorisés où les parents n’existent pas, où les enfants mènent leur propre vie sans repère les lieux fréquentés sont purement laissés à l’abandon »

 

B) Sécurité et immigration : un lien beaucoup plus mécanique mais sous-tendu par le corpus idéologique des citoyens

Sans véritable surprise, on voit apparaitre sur cette question à la fois un contenu beaucoup plus polémique (ne serait-ce que par le nombre et la tonalité des interactions des citoyens de la communauté sur ce thème) et un ancrage plus teinté idéologiquement. Signe que les attitudes s’ancrent sur des dimensions beaucoup plus profondes, les vécus individuels sont brandis par chacun des camps comme preuve du lien ou de l’absence de lien entre les deux notions (« Je vis dans le 93 depuis que je suis née et je ne me sens pas moins en sécurité qu’ailleurs » vs « Habitant une ville du 93, je vois que ceux qui dégradent ou pourrissent la vie des gens ont des origines étrangères ».)

Pour la plupart des citoyens qui s’autopositionnent entre la gauche et le centre/centre droit, la dimension mécanique du lien est réfutée voire refusée.  La crainte de l’amalgame est très présente dans les discours.

« Le pseudo lien logique que les politiques essayent de nous faire admettre mais j’ai toujours autant de mal à y croire »

« Un sujet qui revient souvent, d’autant plus lors des présidentielles mais elle résulte plus souvent d’un amalgame que d’autre chose »

« Un lien raciste qui existe depuis des décennies et qui a été dénoncé comme faux depuis très longtemps »

Du côté de ceux qui s’autopositionnent entre la droite et encore plus l’extrême droite, le lien est presque toujours fait.

« On ne peut pas nier qu’il y a une partie de l’immigration qui est délinquante »

« L’immigration est un problème grave qui peut engendrer de l’insécurité dans différents quartiers et la violence »

 « Au niveau des trafics de drogue c’est palpable à Nantes, les jeunes qui dealent sont tous issus de l’immigration »

La couverture médiatique est dépeinte comme accentuant ce lien.

« Sans être expert mais simplement en regardant les images TV sur les réseaux sociaux, il y a un lien direct entre immigration et sécurité »

En revanche, l’ancrage idéologique est beaucoup moins net dès lors qu’on aborde maitrise de l’immigration et/ou intégration où les points de vue sont beaucoup plus nuancés y compris par des citoyens autopositionnés à droite.

« Il faut accueillir les immigrés et les intégrer, c’est à nous de faire cet effort d’intégration »

« Il y a du vrai et du faux dans le lien : ce n’est pas lié quand l’immigration est contrôlée »

« Il y a un lien entre sécurité et immigration, si cette immigration est mal maitrisée ce qui est le cas aujourd’hui »

De même, l’ajout dans l’équation du facteur pauvreté/précarité/misère sociale est fait par bon nombre de nos citoyens, beaucoup plus souvent que le lien entre délinquance et culture d’origine.

« La criminalité nait dans la précarité »

« Les chiffres indiquent que là où il y a le plus de délinquance, il y a le plus d’insécurité… c’est également là où il y a le plus de pauvreté. Donc difficile d’établir un lien direct entre sécurité et immigration. C’est une combinaison des 3 facteurs »

A noter enfin qu’il est des phrases qui ont un impact durable sur l’imaginaire collectif. La citation empruntée à Michel Rocard (et jamais restituée dans sa totalité) est évoquée par plusieurs de nos citoyens.

« On ne peut pas accueillir toute la misère du monde »

C) Sécurité et lieu d’habitation : une corrélation en trompe-l’oeil

Nous avons ensuite réparti les citoyens en trois sous-groupes selon leur lieu d’habitation (centre-ville, périphérie/périurbain et rural/semi-rural) et les avons invités à échanger sur le thème de la sécurité.

L’analyse des propos confirme dans un premier temps que le sentiment d’insécurité diffère selon que l’on habite/se déplace dans les grandes agglomérations, centres urbains ou périurbains, ou que l’on habite/se déplace ailleurs. L’insécurité est plus nourrie et plus palpable dans le premier cas (à noter, comme indiqué précédemment, que très rapidement sur ce sujet, viennent se greffer des lignes idéologiques).

« J’avais des problèmes d’insécurité lorsque j’habitais en plein PARIS dans le 14°. Je vivais dans un HLM, rue calme jusqu’au jour où des délinquants sont venus dealer dans le hall d’entrée et dans les caves. Les années ont passé, on nous a installés des grilles à l’entrée de l’immeuble avec code. Les caves ont été visitées, vols au quotidien. Aujourd’hui je vis en province et plus rien à voir »

« Certains quartiers sont vraiment compliqués vers chez nous. Entre les personnes violentes, les personnes sous l’emprise de drogue, alcool etc cela donne parfois des situations difficiles à vivre. Nous avons dans la résidence des groupes de jeunes qui rentrent et cassent les locaux, des occupants qui parfois en manque donnent des situations insolites on va dire. »

Ailleurs (petites villes en périurbain calme, environnement rural ou semi rural), l’insécurité semble moins concrète, même si certains bien sûr ont pu y être exposés.

« J’ai la chance d’habiter une petite ville « à la campagne aux portes de la ville » loin des problèmes d’insécurité des grandes villes » 

 « Nous habitons à la campagne dans une ville de 10 000 habitants donc le quotidien est assez calme effectivement quand nous nous rendons dans des grandes villes où le nombre d’habitants est bien supérieur c’est assez étonnant, déroutant pour la première fois. »

« Pour ce qui est de la sécurité physique au quotidien, je ne me sens pas vraiment concerné, résidant dans une petite ville au nord de la Rochelle assez calme. »

En revanche, en termes d’imaginaire autour de l’insécurité, on constate une forte homogénéité des représentations, quel que soit le lieu d’habitation : des lieux précis (en grande ville, dans des quartiers, transports, gares, parkings…), des moments précis (soirée, nuit, obscurité), des contextes (être seul, être une femme), voire des personnes (les dealers, les toxicos, les bandes de jeunes, les « étrangers »).

Pour tous les citoyens cependant, avec un peu plus d’intensité dans l’expression auprès des citadins, se rajoutent des niveaux d’anxiété supplémentaire liés à la menace terroriste, aux manifestations violentes dans les grandes villes (loi travail, Gilets jaunes, pass sanitaire…) et plus récemment à la crise Covid.

La plupart des citoyens s’accordent également sur le fait que le traitement des médias alimente cette perception d’ensemble.

« Ce que je vois à la télévision, je ne le vis pas au quotidien, mais… ça fait peur ! Les trafics en tous genres, la drogue, les violences, les agressions, y compris surtout chez les jeunes, au sein même des établissements scolaires… le harcèlement… tout ceci, j’ai conscience que ça existe et que beaucoup doivent vivre avec… alors OUI, ça fait peur. »

« Je pense que certains ont l’impression que la délinquance augmente car elle est beaucoup plus médiatisée et partagée via les réseaux sociaux »

En revanche, sans lien d’ailleurs avec le lieu d’habitation, les points de vue sont partagés  quant  à une éventuelle augmentation de l’insécurité  avec les années, autant de citoyens percevant une stabilité qu’une augmentation.

4. Sécurité et acteurs de la sécurité : une responsabilité assignée aux autorités et une demande de proximité pour compenser les défaillances perçues

La perception dominante, quel que soit le lieu d’habitation, est que la sécurité est d’abord de la responsabilité de l’Etat (gouvernement, Ministères de l’Intérieur, de la Justice) et de la responsabilité des collectivités locales (Mairie, municipalité). Les représentants de l’autorité sont toujours évoqués :  police municipale ou nationale ; gendarmes, militaires, pompiers.

En termes de conscience collective en revanche, les responsabilités semblent peu partagées : seule une minorité des citoyens de notre communauté déclare se sentir acteur de sa sécurité. Au quotidien néanmoins, l’analyse de leur discours fait apparaitre que des stratégies d’évitement sont d’ores et déjà déployées pour faire acte de comportements dits « responsables ».

« Je m’autorégule pour ne pas me mettre en danger quand je suppose qu’il peut y en avoir »

 «  Je dirais que nous sommes tous acteur de notre sécurité »

« Mais le principal acteur de notre sécurité c’est aussi nous-même par notre conduite et nos agissement responsable ainsi que les personnes avec lesquelles on vit… »

« Je choisis mes vêtements en fonction du lieu où je vais pour ne pas me sentir trop vulnérable, ça c’est aussi bien pour la soirée qu’en début de soirée, »

« Le tram sur certaines lignes je ne pose pas mon sac à coté sur le siège mais je mets les anses autour de mon bras »

A l’unisson, les citoyens expriment une part de déception dans les politiques successivement menées en la matière. Est regretté le fait que le politique n’ait pas apporté de réponse à l’insécurité. Ces critiques portent d’abord sur les  décideurs/élus et rejaillissent ensuite sur les acteurs de terrain : inaction locale attribuée au manque de moyens ; inefficacité des politiques pénales et du système judiciaire notamment.

« L’Etat et les gouvernements successifs qui n’ont fait que désinvestir dans la sécurité et on en paye le prix maintenant !!!!! Je n’en veux même pas à la police et à la gendarmerie car ils font ce qu’ils peuvent avec les moyens qu’on leur donne et ils sont aussi victimes de l’insécurité »

« La police fait ce qu’elle peut mais a les mains liées. Les policiers sont toujours sur la sellette et personne ne les soutient. Et la justice manque de moyen et est largement gangrénée par un esprit laxiste. »

« Que les forces de l’ordre et la justice aient justement les moyens d’être présents, efficaces et réactifs par rapport à des comportements d’incivilité afin que ceux qui les commettent sachent qu’ils ont un prix »

Quel que soit le lieu d’habitation, de nombreuses attentes s’expriment autour d’un échelon local de proximité : une police de proximité plus nombreuse, mieux déployée, mieux formée.


[1] https://tnova.fr/democratie/nouvelles-pratiques-democratiques/entre-espoir-et-desenchantement/

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